jeudi 30 avril 2026
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    Avenir des commerces à Monaco quartier par quartier : l’analyse d’Alexandre Pasta 

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    Comment améliorer l’attractivité des commerces dans chaque quartier de la Principauté ? Et comment lutter contre les locaux commerciaux fermés en Principauté, parfois durant des décennies ? Alexandre Pasta, président de l’Union des commerçants et artisans de Monaco (UCAM) nous livre son analyse.

    BOULEVARD DES MOULINS 

    Les commerçants installés sur le boulevard des Moulins nous ont fait part de plusieurs difficultés : problèmes de stationnement, échafaudages présents sur certains immeubles depuis des années, ou encore absence de connexion avec le Métropole shopping center voisin… Tout ceci handicaperait l’attractivité commerciale de ce boulevard. Vous constatez également ces difficultés ? 

    Oui, les commerçants ont raison sur ces divers points. La présence de ces échafaudages est une vraie problématique. Les travaux sont bloqués depuis très longtemps.  Le gouvernement en a pleinement conscience mais il s’agit malheureusement de projets privés… Le stationnement est également un problème, mais complexe à résoudre sur cette artère. En revanche, nous travaillons véritablement avec le gouvernement pour essayer de trouver des connexions entre le boulevard des Moulins et le Métropole. Il faudrait effectivement améliorer la signalétique, changer le mobilier urbain qui est un peu vieillissant, et mettre en place, pourquoi pas, un escalator pour relier les deux zones. Au sol, un parcours floral pourrait également être réalisé. Certains commerçants proposent “une balade verte“ – Cela inciterait les personnes sortant du Métropole à se rendre davantage vers le boulevard des Moulins. 

    N’y a-t-il pas également un problème d’offres sur le boulevard des Moulins ? Les commerces sont-ils suffisamment attractifs ?

    L’offre peut toujours être meilleure. Mais je crois que les commerçants présents actuellement sur le boulevard des Moulins font le maximum. Que ce soit au niveau de la présentation des vitrines que de l’accueil, ils ont fait de véritables efforts. En revanche, il reste une problématique, qui ne touche pas uniquement le boulevard des Moulins, ce sont les commerces appartenant à des propriétaires privés qui restent vacants.  Lorsque l’on passe au boulevard des Moulins et que l’on voit 20 mètres de vitrines fermés depuis 20 ans, c’est embêtant. C’est une zone d’ombre. Nous en parlons avec le gouvernement mais il n’y a pas de solution miracle. Nous sommes dans un pays de droit. Les propriétaires de ces locaux commerciaux, s’ils ne veulent pas les louer, il est difficile de les y obliger. 

    Pour responsabiliser les propriétaires qui refusent de louer leurs locaux, sans justification, et si la persuasion n’est pas efficace, le Conseil national avait évoqué un temps la mise en place d’une taxe sur les locaux vacants. Êtes-vous favorable à des mesures plus coercitives ?

     Je suis totalement contre l’instauration d’une taxe. Ce n’est pas ni une habitude, ni, je dirais, dans “ la mentalité “ de la Principauté. En revanche, nous avons travaillé à une autre solution avec le gouvernement : celle de mettre en place un bail souple. L’objectif est que les propriétaires puissent récupérer leur local commercial plus aisément quand ils sont loués, s’ils souhaitent par exemple opérer une nouvelle promotion immobilière.  

    Pour éviter que des commerces restent inoccupés en Principauté, le gouvernement a également décidé d’être à son tour proactif en rachetant certains de ces locaux vacants. Est-ce une bonne chose ?

    Absolument, mais là encore, la problématique reste la même. Encore faut-il que les propriétaires veuillent vendre… 

    Certains commerces en Principauté sont-ils fermés depuis de très longues années ? 

     Absolument. Certains commerces – sur le Rocher notamment – sont fermés depuis des décennies, et il ne s’agit pas forcément de petits commerces. C’est dommage pour l’image du quartier et de la Principauté. Cela créé des zones grises. 

    MONACO-VILLE 

    Diriez-vous que le boulevard des Moulins, avec sans doute le Rocher, est l’artère commerciale qui souffre le plus ?

