Créateur de drones — Les drones fabriqués par MC Clic sont des petits bijoux de technologie. Depuis 12 ans, cette entreprise monégasque s’est imposée sur ce marché très concurrentiel. Rencontre avec le jeune pilote de cette success story : Erwan Grimaud —
A la rue des Açores, passants, habitants et commerçants ont forcément vu, au moins une fois, décoller des petits engins volants… Rien d’extraterrestre à cela ! C’est en effet dans cette petite ruelle, en plein coeur du quartier de la Condamine, que s’est installée MC Clic. Depuis 12 ans, cette entreprise monégasque s’est spécialisée dans la conception de drones. Si l’atelier de fabrication est très exigu, les prouesses technologiques réalisées par ces petits aéronefs sont, en revanche, assez grandioses. « Nos drones sont fabriqués à presque 90 %, ici, dans notre atelier, par des imprimantes 3D », explique Erwan Grimaud. Ce Monégasque de 29 ans, s’est pris de passion pour le modélisme dès l’âge de 12 ans, épaulé par son grand-père ébéniste. Totalement autodidacte, il est parvenu à se faire un nom, et a multiplié les collaborations à Monaco et partout en Europe.
Conditions extrêmes
A quoi servent alors ces petits bijoux de technologie made in Monaco ? Ces quadricoptères (ou octocoptères selon les usages) sont capables de réaliser des photos et des vidéos aériennes. Les quatre salariés de MC Clic ont ainsi filmé et photographié des villes, des bâtiments ou tout autre évènement, sous un angle tout à fait inédit : depuis le ciel. L’entreprise est même parvenue à filmer en plein coeur d’un feu d’artifice. Seul hic ? Le drone n’a pas survécu à cette expérience extrême… Les images extraites en revanche, sont totalement saisissantes. « Nos drones sont capables de voler dans des conditions extrêmes et à des températures très élevées. A 60 voir 80 degrés. Nos engins ont volé dans les milieux les plus arides de la planète. En Antarctique, en Amazonie, en Afrique… », énumère Erwan Grimaud régulièrement sollicité par la télévision et le cinéma pour réaliser des images. Récemment, MC Clic a d’ailleurs filmé au palais princier pour une émission de Stéphane Bern (1). « Nous avons également développé un département dédié au cinéma avec des caméras embarquées qui pèsent entre 5 et 10 kg. »
Livraison de petits colis
Au-delà de la partie photo et vidéo, ces aéronefs peuvent aussi remplir tout un tas d’autres missions assez inattendues. Certains de ces engins volants, complètement étanches, sont par exemple dédiés à la recherche et à la vérification de structures pétrolières en mer. D’autres sont dédiés à l’agriculture, et plus particulièrement au traitement des charançons rouges sur les palmiers, ou des chenilles processionnaires sur des pins. Autre département actuellement en plein essor : la livraison de petits colis par drone. Par souci de sécurité, le poids transportable dans ce cas spécifique ne doit pas excéder 1,2 kg. En mai dernier, un premier “vol postal” a été testé avec réussite : il s’agissait d’un transport de barbagiuans d’un point A à un point B du territoire monégasque. « Nous sommes en train de finaliser notre application qui sera bientôt disponible sur téléphone portable. Vous pourrez ainsi commander des chips sur Monaco avec un drone, s’amuse le jeune chef d’entreprise. Il s’agit pour l’heure d’une livraison ludique, avec un produit facilement transportable, mais l’idée, demain, est de pouvoir faire une livraison urgente de certains produits en cas, par exemple, de saturation des routes à Monaco. » Quid alors des risques de chute ? Pas d’inquiétude à avoir. Tous les drones sont équipés de parachutes balistiques. En cas d’anomalie, un parachute se déploie automatiquement. Une alerte sonore se déclenche et le drone se pose ensuite délicatement au sol.
Risques de chute ?
Actuellement l’équipe d’Erwan travaille d’ailleurs sur un projet d’envergure : le transport de grands volumes. « Notre idée est simple. Le projet serait d’avoir une zone de dépôt à l’extérieur de Monaco et que nos drones livrent des colis sur chaque bureau de poste. Si un drone transporte un seul colis ce n’est pas rentable, en revanche, s’il livre 100 kg de colis, cela change la donne. Sans compter que pour aller d’un point A à un point B, avec un drone, une minute suffit, là où un camion va en mettre 20 ou 30. » Quant au poids transportable en l’air, la charge maximale, par drone, est pour l’heure de 110 kilos.
Des drones pour sauver des vies
Pourrait-on alors imaginer transporter des humains par drones ? « Techniquement, transporter une personne est facile. C’est une charge utile comme une autre. Mais la transporter en toute sécurité, c’est plus délicat », répond Erwan Grimaud. Seule certitude pour l’heure : les drones de MC Clic sont aussi utilisés par les pompiers et les policiers de Monaco. Ils deviennent un vrai plus sécuritaire. « Nous avons fabriqué un drone largueur de bouées pour l’aviation civile. En cas de crash d’hélicoptères par exemple, notre drone peut se diriger sur le lieu de l’incident, et automatiquement, déployer des bouées de survie qui vont se gonfler dans l’eau. Cela rassure les personnes qui sont dans cette situation, car elles savent qu’elles ont été repérées. Le drone peut aussi envoyer des coordonnées GPS pour aiguiller les secours. » Lors d’un entrainement effectué à Monaco, le drone de MC Clic a mis moins d’une minute pour arriver sur site. Les secours, eux, ont mis plus de six minutes. « Cela permet, en primo-intervenant, de rassurer tout de suite. On peut intervenir de jour comme de nuit car il y a une caméra thermique. » Autre potentiel à étudier : si un incendie se déclare dans un bâtiment haut, un drone pourrait — bien plus facilement qu’un hélicoptère par exemple — évacuer des personnes… Les perspectives d’avenir offertes par ces petits engins volants sont donc encore vertigineuses.
(1) A Monaco, des autorisations de vol sont délivrées par l’aviation civile, le département de l’intérieur, et la direction de la communication.
