Est-ce que l’arrêt des activités humaines pendant le confinement a permis une augmentation de la vie sous-marine ? Grâce notamment au soutien de la Fondation Albert II, l’équipe d’Andromède Océanologie, composée de biologistes marins et d’universitaires, est en train de se pencher sur la question.
Le sujet est devenu récurrent pendant cette longue période de confinement. La nature aurait repris ses droits. Parce que le monde humain s’est mis en pause, les animaux sur Terre ou en mer ont exploré les zones qui les entourent. Au-delà du simple sentiment intuitif, aucun comptage scientifique avant/après ne confirme véritablement cette sensation subjective. C’est pour répondre à cette interrogation que les partenaires de l’équipe d’Andromède Océanologie ont décidé de renouveler leur soutien à ce bureau d’étude spécialisé en environnement marin, basé à Carnon, afin qu’une étude poussée soit menée. Elle a démarré en avril et devrait durer deux ans. Son but ? Procéder à l’étude de l’état de référence de la biodiversité dans les eaux côtières de la Méditerranée française, grâce à des prélèvements d’ADN environnemental (ADNe) et à des mesures bioacoustiques. Avec un constat de départ accablant : une dégradation constante des zones côtières. « L’un des plus graves problèmes de biodiversité auxquels nous sommes confrontés. La plupart des sociétés humaines sont installées à proximité du littoral, et encore aujourd’hui 44 % de la population mondiale se concentre à moins de 150 km de la côte (selon l’Atlas des océans des Nations Unies). La destruction des habitats, la surpêche, le changement climatique et l’introduction d’espèces exotiques sont autant de menaces pour les écosystèmes marins côtiers », insiste le bureau d’étude languedocien.
Diversité des vertébrés et invertébrés
« On va retourner dans une bonne partie des zones visitées par l’expédition Gombessa 5, mais aussi des sites en Occitanie et en Corse. En fait, sur les écosystèmes que l’on suit depuis 14 ans avec Andromède Océanologie », détaille Laurent Ballesta, qui le codirige. Près de 10 mois après cette épique aventure scientifique (lire son interview ci-après), l’équipe se recompose pour sonder les fonds marins. Avec une question en toile de fond : arrivera-t-on à faire la démonstration significative d’un impact de l’arrêt de l’activité humaine de ces deux derniers mois sur les populations de vertébrés et invertébrés ? Biologistes marins et universitaires vont effectuer un travail complémentaire en ce sens. Ce projet scientifique recensera la diversité des vertébrés qui pourraient se rapprocher du littoral et remonter des profondeurs dans ce contexte exceptionnel de pressions extérieures très faibles, comme la pêche ou les nuisances sonores.

Arrivera-t-on à faire la démonstration significative d’un impact de l’arrêt de l’activité humaine de ces deux derniers mois sur les populations de vertébrés et invertébrés ?
Situation sans précédent
« Le printemps 2020 offre des conditions exceptionnelles en lien avec la pandémie du coronavirus (covid-19) et au confinement de la population. La fréquentation humaine du littoral est à un niveau minimum car les activités touristiques et sportives sont interdites, et l’activité de pêche, notamment artisanale est fortement réduite. Cette situation sans précédent permettra d’établir les références d’indicateurs sur les sites anthropisés (ports et points forts identifiés dans le réseau IMPACT), les aires marines protégées (AMPs) et la zone mésophotique (50-100 m) », explique Andromède Océanologie dans un communiqué de presse. Les valeurs de ces indicateurs seront ensuite comparées à celles des années 2018 et 2019 pour lesquelles des suivis en ADNe sur ce littoral méditerranéen avaient été réalisés, notamment dans le cadre de l’expédition Gombessa 5.
Effet réel et significatif
« Nous avons la chance d’avoir des sites que l’on suit depuis 14 ans. Et dans lesquels on revient tous les ans pour faire du comptage de poissons, des prises de son, de l’ADN environnemental, des comptages d’invertébrés, des micro-cartographies. Je me dis que là, on a une bonne base de données. Il est possible qu’on arrive à voir s’il y a eu un effet réel et significatif de cet arrêt de l’activité », considère le biologiste marin. Pas question tout de même de repasser 28 jours dans un caisson de 5 m2 à 4. « Ce n’est pas une expédition ambitieuse comme Gombessa 5. On ne va pas faire de plongée à saturation. Ça me parait quelque chose de moins spectaculaire mais d’extrêmement complémentaire et de très pertinent à l’heure où on se parle », conclut Laurent Ballesta.
Témoignage — Pour une carte mondiale des effets bénéfiques du confinement
Parce que nous avons tous été témoins de petits ou de grands moments exceptionnels durant cette période de confinement, l’université Côte d’Azur (UCA) a lancé le recensement d’un maximum de témoignages. Pour ce faire, elle a créé une carte interactive sur laquelle tout le monde est invité à poster son témoignage « d’événements inédits et historiques vécus durant cette pause forcée du confinement ». L’objectif étant de construire un témoignage mondial et collectif de la pause planétaire. Le leitmotiv de l’université de Nice : « Conserver la trace des événements inédits et historiques que nous vivons ». La méthode est simple. Il suffit d’épingler sur la carte photos, textes, vidéos qui s’afficheront sous la forme de points géolocalisés. Et dessineront ainsi la carte des effets positifs du confinement. Les thématiques retenues sont la faune et la flore, la pollution, la solidarité, l’innovation frugale, la culture, l’art et l’éducation. « Nous avons tous été confrontés à certains phénomènes ou lu/vu des situations qui nous ont émerveillées. La contribution de chacun est essentielle, soutient l’université. Nous devons contribuer à faire évoluer vers l’équilibre, le rapport de l’homme à la nature en observant comment la nature et l’humain ont recomposé leur relation pendant cette période », explique Samira Karrach, directrice des projets transversaux à UCA. Pour participer, rendez-vous sur http://univ-cotedazur.fr/globalpause.
