samedi 2 mai 2026
plus
    AccueilInfosEconomieMonégasques interdits de casino Pourquoi aucune remise en cause ?

    Monégasques interdits de casino
    Pourquoi aucune remise en cause ?

    -

    Alors que la SBM mise en grande partie sur la clientèle locale pour relancer les activités de son groupe, elle ne pourra toutefois pas se reposer sur la clientèle monégasque pour ses casinos. La cause ? Les nationaux n’ont pas le droit de jouer à ces jeux d’argent. La loi qui l’interdit date de 1987. Mais cette interdiction, qui permet d’éviter le baronnage et des risques de fraudes, a en réalité des origines bien plus anciennes. Explications.

    Les jeux d’argent ont une particularité à Monaco : les citoyens de nationalité monégasque n’ont jamais eu le droit d’y jouer. C’est une loi de 1987 qui le stipule noir sur blanc : « Les Monégasques […] ne peuvent, dans les maisons de jeux, participer à ceux-ci », indique l’article 11 (1). Mais cette restriction imposée aux Monégasques — et qui est uniquement valable sur le territoire monégasque — est en réalité bien plus ancienne. Il faut en effet remonter au Prince Charles III (1818-1889). Pendant son règne, les villes de Menton et de Roquebrune — qui constituaient à l’époque 80 % du territoire monégasque — sont officiellement cédées à la France. « Cette perte de territoire en 1861 engendra l’appauvrissement de Monaco, qui fut privée de ses principaux revenus agricoles », rappelle la Société des Bains de Mer (SBM). Pour attirer une riche clientèle étrangère et remettre sur pied les finances monégasques, le Prince a donc une juste intuition : transformer Monaco en un lieu de villégiature et de loisirs, en créant notamment des jeux de hasard. « Charles III eut donc l’idée des jeux de casino, interdits dans les pays voisins, pour permettre à la Principauté de s’enrichir et de se développer rapidement. »

    « Qu’ils ne tentent pas leur maigre fortune aux jeux »

    Mais si le Prince Charles III souhaite, par ce biais, renflouer les caisses de l’Etat monégasque, pas question en revanche que ses citoyens aillent dépenser le peu d’argent qu’ils ont. Il décida donc que les Monégasques auraient l’interdiction de jouer. En effet, au vu de la perte de territoire, les citoyens avaient de faibles sources de revenu. Il s’agissait ainsi d’un moyen de leur éviter des pertes d’argent importantes… « C’était une volonté du prince de préserver la moralité de ses sujets et de ses fonctionnaires. Qu’ils ne tentent pas leur maigre fortune aux jeux. Cela pouvait entraîner la faillite des familles. Dans la morale judéo-chrétienne, on doit gagner sa vie à la sueur de son front, non pas en jouant », a analysé dans la presse Thomas Fouilleron, responsable des archives du Palais.

    Risque de baronnage

    Par ailleurs, au vu de l’exiguïté du territoire, le Prince Charles III souhaitait aussi empêcher que les employés de jeux se retrouvent face à des membres de leur famille (clients), et ainsi, éviter les fraudes. Pour les croupiers interrogés par l’Obs’, cette interdiction a encore du sens aujourd’hui, et ils ne souhaitent en aucun cas qu’elle soit remise en cause. « Cette interdiction ne nous choque pas. Elle est assez logique. Je pense que l’on ouvrirait des portes que l’on ne devrait pas ouvrir, avec un risque de baronnage. Cela fait quelques années, heureusement, que l’on n’a pas eu de problème avec les employés de jeux, mais ce sont de choses qui ont existé il y a trente ans. Et au final ce ne sont que des histoires tristes, expliquent-ils. Il faut éviter de créer des situations qui peuvent être dramatiques. C’est plus une mesure de protection que de restriction. » Depuis la moitié du XIXème siècle, époque à laquelle les jeux d’argents ont été lancés à Monaco, cette interdiction n’a donc jamais été remise en cause.

    Une interdiction et des contrôles

    Quels sont alors les contrôles effectués au casino de Monte-Carlo pour assurer la bonne application de cette interdiction ? La SBM indique que la carte d’identité est demandée à l’entrée des jeux européens. Pour les autres jeux, la carte d’identité est demandée lors de la remise des gains qui est refusée aux citoyens monégasques. Mais les nationaux amateurs de jeux d’argent le savent bien. Dans les casinos français et internationaux, ils sont bien sûr autorisés à jouer.

