Après plusieurs années passées à l’étranger, de nombreux expatriés de nationalité monégasque décident de revenir vivre à Monaco. Pourquoi ce retour au pays ? Et quelles sont les concessions professionnelles qu’ils doivent faire une fois sur le territoire de la Principauté ? Nos réponses.
Ils ont décidé d’étudier et de travailler loin du cocon de la Principauté… De nombreux Monégasques ont fait le choix de poser leurs bagages aux Etats-Unis, en Angleterre, en Suisse, en France ou encore à Singapour. Des pays où ils mènent généralement de belles carrières professionnelles, avec des rémunérations conséquentes. Pourtant, malgré un train de vie souvent très confortable et de hautes responsabilités, ils sont de plus en plus nombreux à exprimer le désir de revenir en Principauté. On le sait assez peu, mais ces expatriés peuvent compter sur l’aide de la Commission d’Insertion des Diplômés (CID) chapeautée par Muriel Bubbio. Cette structure ne s’occupe pas uniquement de la jeunesse fraîchement diplômée. Elle aide également les expatriés de nationalité monégasque, et ce, quel que soit leur âge, à se réinsérer professionnellement en Principauté. « Nous nous occupons en moyenne de 20 à 30 expatriés monégasques par an. Ce sont généralement des suivis sur le long cours (1), nous explique la responsable de la CID. Nous aidons également leurs conjoints dans cette démarche. »
Un retour à Monaco motivé par le désir de fonder une famille
Le profil type de ces expatriés (1) ? « Ce sont généralement des profils très experts, âgés entre 30 et 40 ans, résume encore Muriel Bubbio. Ils ont en moyenne entre 5 et 10 ans d’expérience professionnelle à l’étranger. » Et le souhait de revenir en Principauté est très majoritairement motivé par un même désir : celui de fonder une famille ou d’offrir à leurs jeunes enfants — âgés généralement de 2 à 4 ans — un meilleur cadre de vie et un excellent système scolaire. « Ils sont effectivement très attachés au rapprochement familial et à l’ancrage culturel et social », confirme la responsable de la CID.
« Nous sommes les VRP des expatriés »
Concrètement, quel est alors le rôle de cette structure d’État lorsque ces expatriés expriment le souhait de revenir sur leur terre d’origine ? « Nous allons faire les VRP pour eux, répond Muriel Bubbio. Nous allons présenter les profils aux entreprises monégasques, et nous allons leur organiser des rendez-vous, pour qu’une fois ici, ils aient déjà des pistes concrètes. » Problème : trouver un travail en Principauté pour ces profils hautement qualifiés, et ayant parfois des compétences très spécifiques, n’est pas toujours évident. Pour deux raisons essentiellement : soit parce que leur métier n’existe pas à Monaco — ou qu’il est déjà saturé —, soit parce qu’ils ne retrouvent pas en Principauté le niveau de rémunération qu’ils touchaient à l’étranger. « Sur 2 km2, le paysage économique n’est pas le même qu’à Paris, Londres ou New York. L’ergonomie des entreprises n’est pas la même. Ils comprennent vite que le périmètre de leur métier va donc être revu largement à la baisse. Ils ne sont pas déçus par cela mais ils peuvent parfois être décontenancés, poursuit Muriel Bubbio. Ils savent que c’est une question d’échelle. Travailler à l’étranger dans une multinationale embauchant plusieurs dizaines de milliers de personnes, n’est pas la même chose que de travailler dans une entreprise où il y a 200 collaborateurs. » Tout l’enjeu pour la CID est donc de mettre les compétences de ces expatriés dans le champ économique monégasque. Certains font également le choix d’opérer une véritable reconversion. « S’ils souhaitent se reconvertir dans un domaine totalement opposé, dans ce cas, nous leur proposons et finançons des formations. » Côté rémunération, là encore, les expatriés doivent souvent faire des concessions. « L’expatrié qui nous demande 150k annuels, clairement, cela n’existe pas à Monaco (sauf dans le secteur bancaire), rajoute Muriel Bubbio. Mais il le sait, et étant donné qu’ici il ne paiera plus d’impôts, il y trouve son compte, et accepte d’avoir une rémunération plus basse. »
Un retour des cerveaux
Une chose est sûre. La Commission d’Insertion des Diplômés encourage toujours la jeunesse monégasque à mener des études et une expérience professionnelle hors des frontières de la Principauté. Car, in fine, ce sera toujours une richesse pour le pays. « Ce qui nous intéresse, c’est d’avoir des profils ayant des visions allant au-delà de nos 2 km2. Le fait d’avoir effectué des stages, des études et une première expérience à l’étranger fait qu’ils sont beaucoup plus riches quand ils reviennent nous voir. Le pays y gagne aussi d’avoir des profils avec des idées neuves », rajoute Muriel Bubbio. Quant aux expatriés qui ne veulent pas revenir en Principauté, qui sont-ils ? Selon la responsable de la CID, ce sont généralement ceux qui n’ont pas grandi sur le territoire monégasque. « Nous avons effectivement une communauté de Monégasques à l’étranger qui n’est pas née à Monaco, qui n’y a pas étudié, et qui ne vivra probablement jamais en Principauté. Car pour eux, Monaco n’est pas leur pays mais uniquement leur nationalité. »
(1) En ce qui concerne les expatriés suivis en 2023 par la Commission d’Insertion des Diplômés, sur un total de 35 (dont 15 en recherche d’un emploi), il y avait 14 hommes (8 hommes en recherche d’un emploi) et 21 femmes (7 femmes en recherche d’un emploi).
