vendredi 24 avril 2026
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    Partenariat police/secteur privé :
    Une alliance contre la délinquance

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    Pour prévenir toutes formes de délinquance en Principauté, la Sûreté publique a décidé de créer un partenariat avec plusieurs secteurs clés du privé : les boutiques de luxe, les hôtels, les banques, les sociétés de sécurité privée, et bientôt les syndics d’immeubles et les restaurants.

    Objectif : former ces professions aux bons gestes et aux bons réflexes pour prévenir les actes de délinquance qui pourraient survenir à Monaco. Explications.

    La Sûreté publique le répète souvent : la prévention de la délinquance et de la criminalité est une priorité. Avec un objectif en ligne de mire : trouver toutes les parades possibles pour que le territoire et la population n’aient pas à subir des actes malveillants. Pour arriver à cet objectif, la Sûreté publique a vite compris que les actions traditionnelles de police ne suffisent plus.  « Le secteur public ne peut plus faire tout, tout seul. La collaboration du privé est indispensable », affirme le commissaire Christophe Haget. Cette collaboration entre la police monégasque et le privé ne date pas d’hier. C’était déjà dans « l’ADN » de la Sûreté publique il y a 20 ans.

    Risques de braquage : coopération accrue avec les banques et les commerces de luxe

    « Nous avons en effet commencé dans les années 2000 avec les secteurs les plus sensibles, à savoir les boutiques de luxe et les banques. Notamment par rapport au risque de braquage », indique-t-il. Pour sécuriser ces entités, une collaboration police/privé a donc été mise en place. En premier lieu, ces établissements très exposés ont été reliés directement aux alarmes de la Sûreté publique pour que les forces de l’ordre puissent intervenir dans l’immédiat en cas de problème. Autre exemple concret qui concerne cette fois-ci les banques : le transport de billets se faisait auparavant à Monaco… dans des sacs plastiques. Pourtant, à l’intérieur, il y avait des sommes absolument astronomiques. « L’espérance de vie d’un convoyeur de fonds avec des sacs plastiques remplis d’argent dans les villes que j’avais à gérer en France aurait été de quelques minutes…, souligne Christophe Haget. Il a donc fallu rationaliser et sécuriser cette activité avec des caméras ou encore la mise en place de sas. »

    Christophe Haget alliance police secteur privé Monaco
    Christophe Haget Monaco Safe City © Sabrina Bonarrigo / L’Observateur de Monaco

    « Nous avons commencé ce partenariat public/privé dans les années 2000 avec les boutiques de luxe et les banques. Notamment par rapport au risque de braquage »

    Des informations communiquées par mail ou SMS

    Dès les années 2000, les boutiques de luxe ont été également mises à contribution. Pour que les employés travaillant dans ces commerces repèrent des délinquants potentiels, des informations leur étaient — et leur sont encore aujourd’hui — communiquées par mails ou par SMS. Ainsi, si par exemple un individu commet un vol à main armé dans une grande ville européenne, la Sûreté publique en sera informée. Dès lors, certains éléments concernant cette personne — notamment sa photo — sont aussitôt transmis aux différentes boutiques de luxe de la Principauté. Les employés sont alors invités à prévenir la police si un suspect est repéré sur place. Au-delà de ce type d’actes concrets, beaucoup de dialogue et de formation ont été menés. « Nous avons informé ces acteurs sur les différents types de délinquance auxquels ils pouvaient être confrontés. Pour le secteur bancaire, il y avait par exemple les escroqueries au président. Nous leur avons expliqué comment elles arrivent, et comment les éviter. »

