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    REVOLUTION/A la libération, le prince Rainier, à tout juste 21 ans, prépare sa « révolution de palais ».

     

    « Le 25 août, Paris est libéré. Le lendemain, les avions alliés bombardent la Principauté. Leur objectif est un groupe de bateaux allemands amarrés dans le port. […] Le 27, à 14 heures, une nouvelle vague lâche des bombes sur Monaco. Deux d’entre elles explosent sur les terrasses devant le casino, déjà touchées lors du bombardement du 23. La poste est complètement détruite. Pas de victimes, mais, au port, un passant meurt après avoir été mitraillé par un avion. « À 19 h 30, ce même dimanche, pendant que continue le défilé des convois allemands, nouveau bombardement du port et du stade ; les habitants de la Condamine très inquiets se terrent. Par contre, à l’hôtel Monte-Carlo Palace, boulevard des Moulins, l’atmosphère est stupéfiante. Au bar, on se serait cru à Paris, chez Maxim’s. Il y a foule, on boit sec ; l’inconscience, la peur, les “bobards” sont inimaginables ; on trouve là des gens du monde, des écrivains, des artistes, parmi lesquels une ravissante chanteuse du nom de Yolanda. Des familles juives se sont réfugiées dans les escaliers de la cave écoutant, malgré le brouillage, la radio anglaise qui donne des nouvelles de Paris », raconte un témoin.

    Le prince Rainier (à gauche, en 1944), aidé par le groupe Combat et la résistance anticommuniste, dénonce publiquement Emile Roblot et sa collaboration avec les Allemands, tout en rappelant son attachement à son grand-père. © Collection privée Archives Palais Princier
    Le prince Rainier (à gauche, en 1944), aidé par le groupe Combat et la résistance anticommuniste, dénonce publiquement Emile Roblot et sa collaboration avec les Allemands, tout en rappelant son attachement à son grand-père. © Collection privée Archives Palais Princier

     

    A la Libération, la Principauté connaît le plus grand manifestation de son histoire avec 15 000 personnes dans la rue.  © Photo Mairie de Monaco Fond Régional
    A la Libération, la Principauté connaît le plus grand manifestation de son histoire avec 15 000 personnes dans la rue. © Photo Mairie de Monaco Fond Régional

     

    Monaco subit les bombardements. © Photo Mairie de Monaco Fond Régional
    Monaco subit les bombardements. © Photo Mairie de Monaco Fond Régional

     

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    © Photo Mairie de Monaco Fond Régional

    Apocalyptique

    « Le 28 août 1944, Nice est libéré. Les libérateurs ouvrent les cellules des Nouvelles Prisons et ceux qui ont échappé à l’exécution de l’Ariane, survenue le 15 août, ne pensent qu’à se venger. À commencer par Albert Sutto, atrocement torturé (passé à la baignoire et l’électricité), il n’a pas parlé et n’a pas été identifié. À peine libéré, il se précipite à Monaco. Pendant ce temps-là, les résistants monégasques ont commencé à s’organiser. Ils ont créé un comité clandestin des FFI, prémisse du futur Comité de libération (CDL). […] Septembre commence, un des mois les plus agités qu’ait sans doute jamais connu Monaco.

    Le docteur Drouhard ne sait plus comment décrire le feu qui s’abat sur Monaco : « Samedi 2 septembre. Dès 4 heures du matin, de grosses pièces allemandes tirent depuis la région de Menton, vers l’ouest. Leurs obus sifflent au-dessus de Monaco, et éclatent vers Cap d’Ail et derrière le mont des Mules. À 9 h 30, tir très violent de mortiers sur la Moyenne Corniche et à Cap-d’Ail qui doit évacuer une partie de ses habitants sur Monaco. Il arrive encore plusieurs blessés au triage. Les chirurgiens ne quittent pas les salles d’opération qui vibrent sans arrêt sous l’effet des détonations ; le bruit y est d’autant plus infernal que sept avions bombardent le cap Martin, puis le mont Agel et l’hôtel Vistaéro (sur les hauteurs de Monaco). Une villa flambe sur le cap, tandis que les navires de guerre continuent leurs tirs. La journée a été infernale. La nuit le sera davantage. Cette nuit du 2 au 3 septembre sera apocalyptique. Après une soirée torride (32 °C), éclate un orage terrifiant dont les éclairs illuminent sans arrêt le plafond de nuages qui déversent des tonnes de pluie sous un vent farouche. En même temps, les canons de marine tirent du large. Leurs obus éclatent bruyamment sur le mont Agel. La Turbie est éclairée par les explosions […]. Sur la Moyenne Corniche, au-dessus de l’hôpital, les coups de mortiers répondent aux coups de tonnerre, secouant le sol et les pavillons […]. Le spectacle est indescriptible. »

    « Roblot se cache des Américains de crainte sans doute de l’arrestation avant de se retrouver face à ses accusateurs de Monaco. Le premier d’entre eux est évidemment Rainier. La haine inextinguible que porte le jeune homme à Roblot a atteint, semble-t-il, son paroxysme après sa majorité et sa proclamation comme prince héritier. Il n’ignore sans doute plus rien des clauses du testament de son grand-père où celui-ci, obnubilé par sa relation avec Ghislaine (sa femme, N.D.L.R.) et affaibli par l’âge, y laisse tout le pouvoir à Roblot. Rainier profite des événements pour mener sa propre révolution de palais et régler ses comptes. »

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