Pour les élus du groupe Horizon Monaco, Béatrice Fresko-Rolfo et Jacques Rit, certains éléments sont à revoir dans le projet de loi sur la fin de vie.
Notamment la partie qui concerne les déclarations de fin de vie et la sédation profonde. Leurs explications.
Un projet de loi sur la fin de vie a été récemment présenté par le gouvernement. Est-ce important qu’un texte existe sur ce sujet ?
Ce projet de loi relative à la fin de vie comble le vide qui n’a que trop longtemps entouré ce sujet au sein de notre arsenal juridique. En effet, la plupart d’entre nous, ont déjà été, sont ou seront touchés par les souffrances physiques ou psychiques qui accompagnent bien souvent nos derniers instants ou ceux d’un proche. Le gouvernement a choisi de limiter la portée de son texte à la notion de déclaration de volontés de fin de vie, plutôt que de reprendre le principe, beaucoup plus général et prévu par la loi française, des directives anticipées.
Que pensez-vous justement de l’approche monégasque qui prévoit que les déclarations de fin de vie soient uniquement rédigées par « des personnes majeures atteintes d’une affection grave, irréversible et incurable » ?
Nous pensons que les philosophies respectives du texte français et de son équivalent monégasque peuvent, toutes deux, parfaitement s’argumenter, mais qu’elles représentent les positions extrêmes issues d’un champ de réflexions aussi fondamental que complexe. Et nous souhaiterions un texte qui se situe en fait vers la médiane de ces deux positions. Tout en conservant le principe de la déclaration de volontés de fin de vie telle que la prévoit ce projet de loi, et qui concerne les personnes atteintes d’une maladie grave et réputée incurable, il serait ainsi augmenté d’un chapitre supplémentaire au niveau de son premier titre. Ce dernier concernerait les personnes en bonne santé qui, dans le cas où elle ne pourrait pas manifester leur volonté à la suite d’un accident entraînant des lésions cérébrales graves et irréversibles, souhaiteraient tout de même avoir eu, par anticipation, la faculté d’orienter les décisions médicales concernant leur devenir, décisions qui sont souvent, l’actualité nous le prouve régulièrement, si délicates à prendre…
Le diocèse est intervenu également dans ce débat de société et a donné son point de vue au gouvernement. Était-ce son rôle ? Ou considérez-vous, comme pour le contrat de vie commune, qu’il s’agit d’une matière civile et non pas religieuse ?
Nous n’avons pas été informés, à ce stage de l’élaboration de ce texte, du point de vue du diocèse. Nous pensons néanmoins que les autorités religieuses sont certainement intervenues sur le domaine de l’euthanasie. C’est d’ailleurs largement repris par l’exposé des motifs du projet de loi. Et elles sont là, dans notre contexte constitutionnel, parfaitement dans leur rôle. Et nous considérons que le sujet philosophique et religieux que représente la fin de vie ne peut simplement pas être comparé avec le sujet, civil par définition, du contrat de vie commune.
Didier Gamerdinger a déclaré en conférence de presse que le rôle de la puissance publique et du médecin « n’est pas d’accélérer la survenance de la mort ». Êtes-vous d’accord avec cette analyse ?
Nous ne pouvons qu’être d’accord avec cette définition du rôle du médecin. Mais le projet de loi traite en son titre II, chapitre I de l’obstination déraisonnable et dans son article 19, du fait que la nutrition et l’hydratation artificielles puissent être disproportionnées, et donc que l’on puisse y mettre fin. Cette position nous paraît totalement antinomique avec celle, parfaitement définie, du conseiller-ministre au sujet de l’euthanasie. Bien au-delà, elle nous parait peu acceptable.
Qu’est-ce qui vous parait inacceptable ?
Laisser mourir de soif et de faim un être humain, fut-il en fin de vie et sous sédation profonde, est pour nous une atteinte inacceptable à sa dignité. Et si le principe est, par cet arrêt de l’hydratation, d’accélérer le processus de fin de vie, il faut rouvrir le débat avec une totale franchise, car il y a des alternatives infiniment moins cruelles, sur le plan médical, a l’accélération d’une fin, jugée inéluctable, par la privation de liquides. Il nous semble indispensable de rouvrir le débat, afin d’affiner et de préciser certains termes. Mais c’est bien là l’objet du travail d’un projet de loi en commission.
En France, le sujet de l’euthanasie fait débat. Aussi bien dans la société que dans la sphère politique. Le conseil national va-t-il ouvrir cette discussion au sein de l’hémicycle ?
Le sujet de l’euthanasie fait débat dans beaucoup de pays. Certains l’autorisent déjà. Nous ne pouvons préjuger de la volonté de la majorité du Conseil national pour l’ouverture d’une discussion sur ce sujet. Mais, si le souhait, parmi les élus, de ne pas modifier notre cadre constitutionnel s’avère, comme ce fut le cas lors de l’étude du texte sur la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse, majoritaire, voir même, unanime, l’issue de cette éventuelle discussion est alors déjà connue.
