Ce sont sans nul doute, les secteurs qui, économiquement, souffrent le plus de cette crise sanitaire… Les restaurants, les bars ou encore les discothèques ont fermé leurs portes à Monaco depuis le 15 mars. Jean-Marie Leccia, secrétaire général adjoint du syndicat des cuisiniers, pâtissiers et tabliers bleus (1), explique comment les salariés, les saisonniers et les extras vivent cette période de crise, et de quelle manière une reprise de l’activité pourrait s’envisager en Principauté.
A Monaco, les cafés et les restaurants ont eu l’obligation de fermer leurs portes le samedi 14 mars à minuit. Ce secteur en Principauté est très durement touché par cette crise…
Le secteur traverse en effet une crise sociale sans précèdent. Il est impacté sur plusieurs niveaux : tourisme, congrès, traiteurs, festivités ,mais aussi impacté à cause du confinement de la clientèle locale. Il faut savoir que l’hôtellerie-restauration à Monaco est le deuxième employeur du secteur privé en Principauté avec 8200 salariés.
Justement, comment les salariés, les extras et les saisonniers vivent-ils cette période ?
Le premier stress pour les salariés est l’attente des informations de la part des gouvernements franco-monégasques pour se projeter dans l’avenir. Les salariés en CDI bénéficient du chômage total temporaire renforcé (CTTR), mais très peu d’établissements ont suivi les recommandations du gouvernement sur le maintien de salaire. Pour une grande partie des salariés en contact avec la clientèle et qui sont rémunérés au pourcentage service, c’est une perte qui avoisine 60% de leur salaire. Pour les plus précaires, CDD, extras et saisonniers, il s’agit d’une survie ! Étant donné le coût de la vie dans la région, un CDD, un extra ou un saisonnier – souvent sous déclaré – ne peut pas rester dans la région s’il ne travaille pas à temps plein.
Vous craignez donc des pertes d’emplois massives dans ce secteur à Monaco ?
Des milliers de CDD, extras et saisonniers payent déjà le plus lourd tribut. Dès le 18 mars, ces salariés ont été remerciés. Pour eux, c’est la double peine avec un régime du chômage français qui vient d’être réformé, et des conditions d’indemnisations de plus en plus drastiques. Nous sommes actuellement en contact avec le gouvernement pour nous projeter dans l’avenir, et prévoir un accompagnement pour les salariés en CDI qui ne vont pas reprendre le travail dès l’ouverture des établissements.
Des faillites sont-elles également à craindre à Monaco?
Pour les faillites, il faut savoir qu’il y a en permanence un roulement d’entreprises dans nos secteurs d’activité. Beaucoup de personnes s’improvisent restaurateurs et rêvent de la poule aux œufs d’or ! Pour les entreprises, si elles n’ont pas trop fait les cigales avec leur trésorerie, sur les 10 dernières années, au vu de l’excellente progression du chiffre d’affaires global au niveau de l’hôtellerie-restauration à Monaco ( 2009 : 455 M€ / 2019 : 807,5 M€ (Imsee)) et en tenant compte que la Principauté fait partie des états les plus généreux dans le monde pour leurs entreprises, nous pensons qu’elles passeront le cap de cette crise sanitaire.
Les aides économiques pour les entreprises et les salariés annoncées par le gouvernement vous semblent-elles suffisantes pour surmonter cette crise ?
Le gouvernement a été très réactif dans les mesures d’accompagnement pour les entreprises (salaires, loyers, cotisations sociales…). Dès la fin mars, nous avons souhaité rencontrer l’Association des Industries Hôtelières de Monaco (AIHM), afin qu’ensemble, dans un dialogue constructif, nous puissions mettre en commun nos expériences. La réponse fut que ce n’était absolument pas possible en cette période de confinement, et qu’aujourd’hui, tous leurs efforts et toutes leurs forces sont tournés vers l’assistance de leurs adhérents. Ceci est tout à fait regrettable et met en lumière le peu d’intérêt que semble porter cette entité au dialogue social si nécessaire à l’heure actuelle. Et concernant les aides pour les salariés, nous sommes loin de nos positions et de nos demandes (voir encadré).

Une réouverture en juin des restaurants et des bars est envisagée, si les deux premières phases du déconfinement sont réussies. Qu’en pensez-vous ?
Avant d’envisager une reprise potentielle de l’activité dans les hôtels, bars, restaurants qui sont des zones à risques, la protection des clients et des salariés est une des responsabilités de l’employeur. Nous insistons sur la nécessité qu’une commission composée de la DASS et du comité hygiène sécurité, contrôle les mesures de protections et les stocks à disposition dans les établissements afin de valider leurs réouvertures.
Est-il possible d’envisager des scénarios de réouverture et de reprise d’activité avec par exemple, l’organisation d’un service de livraison à domicile, ou un service a minima avec des tables espacées ? Qu’en pensez-vous ?
Les livraisons et les prestations de services à domicile comme celles de traiteur sont déjà très répandues en Principauté. Nous sommes dans un micro-État avec 150 établissements de restauration au km2, et souvent, avec de petites superficies. Les distanciations sociales sanitaires ne pourront se faire qu’en étant inventifs.
Que proposez-vous concrètement ?
Pour nous, une solution est de revoir et de moderniser notre métier. Il faut éviter la concentration de nos clients seulement sur les heures de services habituels. Déjà, actuellement, une partie de notre clientèle veut avoir un service à toute heure. Il faudrait justement mettre en place des services en continu, pour avoir un service “non-stop “ avec deux équipes de salariés sur l’amplitude de la journée. Ce qui permettrait à 100% des salariés de reprendre rapidement le travail avec le respect de la convention collective et le respect de l’environnement, grâce à une réduction des « va-et-vient » et, automatiquement, des risques d’accident que cela engendre.
(1) Syndicat affilié à l’Union des syndicats de Monaco (USM)
Revendications – Les demandes du syndicat des cuisiniers pour les salariés
Pour le personnel au fixe, le syndicat demande à ce que l’entreprise fasse le complément pour parvenir à 100% du salaire net. Pour le minima garanti de l’Etat concernant les plus bas salaires, le syndicat s’était positionné sur le salaire moyen qui est à 2 200 euros.
Pour le personnel payé au pourcentage – qui perd, selon ce syndicat, plus ou moins 60 % de salaire – l’USM demande à ce que le CTTR soit basé sur le taux horaire du salaire moyen reconstitué des 12 derniers mois.
Le syndicat demande également le maintien « dans le temps » du dispositif exceptionnel mis en place par le gouvernement (CTTR) et l’interdiction des licenciements (article 6), des restructurations et des licenciements économiques à Monaco durant l’année 2020.
Le syndicat demande la possibilité qu’un droit de retrait pour les personnels soit instauré.