    Souffrir est peut-être excessif, mais il est évident qu’il faut et que l’on peut améliorer l’attractivité du boulevard des Moulins. En ce qui concerne Monaco-Ville, ce quartier a beaucoup souffert pendant le Covid. J’étais persuadé qu’après la crise sanitaire, il repartirait, et cela a été le cas. Les commerçants ont réalisé une belle année 2023. Les chiffres sont à peu près ceux d’avant Covid. Les commerçants ont fait, là aussi, des efforts sur l’offre commerciale, les présentoirs et les vitrines.

    Il est vrai désormais qu’il n’y a pas que des boutiques de souvenirs sur le Rocher. On y trouve aussi de plus en plus des commerces de bijoux, de maillots de bain, de la décoration…

    Historiquement, dans les années 50 notamment, il n’y avait que des commerces très diversifiés sur le Rocher : des boucheries, des bijoutiers, ou encore des magasins de textile. Peu à peu, Monaco-Ville est devenu une zone très touristique. L’offre commerciale s’est donc forcément adaptée à cette clientèle. Mais il y a toujours eu d’autres commerces que du souvenir. 

    Toutefois, force est de constater que les résidents de la Principauté ne montent pas consommer à Monaco-Ville. La problématique est toujours là. Comment changer cet état de fait ?

    Pour dynamiser cette zone, il faut absolument faciliter l’accès à Monaco-Ville. Certes, il y a des bus et des escaliers, mais il faut une connexion plus directe entre la Condamine et le Rocher. Monaco a su réaliser des ascenseurs qui fonctionnent très bien dans des endroits improbables. Pourquoi ne pas en créer un dont le point de départ serait situé près de la place d’Armes, à côté du poste de police par exemple.  Pourquoi pas également imaginer une rampe en escalator qui faciliterait la montée de la rampe major. On demande également qu’un hôtel de luxe, d’une quarantaine de chambres par exemple, soit créé. Car au Rocher, bien qu’il s’agisse, d’une zone très touristique, il n’y a pas d’hôtel.

    LARVOTTO 

    Les commerces présents au Larvotto ont toujours ouvert leurs portes uniquement durant la période estivale. Désormais, ils doivent ouvrir toute l’année. Le pari est-il réussi à ce stade ?

    Avec le gouvernement et le Conseil national nous sommes très attentifs sur ce qu’il se passe au Larvotto. Les commerçants ont effectivement désormais l’obligation d’être ouverts toute l’année. C’est un sacré pari pour eux. On fait tout pour que ça marche. On peut imaginer que les projets immobiliers voisins, Testimonio et Mareterra draineront beaucoup de monde dans cette zone.

    Avez-vous tout de même à court terme des idées plus concrètes pour dynamiser les commerces du Larvotto durant les mois d’hiver ? 

    Avec la Mairie et le Conseil national, nous avons émis l’idée d’installer en période hivernale un petit marché de Noël. Nous sommes en train d’étudier la possibilité de le faire avec, pourquoi pas, un beau manège sur l’esplanade.  Pour cet hiver 2023, c’était trop tard, mais nous souhaiterions mettre tout ceci en place pour l’hiver 2024.  

    JARDIN EXOTIQUE 

    Le Jardin exotique n’est pas une zone très attractive d’un point de vue commercial. Beaucoup estiment que l’offre devrait être étoffée pour les habitants de ce quartier. C’est aussi votre avis ?

    Au Jardin exotique, il y a des commerces de proximité, mais ils sont effectivement très peu nombreux.  J’aimerais bien sûr qu’il y en ait davantage, mais il y a un manque évident d’espace…

    La présence d’une supérette serait également sans doute nécessaire ?

    Il y a un Carrefour City à Beausoleil et un Intermarché à l’Escorial mais une supérette supplémentaire serait sans doute utile. Depuis longtemps, on se bat également pour qu’il y ait un distributeur de billets de banques. Il est question qu’il soit installé place des Moneghetti, à proximité des commerces.  

    Dans la partie haute du Jardin Exotique, les élus du Conseil national ont relevé qu’avec le projet d’entrée de ville EVOS, la réouverture programmée du Jardin Exotique, et la livraison récente et prochaine de logements, l’offre commerciale devra être développée. Vous êtes d’accord avec cette analyse ? 

    Oui bien sûr. L’offre devra être étoffée. Cela me semble indispensable car il y a et il y aura beaucoup de résidents. 

    FONTVIEILLE 

    Le gouvernement a annoncé il y a quelques mois que le nouveau projet de centre commercial de Fontvieille allait être revu à la baisse, notamment pour des raisons budgétaires. Savez-vous ce les autorités prévoient dans le prochain projet ? 

