vendredi 10 avril 2026
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    Extension de l’aéroport de Nice : ces scientifiques disent non !

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    Le projet d’extension de l’aéroport de Nice suscite une vive opposition au sein de la communauté scientifique, qui dénonce un projet purement économique réalisé au détriment de la santé publique des administrés et de la protection du territoire. Détails.

    Si les aéroports induisent de nombreuses nuisances, l’infrastructure niçoise est d’autant plus problématique qu’elle est urbaine. L’augmentation du trafic qui devrait découler de son extension pourrait encore accentuer ces nuisances et en premier lieu le bruit, qui affecte les riverains immédiats, ceux de la Promenade des Anglais et de l’Eco-Vallée, mais aussi les habitants de quartiers plus éloignés de Nice-Ouest, jusqu’à Saint-Laurent du Var et Cagnes-sur-Mer à l’Ouest, et jusqu’à Villefranche-sur-Mer à l’Est. Les moments de décollage et d’atterrissage sont les plus dérangeants, mais selon les trajectoires de vols, l’arrière-pays niçois peut aussi être concerné.

    Docteur Véronique Mondain
    Docteur Véronique Mondain, infectiologue au CHU de Nice. © Photo DR

    Troubles du sommeil et problèmes cardiovasculaires

    Outre le côté désagréable du bruit, il présente à long terme de nombreux risques sanitaires encore sous-estimés. Le Docteur Véronique Mondain, médecin, infectiologue au CHU de Nice et Présidente de l’association Santé Environnement 06, affirme que le bruit constitue un facteur majeur dans l’apparition de pathologies sérieuses. « En plus de la fatigue, les troubles du sommeil, ou encore des difficultés de concentration, des études ont mis en évidence des liens directs entre l’exposition au bruit et l’hypertension ainsi que d’autres maladies cardiovasculaires. Chez les enfants, ces nuisances sonores peuvent provoquer des problèmes d’apprentissage », détaille-t-elle. Le Dr Mondain déplore par ailleurs que l’étude d’impact réalisée par l’aéroport utilise des seuils de bruit non conformes aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). « Alors que l’OMS préconise un maximum de 45 décibels en journée et 40 décibels la nuit, les cartes du bruit présentées démarrent à partir de 50 décibels, ce qui correspond déjà à un bruit trois fois plus puissant qu’à 45… », se désole-t-elle.

    Le fléau invisibilisé de la pollution atmosphérique

    La pollution de l’air va elle aussi s’aggraver avec l’augmentation du nombre de vols alors que la région PACA est déjà l’une des zones littorales les plus polluées en France. L’étude d’impact publiée par l’aéroport reconnaît une augmentation de 150 tonnes de polluants à l’horizon 2034 en cas de mise en œuvre du projet, soit une hausse de 25 % par rapport à la situation actuelle. « Ce sont bien les citoyens qui vont les inhaler, les respirer et les avoir sur la peau… », déplore Véronique Mondain, notant que les études s’accordent à dire que les particules fines vont au moins jusqu’à 40 kilomètres sous le vent des aéroports. Le contact avec ces particules fines et ultrafines peut entraîner des maladies respiratoires, notamment de l’asthme. Une étude de Santé Publique France révèle que 15 à 20 % des nouvelles maladies respiratoires chez l’enfant sont dues à la pollution de l’air. Chez les adultes, elle est responsable de près de 10 % de toutes les maladies respiratoires, cardiovasculaires et métaboliques. « La pollution de l’air peut entraîner du diabète, favoriser les démences, les cancers… Par ailleurs, quand l’air pollué notamment par le diesel ou le kérosène, se combine avec des caractéristiques de nos alvéoles pulmonaires, créant des anticorps qui ressemblent aux composés du cartilage, il favorise aussi les maladies inflammatoires rhumatologiques », indique Véronique Mondain.

    « Il faut des victimes et des gens qui portent plainte »

    « Tout ceci est beaucoup trop sous-évalué. En tant que médecin nous avons peut-être aussi une part de responsabilité, mais c’est normal parce qu’en école de médecine, on commence tout juste à l’étudier. Quand un patient a un problème respiratoire, on lui demande classiquement s’il fume, éventuellement s’il fait un métier avec des risques d’inhalation de poussière… mais on ne lui demande jamais s’il ressent, dans son quotidien, des effluves anormales ou s’il habite dans un secteur pollué. Comme les problèmes sont très souvent polyfactoriel, il est difficile de faire admettre que la pollution a joué un rôle important. Malheureusement, il faut des victimes et des gens qui portent plainte pour que le danger de la pollution atmosphérique ne soit plus passé sous le tapis », poursuit l’infectiologue.

    « L’étude d’impact présente de nombreux calculs non étayés »

    Dans son étude d’impact, l’aéroport promet une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre malgré l’extension. « Ils expliquent que les appareils vont être plus gros, qu’ils consommeront moins et qu’ils éviteront les altitudes auxquelles se forment les traînées de condensation (qui ont un impact de réchauffement climatique- forçage radiatif). Néanmoins, il y aura bien 28 000 vols de plus annuels d’ici 2034 et ces éléments ne compenseront pas leurs impacts », considère le Dr. Mondain. Elle déplore par ailleurs que l’aéroport ne prenne pas la responsabilité de l’empreinte carbone des émissions demi-croisière. « L’étude d’impact présente de nombreux calculs non étayés et use d’un langage pseudo scientifique afin de justifier des arguments exclusivement économiques », clame-t-elle.

