Placée sur la liste grise du GAFI, Monaco doit redoubler d’efforts pour démontrer son exemplarité en matière de lutte anti-blanchiment. Les casinos monégasques, particulièrement surveillés, font face à des exigences de plus en plus strictes que Stéphane Valeri, président-délégué de la SBM, et Mikaël Palmaro, élu du Conseil national et employé de jeux, jugent parfois excessives. Explications.
En raison des sommes considérables qui y sont brassées chaque jour, les casinos sont particulièrement surveillés en matière de lutte anti-blanchiment. C’est encore plus vrai à Monaco, désormais placé sur la liste grise du Gafi. Pour répondre aux nouvelles exigences en matière de compliance et atteindre « les plus hauts standards internationaux », la Société des Bains de Mer assure avoir considérablement réhaussé ses procédures et n’hésitent pas, si nécessaire, à refuser des clients qui ne donneraient pas des garanties suffisantes. Mais les exigences imposées sont-elles excessives ? Et peuvent-elles nuire à l’attractivité des casinos monégasques ? C’est en tout cas la crainte de l’élu du Conseil national et croupier Mikaël Palmaro. « En matière de compliance, nos casinos font face à des exigences de conformité qui, bien que nécessaires, peuvent parfois devenir un frein face à une concurrence de plus en plus vive dans les pays voisins. Il ne s’agit pas de remettre en question l’importance des contrôles ou l’importance de lutter contre le blanchiment d’argent. Mais force est de constater que les règles appliquées à Monaco semblent nettement plus lourdes et complexes que celles en vigueur dans les pays de l’Union européenne », a-t-il indiqué en séance budgétaire en décembre dernier. Selon ce conseiller national et employé de jeux, cette disparité risque de « pénaliser le casino », et le « mot pénaliser est faible. Il serait pertinent d’harmoniser nos exigences avec celles des pays européens afin que nos casinos puissent rester compétitifs tout en maintenant des standards de transparence et d’intégrité élevés. »
« On ne peut être considéré de la même façon qu’une institution bancaire ou financière »
Ce constat est partagé par le président-délégué de la Société des Bains de Mer. Le 3 décembre dernier, à l’occasion d’une réunion d’information devant les salariés des casinos, Stéphane Valeri a, à son tour, évoqué, cette problématique : « En matière de conformité, notre groupe se veut comme l’un des plus exemplaires au monde et il fait d’ailleurs l’objet de contrôles réguliers, bien plus fréquents que dans n’importe quel autre pays, a-t-il indiqué en préambule. Cependant, la SBM entend être considérée au même titre que les concurrents en France et en Europe. En effet, cette activité, qui engendre de fait des transactions financières immédiates, ne peut être considérée de la même façon qu’une institution bancaire ou financière, notamment au moment de l’entrée en relation avec sa clientèle. Ceci a été compris et admis par les autorités de contrôle en Europe, et particulièrement en France, qui ont adopté des règles d’évaluation propres à ce secteur d’activités. Cela doit être le cas également à Monaco. »
Des exigences inapplicables sur le terrain selon la SBM
Ce que le patron de la SBM regrette c’est le fait que l’Autorité monégasque de sécurité financière (AMSF) demande aux casinos de la Principauté de contrôler tous les clients en amont. Une exigence que Stéphane Valeri considère comme inapplicable. « Il est impossible, dans un casino, de contrôler systématiquement tous les clients avant qu’ils jouent. Contrairement à une banque, qui peut exiger des vérifications sur la provenance des fonds avant d’ouvrir un compte, un casino ne peut pas inspecter chaque client qui souhaite simplement miser 5 euros sur une machine à sous. Une telle mesure obligerait à fermer le casino. Si nous devions effectuer un contrôle de quinze minutes à l’entrée, la file d’attente s’étendrait jusqu’au centre de Monaco. Ce n’est pas demandé aux casinos en Europe ni aux casinos français, on ne peut pas l’imposer au casino monégasque, a-t-il indiqué le 13 décembre dernier au One Monte Carlo lors d’un colloque organisé sur le droit des sociétés. On essaie d’expliquer cela à l’autorité de contrôle monégasque. Les clients réguliers, évidemment, sont contrôlés en amont. Pour les autres, ils sont contrôlés une fois qu’ils ont joué, au moment d’être payés. Nous sommes intransigeants, très vigilants, et nous faisons des déclarations de soupçon quand il le faut. »
« Nous devons, plus que les autres, faire nos preuves »
En séance budgétaire, le gouvernement a réagi sur ce sujet, et en particulier aux propos de Mikaël Palmaro, qui demandait que les pays européens et Monaco soient sur un pied d’égalité en matière de compliance. « Il y a une grande différence entre nous et les pays européens, a répondu le ministre d’État, Didier Guillaume. Nous n’avons pas les mêmes contraintes. Nous sommes sur la liste grise du GAFI. Les pays européens n’y sont pas. Nous avons donc besoin, plus que d’autres, de faire la démonstration que nous sommes capables d’en sortir et d’être reconnus. Nous devons, plus que les autres, faire nos preuves. » Des propos partagés par Pierre-André Chiappori, conseiller-ministre des Finances : « Il est clair que nous sommes sous observation, beaucoup plus que ne le sont des établissements de jeux d’autres pays. Le fait que nous ayons des obligations de compliance, et de façon générale, le fait que l’image de Monaco entraîne une certaine méfiance, ou du moins, une attention de la part de l’extérieur, c’est notre destin », a indiqué ce membre du gouvernement tout en soulignant que la SBM, malgré ces exigences en matière de conformité, réalise de très bons chiffres. Selon Mikaël Palmaro, si le groupe parvient à avoir de bons résultats, c’est grâce à la mobilisation du personnel. « Si la SBM arrive à maintenir un niveau élevé, c’est grâce à des apporteurs d’affaires et à des agents qui font leur travail remarquablement et qui vont chercher des clients. Leur travail est considérable, la direction fait un travail incroyable, et la nouvelle présidence, n’en parlons pas. Voilà pourquoi les chiffres sont maintenus. En revanche, le ressenti que nous avons, c’est que nous ne pouvons pas gérer un client comme dans une banque. Montrons l’exemple, il n’y a pas de problème. Mais sans aller jusqu’à mettre en danger l’activité », a-t-il conclu.