    Un dialogue est en cours entre le Conseil national et le gouvernement. Je leur fais totalement confiance pour trouver un projet attractif. Je suis en revanche extrêmement vigilant sur un point : il ne faut pas qu’il y ait une séparation trop importante entre Fontvieille et la Condamine. J’en ai parlé avec le Conseil national, la Mairie, et le gouvernement. Il faut, là encore, mettre en place une galerie piétonne, une connexion, pour qu’un transfert des visiteurs s’opère entre Fontvieille, la Condamine et Monaco-Ville, avec par exemple cet ascenseur que j’évoquais plus haut. 

    Sinon vous craignez que le nouveau centre commercial vide un peu les commerces de la Condamine ?

    On pourrait le craindre car il y aura le nouveau cinéma également à Fontvieille. Il faut donc absolument imaginer une connexion entre les trois quartiers. 

    Comment expliquer qu’au Centre commercial de Fontvieille un nombre significatif de boutiques ait fermé ?

    Ce n’est pas lié à Monaco. Les grosses enseignes nationales ont fermé, c’est le cas pour Camaïeu ou Minelli prochainement. C’est évidemment inquiétant. Le milieu de gamme au niveau du textile souffre beaucoup. Certainement à cause d’internet aussi qui capte beaucoup de clientèle. 

    PARK PALACE / ONE MONTE CARLO / MÉTROPOLE  

    Que dire des commerces de luxe situés au Park Palace, au Métropole ou au One Monte-Carlo ? Le secteur du luxe marche très bien. Les commerçants sont satisfaits de la rénovation du Park Palace. C’est très joli. De plus, l’immeuble Le 26 Carré d’Or situé à l’angle est fini. Le Café de Paris a ouvert ses portes et accueillera prochainement de nouvelles boutiques. Le restaurant  Amazonico va bientôt ouvrir à son tour. Tout ceci crée une dynamique globale très positive.

    Ouverture des commerces le dimanche : « Je suis déçu par les résultats et j’en attends plus » 

    Depuis que la Principauté a règlementé le travail dominical, « le bilan est mitigé,  estime le président de l’UCAM, Alexandre Pasta.Je suis déçu par les résultats et j’en attends plus. Je comprends que les commerces ne puissent pas ouvrir tous les dimanches de l’annéeEn revanche, j’encourage vraiment les commerçants à ouvrir durant les gros week-ends. Il y en a 5 à 8. » Ce commerçant énumère bien sûr le Yacht show, le Grand prix, ou encore les Rolex Master de tennis. Le président de ce syndicat professionnel appelle également à plus d’homogénéité car, dans un même quartier, ou une même rue, des commerces ouvrent le dimanche, d’autres non. « En revanche, depuis 50 ans, les boutiques à Monaco ville sont quant à elle ouvertes tous les week-ends de l’année », salue Alexandre Pasta.

    Application Succès de Carlo : 600 commerçants y participent 

    « L’application Carlo, il faut la continuer. C’est un rapport véritablement gagnant/gagnant. Cela marche très bien et cela booste les commerces locaux. » Pour Alexandre Pasta, aucun doute. Cette initiative lancée dès 2019 par Antoine Bahri est un véritable succès en ville. Presque 600 commerçants désormais y ont adhéré. « D’ailleurs, on ressent de plus en plus que cela devient un réflexe de paiement pour l’ensemble des consommateurs : Monégasques, résidents et même pendulaires. On m’a même remonté que certains touristes installeraient l’application pour l’utiliser durant leur séjour. On ne peut que s’en réjouir », a indiqué à son tour l’élue du Conseil national, Corinne Bertani.

    « J’aimerais que les commerçants de la Principauté adhèrent davantage à l’UCAM »

    Depuis sa création, l’UCAM a pour mission de défendre les intérêts économiques, professionnels et sociaux des commerçants et des artisans de la Principauté. Ce syndicat professionnel travaille également au développement du commerce monégasque. Actuellement, l’UCAM compte une centaine d’adhérents, ce qui est trop peu selon Alexandre Pasta. « J’aimerais que les commerçants adhèrent davantage à l’UCAM. Nous en avons une centaine actuellement. Ce qui n’est pas suffisant. J’ai besoin d’adhérents. Nous réalisons un travail énorme de bénévolat », indique le président de l’UCAM qui rappelle que ce syndicat est le relais direct des préoccupations des commerçants auprès du Conseil national et du gouvernement.

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