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    Monnaie virtuelle Libra
    Condamnée à échouer ?

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    Economie — Facebook parviendra-t-il à lancer sa monnaie virtuelle, baptisée Libra, d’ici le mois de juin 2020, comme ce géant du digital l’avait prévu ? Selon le chercheur en macro-économie, Ludovic Subran invité par le Monaco Economic board, l’avenir de cette cryptomonnaie a, pour l’heure, du plomb dans l’aile —

    Avec ses 2 milliards d’utilisateurs via ses réseaux sociaux et ses messageries instantanées, le géant américain Facebook a annoncé le lancement de sa propre devise virtuelle dans le courant de l’année 2020… Ce projet de monnaie numérique, également porté par un consortium de partenaires privés, fait toutefois couler beaucoup d’encre et suscite déjà de nombreuses réticences de la part des gouvernements et des régulateurs à travers le monde, qui y voient une menace pour la souveraineté monétaire des États. Les risques encourus en matière de blanchiment d’argent et de protection des données personnelles des utilisateurs sont également évoqués. Invité par le Monaco economic board, l’économiste Ludovic Subran (1) a été interrogé sur l’avenir et l’impact de cette monnaie virtuelle dont la réussite n’est selon lui, pour l’heure, pas garantie. Et les raisons sont multiples.

    Libra, un système de paiement

    « Tout d’abord, Libra n’est pas une monnaie mais un système de paiement. Ce qui est très différent, nuance ce spécialiste. Je suis presque dans le camp du ministre des finances, Bruno Le Maire, qui considère qu’une monnaie ne relève que du public, du souverain, et que des acteurs privés ne doivent pas être autorisés à battre la monnaie. » Si Libra trouve en France des soutiens, comme celui apporté par le patron de Free et actionnaire de Monaco Telecom, Xavier Niel, les détracteurs en revanche sont nombreux. « Je ne serais pas surpris que sous la pression politique, les régulateurs d’autres pays, notamment chinois, et à terme européens, décident d’interdire le Libra. Car monnaie = État, et État = monnaie, poursuit Ludovic Subran. Il y a une recherche de souveraineté constante sur tous les sujets. Par conséquent, je ne pense pas que les régulateurs vont se laisser faire. » Signe que le projet vacille, plusieurs partenaires clefs comme Visa, Mastercard, ou encore PayPal ont d’ores et déjà abandonné le projet, en raison, précisément, de la pression des régulateurs…

    L’absence de confiance en Facebook

    Dans ce projet, les spécialistes considèrent également que Facebook a péché par orgueil, dans le sens où ce géant du digital a ignoré l’essence même de la monnaie et, plus largement, de la finance : la confiance. « Pour qu’une monnaie devienne véritablement une monnaie, un facteur est effectivement essentiel : la confiance des utilisateurs. Or avec le scandale Cambridge Analitica, la confiance en Facebook est aujourd’hui au plus bas, rappelle Ludovic Subran. En jouant les apprentis batteurs de monnaie, les porteurs de ce projet se sont mis beaucoup de gens à dos, à commencer par ceux qui ne leur faisaient déjà plus confiance sur la gestion des informations privées. » Selon ce spécialiste, Facebook a en réalité commis dès le départ une grosse erreur de positionnement. « C’est assez fascinant d’avoir lancé un tel projet. Je pense qu’ils ont eu raison de le tenter, mais ils auraient dû le positionner comme étant non pas une monnaie virtuelle mais un système de paiement destiné notamment à éviter les frais bancaires pour les transferts internationaux. » Un système qui faciliterait ainsi l’accès aux services financiers pour les personnes exclues des circuits bancaires traditionnels, notamment les migrants qui envoient de l’argent à leur famille. « Si Facebook avait présenté dès le départ les choses ainsi, je pense que son action serait 30 % plus cher et que les gens auraient déjà commencé à utiliser Libra. »

    Un projet sur « plusieurs décennies »

    Face aux réticences multiples autour de ce projet, Facebook a toutefois revu ses ambitions à la baisse, et retoqué son calendrier : « La Libra ne se propagera pas à la vitesse d’un réseau social. Ce sera un travail non pas pour des années, mais pour des décennies, mais cela en vaut la peine », a déclaré début novembre, Kevin Weil, en charge du développement du porte-monnaie virtuel Calibra. Le projet, initialement prévu pour 2020, ne sera donc véritablement lancé que lorsque la Libra aura reçu le feu vert des autorités et régulateurs, et lorsque l’association Libra, qui compte aujourd’hui une vingtaine de membres, en dénombrera 100.

    (1) Ludovic Subran est aussi directeur de la recherche économique d’Allianz et chef économiste d’Euler Hermès.

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