    (1) Loi n° 1103 du 12 juin 1987 sur les jeux de hasard.

    « Monte-Carlo était considéré comme un lieu immoral »

    Dès son ouverture à Monte-Carlo en 1863, le Casino a connu un succès considérable. Mais il a aussi essuyé de nombreuses oppositions. A l’époque, les jeux étaient en effet interdits en France. « Par le biais de journaux satiriques comme L’Assiette au beurre, ou de cartes postales, Monte-Carlo était alors l’objet de toutes les critiques. En France, les nationalistes et des anarchistes se déchaînaient », rappelle Vincent Vatrican, directeur de l’Institut audiovisuel de Monaco. Pourquoi alors cette virulence à l’égard du temple monégasque des jeux ? On pointait du doigt le fait que le pays ne devait sa richesse qu’aux jeux. « Tous les amalgames étaient alors permis, poursuit Vincent Vatrican. Monte-Carlo était considéré comme un lieu immoral. Le Prince Albert faisait aussi l’objet de critiques extrêmement virulentes, en raison de sa germanophilie, ce qui, dans le contexte politique français était mal vu. Des amalgames d’une violence inouïe ont été faits à l’époque. C’est la légende noire de Monte-Carlo… »

    Interdit aux Monégasques… mais pas que

    Les Monégasques ne sont pas les seuls à être interdits de casino à Monaco. Selon la loi de 1987, « les fonctionnaires et agents de l’État, de la commune et des établissements publics » en sont aussi privés. Bien sûr, l’accès aux maisons de jeux est également interdit aux  personnes de moins de 18 ans, mais aussi « aux militaires de tous grades, en uniforme, aux ministres des cultes et à ceux qui appartiennent à une congrégation religieuse, aux individus qui sont en état d’ivresse ou sous l’empire d’une drogue ou dont l’attitude est susceptible de provoquer scandale ou incident. » Sans oublier, les personnes qui en ont fait la demande par écrit.

    -

    Les dernières news

    L’Observateur de Monaco

    Créé en 2005, L’Observateur de Monaco s’est progressivement imposé comme un rendez-vous mensuel d’information et d’analyse consacré à la vie de...

    Plongée nostalgique dans le Monaco des années 50 à 70

    C’est une immersion dans le Monaco d’hier. À travers un document baptisé Florilège d’actualités monégasques filmées par TMC, la plateforme de l’Institut audiovisuel de Monaco a exhumé des mini-reportages tournés entre 1956 et 1974 par Télé Monte-Carlo.

    Sécurité, projets pour le Devens, salles de prières, relations avec Monaco… Les propositions des candidats aux municipales de Beausoleil

    De la sécurité au réaménagement du Devens, en passant par la question des lieux de prière, les candidats aux municipales de Beausoleil déclinent leurs priorités et leurs propositions.

    La Sélection

    Jeunes diplômés à Monaco : voici les secteurs qui recrutent

    Créée en 2010, la Commission d’insertion des diplômés (CID) aide la jeunesse de la Principauté — et désormais celle des communes limitrophes — à trouver un stage, une alternance, ou un premier emploi à Monaco. Comment ces jeunes lycéens et étudiants sont-ils accompagnés dans le grand bain de la vie active ? Quels sont les secteurs d’activité qui recrutent et ceux qui embauchent peu en Principauté ? Et quel est l’intérêt des entreprises monégasques à collaborer avec cette commission ? L’Obs’ vous dit tout.

    Activités immobilières à Monaco : le grand ménage législatif

    Avec plus de 160 agences immobilières, une surreprésentation de marchands de biens, et une multitude d’intermédiaires non autorisés, une concurrence féroce et parfois déloyale se joue. Pour professionnaliser et encadrer ce secteur central de l’économie monégasque, deux textes de loi ont récemment émergé avec des mesures clés : obligation d’une résidence effective à Monaco, fin des prête-noms, mandat écrit obligatoire, ou encore carte professionnelle et formation continue. Voici ce qu’il faut retenir.

    Monaco veut défendre son image à l’international face aux critiques

    Face à des articles de presse considérés comme « dévalorisants », le gouvernement monégasque et le Conseil national souhaitent mettre en place une communication plus proactive à l’international pour défendre l’image de la Principauté.