Avec l’immobilier et le bâtiment, le secteur bancaire est l’une des activités qui n’a pas subi de plein fouet les effets néfastes de la crise sanitaire. Plusieurs représentants de banques monégasques livrent leur analyse.
Alors que des secteurs entiers de l’économie monégasque ont déjà été durement touchés par le tsunami du Covid-19, les banques monégasques, elles, affirment ne pas avoir encore subi de dommages majeurs. « En 2008, les banques étaient la cause de la crise. En 2020, les banques ont été la solution à la crise, affirme même Régis Etienne, directeur régional chez Banque populaire Méditerranée. Nous avons été réactifs, et à la hauteur de cette crise. Avec l’aide du gouvernement, nous avons pu couvrir les besoins sans aucun problème. Très concrètement, nous avons fait du crédit, nous avons injecté de la trésorerie, et le cap a été passé. » Autre rôle, plus psychologique, tenu par les banques : rassurer les clients durant cette crise sanitaire. « Les clients étaient bien sûr très inquiets par rapport aux impacts économiques et les impacts sur les marchés financiers, mais ils n’ont jamais paniqué, explique Anthony Stent Torriani, vice-président de l’Amaf et administrateur-délégué de Monaco Asset Management. D’une part car Monaco a su bien maitriser la crise, d’autre part car les banques monégasques ont maintenu une continuité totale de leur activité. Cette capacité du système financier monégasque de rester ouvert, à l’écoute et en communication avec les clients, a énormément baissé le niveau de stress. »
Vigilance sur le second semestre
Pour démontrer le dynamisme du secteur bancaire en Principauté, Hervé Ordioni, directeur général de Edmond de Rothschild Monaco a livré quelques chiffres. En 2019, des actifs records ont été enregistrés avec plus de 5 milliards de capitaux déposés par de nouveaux résidents. Mais qu’en est-il actuellement ? « Nous avons récemment reçu les chiffres de la Banque de France sur l’état des comptes au 31 mars. Cela permet de constater que les actifs déposés n’ont baissé que de 7 % sur le premier trimestre de l’année, ce qui est assez logique compte tenu de l’état des marchés. A fin mars, les marchés financiers, eux, en moyenne, ont baissé de plus de 20 %. La place monégasque a donc très bien résisté en termes d’actifs, explique ce professionnel. Ce qui est aussi un signe optimiste, c’est la croissance des crédits. On est passé de 25,7 milliards de crédits au 31 décembre 2019, à 26, 3 milliards de crédits octroyés au 31 mars 2020, c’est-à-dire une hausse de presque 3 %. Cela démontre un bon dynamisme. » En revanche, il s’agit ici des chiffres à fin mars. Or, la crise sanitaire s’est déclenchée à la mi-mars. Comment cette tendance de fond va-t-elle alors évoluer dans les prochains mois ? « Il est évident que les banques spécialisées en private banking ou les sociétés de gestion ont eu, jusqu’à présent, une activité transactionnelle extrêmement forte. Est-ce que cette tendance va perdurer au deuxième semestre ? Rien n’est moins sûr. C’est un point de vigilance, répond Hervé Ordioni. Pour les banques commerciales qui ont eu un bon premier trimestre, cela va être aussi un peu plus compliqué sur le plan de l’activité. Il faudra donc être vigilant au deuxième trimestre et semestre car, effectivement, la situation globale des entreprises n’est plus la même. Et l’environnement a complètement changé. »