    Magali della Sudda Chercheuse CNRS
    Magali Della Sudda, chargée de recherche au CNRS. © Photo DR

    Risques climatiques et géographiques

    L’extension de l’aéroport soulève aussi des questions cruciales concernant les risques climatiques et environnementaux. Magali Della Sudda, Niçoise d’origine et Directrice de recherche en Science politique au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) attire l’attention sur le risque sismique de la zone, qui est aussi vulnérable à la montée des eaux comme le démontrent les géographes. « Géographiquement et géo-morphologiquement, la plate-forme aéroportuaire subit la fragilité et l’instabilité de son sous-sol marin (sédiments accumulés comblant des vallées sous-marines), elle devra faire face d’ici 5 ans, selon des études officielles, à une montée de la mer comprise entre 6 et 18 cm et risque d’être exposé à des inondations incontrôlables comme les tempêtes Alex et Aline l’ont démontré sur le haut pays Niçois en 2020 et 2023… », alertait aussi Daniel Moatti, chercheur, au Sic Lab Méditerranée, dans l’enquête publique.

    Rappelons qu’en 1979, alors qu’une extension du tarmac de l’aéroport de Nice était en cours sur la mer Méditerranée, la digue s’est effondrée sous les pieds d’une dizaine d’ouvriers après de fortes pluies qui ont provoqué un glissement de terrain. Neuf d’entre eux ont perdu la vie.

    Et le train ?

    Ces risques auraient dû, selon les spécialistes interrogés, amener les décideurs à revoir la pertinence d’un tel projet, surtout à l’heure où les engagements internationaux en matière de lutte contre le changement climatique devraient orienter leurs choix vers des solutions plus durables. « Des solutions comme le ferroviaire », commente Magali Della Sudda. « Nice, jadis très bien connectée à l’Italie et à l’Espagne, est désormais enclavée d’un point de vue ferroviaire, depuis la cessation des lignes internationales amorcée en 2014. A l’Est, les lignes s’arrêtent à Vintimille et à l’Ouest, à Marseille. Ne serait-il pas plus judicieux de redéployer le transport ferroviaire international en ligne directe, plébiscité par les consommateurs ? », s’interroge-t-elle.

    Déni démocratique…

    « Quand j’ai dépouillé les cahiers de doléance du grand débat national, j’ai regardé ce qu’il y avait sur la question des mobilités. Et il n’y avait aucune demande d’extension de cet aéroport. Les habitantes et habitants du territoire demandaient des lignes ferroviaires plus complètes et régulières », assure Magali Della Sudda. Le projet est évidemment à destination des touristes internationaux, pas de la population locale ni même domestique. « L’idée derrière, c’est de développer encore le tourisme, ce qui augmente aussi notre consommation en eau (on sait que les touristes consomment presque 2x plus d’eau que les locaux). Cela nous rend par ailleurs encore plus vulnérables face aux pandémies », s’agace Véronique Mondain. « On sait que les risques majeurs sur ce sujet proviennent surtout du continent asiatique et évidemment cette zone-là fait partie des longs courriers que les décideurs s’attellent à développer », poursuit-elle.

    Riverains : les enfants inhalent du kérosène dans la cour de récréation

    De nombreux riverains vivent à proximité de l’aéroport. Plusieurs d’entre eux ont écrit leurs préoccupations concernant cette extension au sein de l’enquête publique. La présence de deux écoles à proximité suscite également des inquiétudes. « En tant que fonctionnaire de l’éducation nationale, je ne peux pas me positionner clairement sur le projet d’extension. Ce que je peux vous dire, c’est ce que nous (enfants et professionnels) subissons quotidiennement le bruit des avions qui décollent et atterrissent et la forte odeur de kérosène dans la cour de récréation, en particulier quand il fait mauvais temps », relate Laurent Bernardi, directeur de l’école élémentaire Flore 2 située à 2,5 km de l’aéroport. De son côté, le Dr. Véronique Mondain met en avant les effets toxiques de l’inhalation de kérosène. Selon cette spécialiste, cette exposition peut notamment entraîner des maladies auto-immunes et des maladies hormonales. « Le kérosène a des impacts multiples sur l’organisme et peut occasionner des problèmes oculaires, pulmonaires, des problèmes d’insuffisance rénale, des problèmes hépatiques, génotoxiques, mutagènes et reprotoxiques (les CMR, c’est le plus dangereux !) », ajoute-t-elle. Dans l’enquête publique, la France insoumise 06 note que les enfants scolarisés dans des écoles proches de l’aéroport, subiraient une double peine : l’exposition accrue à des polluants et aux nuisances sonores, tout en ne bénéficiant pas des retombées économiques directes de l’extension. Le parti a par ailleurs tenu à rappeler que « les quartiers touchés sont majoritairement défavorisés, ce qui renforce les inégalités sociales ».

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