Pour Jean-Louis Grinda, le projet de loi sur la fin de vie est une « réelle avancée sociétale ».
L’élu Union monégasque est en revanche plus sceptique sur ce que le gouvernement propose au niveau des directives de fin de vie pour les patients.
Le gouvernement vient de finaliser son projet de loi sur la fin de vie. Un chapitre est consacré aux déclarations de fin de vie. Le texte mentionne qu’elles ne peuvent être (contrairement à la France) anticipées, mais uniquement rédigées par « des personnes majeures atteintes d’une affection incurable ». Que pensez-vous de cette approche monégasque ?
C’est une réelle avancée sociétale et Union Monégasque a toujours été précurseur en la matière. Nombre de nos propositions depuis 2013 telles que la dépénalisation de l’IVG, le contrat de vie commune (CVC), le statut du chef de foyer ou la protection des personnes vulnérables sont devenues une réalité depuis le début de cette législature. Ce projet de loi sur la fin de vie est donc une bonne nouvelle. Il est important dans cette future loi d’éviter à la fois les pratiques d’euthanasie, et d’empêcher également l’acharnement thérapeutique, que chacun puisse choisir de ne pas subir des traitements déraisonnables, c’est-à-dire inutiles et disproportionnés. Par contre, je ne comprends pas pourquoi le projet de loi du gouvernement rejette la disposition des déclarations anticipées du patient. Si Vincent Lambert avait eu en France l’opportunité de déclarer ce qu’il souhaitait avant son accident, tous les affrontements familiaux et judiciaires autour de son cas n’auraient pas eu lieu.
Le diocèse est intervenu également dans ce débat de société et a donné son point de vue au gouvernement. Était-ce son rôle ?
Le diocèse peut donner son point de vue si le gouvernement le sollicite. En revanche, il n’est pas envisageable ni acceptable que le diocèse interfère dans le processus législatif de la Principauté comme ce fut le cas pour le CVC. La constitution est très claire sur ce point : le gouvernement présente, le conseil national discute et vote, le Prince valide et promulgue. Je pense que c’est dorénavant clair pour tout le monde.
Didier Gamerdinger estime que le rôle de la puissance publique et du médecin « n’est pas d’accélérer la survenance de la mort ». Êtes-vous d’accord avec cette analyse ?
Oui, je ne suis pas non plus favorable à l’euthanasie car c’est une trop lourde responsabilité que de confier la décision de donner la mort au personnel médical. Mais il faut bien distinguer l’euthanasie du suicide assisté, tel qu’il existe en Suisse où c’est le patient qui déclenche sa fin de vie. Mourir dans la dignité doit être une option à discuter lors de l’examen du projet de loi. La loi doit permettre et n’obliger personne.
En France, le sujet de l’euthanasie fait débat. Aussi bien dans la société que dans la sphère politique. L’opinion publique, d’après les sondages, y semble plutôt favorable. Pensez-vous qu’il faille également ouvrir ce débat à Monaco ?
Il n’est pas de coutume en Principauté de gouverner par voie de sondage. Les Monégasques élisent des représentants au conseil national tous les cinq ans. C’est donc à leurs élus d’en débattre sereinement sans une quelconque pression. une attention particulière aux enseignements de la religion catholique, apostolique et romaine, étant entendu qu’il résulte des articles 66 et 67 que c’est en dernier ressort à la volonté commune du Prince et du Conseil national qu’il revient de prendre en compte, dans la loi, ladite disposition et d’en déterminer la portée ». C’est dans ce contexte que le diocèse a été consulté par le Gouvernement sur ce projet de loi, et c’est pour cette raison que le Conseil national consultera l’Archevêque lors de l’étude du projet de Loi, comme il l’a fait sur les précédents textes.
