Au conseil national hier soir, le gouvernement a expliqué que l’interdiction formelle des chantiers privés exposerait l’Etat monégasque à des conséquences financières très lourdes.
« Les différents opérateurs, n’en doutez pas, se retourneraient contre nous », a expliqué Serge Telle.
C’est un point de divergence important entre le conseil national et le gouvernement… Alors que les élus ont demandé l’arrêt de tous les chantiers à Monaco sans exception durant la crise sanitaire du Covid-19, le gouvernement a laissé le choix aux opérateurs privés de continuer ou non la poursuite de leurs chantiers. Les autorités ont même autorisé la réouverture d’un chantier public : le complexe balnéaire du Larvotto. En séance publique hier soir, le ministre d’Etat, Serge Telle a justifié ce choix : « Le gouvernement l’a fait pour des raisons d’intérêt général. Pour permettre aux Monégasques et résidents de disposer de 100 % de la plage dès cette année, et pour permettre l’achèvement total de cet espace balnéaire, commerces compris, dès l’été 2021, a indiqué Serge Telle. Le gouvernement a pris ses responsabilités. Nous savons que cette décision ne fait pas l’unanimité. Nous l’avons pourtant prise, d’une part parce que ce chantier est à l’écart de la ville, et d’autre part parce que nous lui imposons des conditions sanitaires très strictes, qui vont encore, d’ailleurs être renforcées. » Le ministre d’Etat a rappelé les mesures sanitaires qui ont été prises sur le terrain : le nombre de salariés a été limité, la température de chaque ouvrier est contrôlée matin et soir, les repas sont pris sur place avec des règles strictes de distribution, et « surtout nous avons sur place en permanence un contrôleur avec un pouvoir d’intervention élargi allant jusqu’à stopper les travaux. »
Chantiers privés : « Le gouvernement ne peut et ne veut pas prendre ce risque »
Selon les autorités, ces mêmes règles sanitaires s’appliquent sur les chantiers privés qui sont au nombre de trois encore actifs actuellement : l’extension en mer, le Palais de la plage et la place du Casino. « Mais il ne faut pas inverser les responsabilités, a souligné le ministre d’Etat. C’est aux maîtres d’œuvres privés de prendre leurs responsabilités, et à eux seuls. » Selon le gouvernement, la seule responsabilité de l’Etat, dans ces circonstances exceptionnelles, est de faire respecter des règles sanitaires strictes, « et nous le faisons », a encore assuré le ministre d’Etat. Autre raison qui a poussé le gouvernement à ne pas stopper les chantiers privés ? « Toute autre position, notamment l’interdiction formelle des chantiers privés, nous exposerait à des conséquences financières très lourdes. Les différents opérateurs, n’en doutez pas, se retourneraient contre nous. Les sommes en jeu seraient considérables. » Le gouvernement « ne peut et ne veut pas prendre ce risque. Cela ne veut pas dire qu’il laissera faire n’importe quoi sur les chantiers. Les contrôles existent et ils seront encore renforcés. L’Etat prononcera des sanctions si nécessaire. Il procédera en tant que de besoin à des fermetures, mais il le fera dans le cadre de ses pouvoirs de police, et donc sans exposer les finances publiques dont il est redevable », a conclu Serge Telle.
L’ordre des architectes ignoré
Le gouvernement a toutefois complètement ignoré le point de vue de l’ordre des architectes de Monaco qui dans une circulaire publiée récemment a demandé l’arrêt des chantiers en Principauté. « Les conditions de sécurité sanitaires, administratives, juridiques et assurantielles n’étant pas réunies, l’Ordre considère qu’il n’est pas possible aux architectes exerçant en Principauté d’assurer pleinement leurs missions et responsabilités relatives à la phase de direction de travaux », explique cette circulaire. Aux maîtres d’ouvrage, privés ou public, l’Ordre a lancé une mise en garde au sujet de « leur responsabilité et les risques encourus par l’ensemble des intervenants en cas d’ouverture des chantiers provoquée par leur initiative ». Il rappelle aussi aux entreprises qu’en tant qu’employeur, « elles doivent assurer la sécurité sanitaire de leurs équipes et par conséquent des chantiers ». C’est pourquoi, une mesure radicale a été décidée : l’Ordre des architectes demande à tous ses membres de s’opposer à l’ouverture des chantiers et de suspendre toute réunion sur site « tant que les conditions sanitaires normales ne seront pas rétablies ».