    Des audits de sécurité gratuits opérés par la Sûreté publique

    Cette philosophie sécuritaire basée sur la prévention, la police a décidé de la globaliser, de l’étendre à d’autres secteurs, et de la théoriser en créant un programme dédié baptisé Monaco safe city que Christophe Haget chapeaute depuis janvier 2018. Très concrètement, comment ce programme est-il opéré sur le terrain ? Tout d’abord, un audit de sécurité est proposé gratuitement par la Sûreté publique à ces établissements partenaires. Objectif : évaluer s’il y a des failles dans leur système de sécurité et si des changements sont opportuns. « On évalue par exemple si des process internes pourraient retarder ou empêcher l’accès des policiers ou des secours. Pour les bijoutiers, on regarde notamment comment est recruté le personnel et comment ces boutiques transportent les bijoux sur place. Bien sûr, les grands groupes ont aussi leurs protocoles internes de sécurité. Nous nous complétons. » La police a également fait ce travail d’audit avec les hôtels monégasques. Certains ont ainsi totalement revu leur système de caméras de vidéosurveillance interne, et ont engagé pour cela de gros frais. Au-delà de cette expertise amenée par la Sûreté publique, des formations sont également proposées. Tout est ensuite théorisé par écrit avec l’élaboration de chartes de bonnes conduites, édictant noir sur blanc toutes les recommandations nécessaires, par secteur d’activité. Après les banques, les commerces de luxe, et les hôtels, ce programme d’audit et de formation sera également proposé à l’avenir aux restaurants et aux syndics d’immeubles. Objectif dans ce dernier cas : tenter de prévenir les cambriolages.

    Un audit de sécurité est proposé gratuitement par la Sûreté publique aux établissements partenaires. Objectif : évaluer s’il y a des failles dans le système de sécurité et si des changements sont opportuns

    Elever « l’instinct premier de vigilance »

    Le programme Monaco safe city compte désormais un peu moins d’une centaine de membres dans le secteur du luxe, 11 hôtels, plus de 40 banques, et six sociétés de sécurité privée (voir article par ailleurs).  « Le but est que tous ces acteurs soient davantage actifs, conscients et vigilants dans ce processus de sécurité préventive. Tout le pays se mobilise. C’est un cas unique, nous indiquait il y a quelques mois Patrice Cellario, le conseiller-ministre de l’Intérieur. Il faut bien se rendre compte que plus le niveau de sécurité est élevé, moins l’instinct premier de vigilance et d’éveil est en alerte. » Avec Monaco safe city, cet instinct de vigilance est donc, collectivement, monté d’un cran.

    Sociétés de sécurité privée : Des sentinelles essentielles

    Leur charte de bonnes pratiques a été baptisée : Vigisecur. Six sociétés de sécurité privée à Monaco (agréés par l’Etat) ont intégré le programme Monaco safe city. « Je considère ces sociétés comme nos premiers partenaires », indique Christophe Haget. Il faut dire que ces agents de sécurité déployés sur l’ensemble du territoire monégasque sont une vraie force vive et de réelles sentinelles pour la Sûreté publique.  « En temps normal, entre 200 et 300 agents de sécurité privé travaillent par jour à Monaco. Sur des évènements comme des Grands prix, on peut passer à 600 ou 700. Ces sociétés représentent donc des ressources techniques et humaines essentielles. Ces agents peuvent anticiper des situations. Et ces sociétés peuvent aussi nous livrer une expertise intéressante. » Ces agents de sécurité sont donc devenus des éléments essentiels à la sécurité globale du pays.

    Expositions de grande valeur : Prévenir les braquages

    À Monaco, de nombreuses expositions réunissant dans un même endroit des objets de grande valeur sont régulièrement organisées. « Il y a eu notamment à la Salle Empire des grandes expositions dans lesquelles il y avait plus d’un milliard d’euros de bijoux. Une disponibilité d’une telle valeur est quasiment unique au monde », indique Christophe Haget. La Principauté reste d’ailleurs l’un des rares pays à accueillir encore ce type d’évènements, car ailleurs, des braquages retentissants ont eu lieu, ce qui a forcément dissuadé les organisateurs. En 2013 par exemple, lors de l’exposition Extraordinary diamonds au Carlton de Cannes, 103 millions d’euros de bijoux ont été volés. « Les grands bijoutiers internationaux regardent quels sont les pays les plus sécurisés au monde prêts à accueillir de telles expositions. Monaco en fait totalement partie », assure Christophe Haget. Pour ce type d’évènement, Monaco assure donc une sécurité optimale. Une charte dans ce domaine mentionnant une série de recommandations a aussi été éditée par Monaco safe city.

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