Le président de la commission logement, Franck Lobono, livre son point de vue sur la polémique autour des logements domaniaux vides.
Lors de la conférence de presse du 11 mars, pour évoquer les Monégasques qui ne vivent pas dans leurs logements domaniaux, la majorité a parlé de cas « extrêmement marginaux » et de « quelques tricheurs qu’il faut sanctionner ». En quoi ces Monégasques sont-ils des tricheurs ?
Cette question de la soi-disant non occupation de certains logements domaniaux par les Monégasques, a été introduite de manière maladroite dans le débat public. Elle jette à tort la suspicion sur la communauté monégasque, soupçonnée de ne pas habiter les appartements du parc domanial. Elle aurait même pu entraîner une remise en question du grand plan national logement annoncé par le Prince, et élaboré en concertation avec le Conseil national. L’immense majorité des nationaux habitent ces appartements, nous le savons tous, contrairement à ces insinuations. De plus, cette intervention politique ne peut aboutir sur rien de concret.
Pourquoi ?
Comment en effet vérifier si on est présent plus de la moitié de l’année dans un appartement ou pas ? Faut-il instaurer une sorte de « monarchie policière », selon l’expression utilisée par le Ministre d’Etat ? Faut-il installer des caméras derrière chaque porte d’appartement, ou encore placer un policier dans chaque hall d’immeuble ? Rappelons que les logements domaniaux sont destinés à satisfaire un besoin réel et légitime de foyers de nationaux, leur vocation est donc évidemment d’être occupés. C’est la contrepartie naturelle et morale du locataire par rapport à l’effort de l’Etat pour lui permettre de vivre dans de bonnes conditions dans son pays. Bien sûr, si quelqu’un triche en demandant un appartement domanial sans jamais l’habiter, il faut mettre un terme à son bail. S’ils existent, ces cas sont marginaux et doivent être sanctionnés par l’administration des domaines.
Jean-Louis Grinda indique que ces Monégasques ne sont pas des tricheurs et qu’ils ont parfaitement le droit de vivre à l’année en France s’ils le souhaitent. Il propose que l’on trouve des solutions pour eux. Les logements domaniaux aujourd’hui vacants pourraient alors bénéficier aux Monégasques qui sont aujourd’hui dans le besoin. Que pensez-vous de cette idée ?
« Trouver des solutions pour les Monégasques qui habitent leur villa en France » comme dit Jean-Louis Grinda, ce serait légitimer la fraude, en créant des adresses fictives en Principauté, pour permettre à des Monégasques de vivre en France, sans respecter le principe d’égalité fiscale dans le pays voisin ! Si on est sérieux, il me semble que mettre en péril la qualité de notre relation bilatérale avec la France, pour quelques éventuels tricheurs, cela ne doit même pas être abordé ! Monsieur Grinda est ambigu car il dénonce une situation invérifiable, sans faire la moindre proposition concrète. Je suis ouvert à la discussion et j’attends qu’il fasse des propositions sérieuses et réalistes sur le sujet, mais je refuserai toujours que l’on commence à opposer certains Monégasques à d’autres ! Le plan logement est la seule vraie solution. Il faut construire rapidement des centaines d’appartements sur notre territoire pour répondre à une question qui dépasse le social et devient « sociétale » car d’ici 15 ans, environ 75 % des Monégasques habiteront dans un appartement domanial.
Propos recueillis par Sabrina Bonarrigo
