JUSTICE/L’avocat d’Yves Bouvier s’est vu saisir ses téléphones et ordinateurs. Une mesure « illégale » qu’il conteste devant la justice.
On pourrait en écrire un roman ou un scénario de film. L’affaire Bouvier-Rybolovlev, qui oppose le patron de l’ASM, a tous les ingrédients pour passionner les foules — malgré sa complexité procédurale. Entre le rififi dans le marché de l’art, les sommes faramineuses évoquées — Rybolovlev prétend avoir été floué d’un milliard d’euros par l’intermédiaire suisse qui lui vendait des toiles de maître — et les rebondissements en cascades.
En août dernier, les révélations dans la presse de SMS embarrassants émanant du portable de l’avocate du milliardaire russe Tetiana Bersheda, avaient provoqué un tsunami. Extraits d’une expertise judiciaire et montrant notamment ses liens avec des policiers, ils avaient déclenché l’ouverture d’une information judiciaire contre X pour trafic d’influence actif et passif. Mais aussi la garde à vue et à des perquisitions chez Philippe Narmino, qui a depuis quitté ses fonctions de directeur des services judiciaires. Dans la foulée, Tania Rappo et Yves Bouvier, se prévalant d’une collusion supposée entre les autorités judiciaires et le camp Rybolovlev ont déposé chacun leur tour une plainte pour corruption.
Opération commando
Fin décembre, on est monté d’un cran. « Peu avant Noël, répondant à la sonnette chez moi le matin, j’ai trouvé huit flics dans le couloir. La suite : je suis interpellé, placé en garde à vue, embarqué, on perquisitionne mon cabinet et mon appartement, on saisit mes téléphones, mes ordinateurs personnels et professionnels », raconte Me Frank Michel, avocat d’Yves Bouvier. Qui poursuit : « On copie le disque dur de mon cabinet et on s’empare de correspondances relevant du secret professionnel. » Pourquoi une telle opération commando — exceptionnelle de mémoire d’avocat — ? « Je suis soupçonné de recel de violation du secret de l’instruction… auquel les avocats ne sont pas soumis à Monaco ! », indique Me Michel, qui ne compte pas en rester là. Il va déposer une requête en nullité contre une mesure qu’il juge illégale devant la chambre du conseil de la cour d’appel. Une cour qui ne risque pas de s’ennuyer puisqu’elle a déjà été saisie pour trancher la validité et l’exploitation de l’expertise des fameux SMS du portable de l’avocate de Rybolovlev. Dans cette affaire, « il y a plus d’une dizaine de requêtes, c’est une véritable guerre procédurale », indique le procureur général Jacques Dorémieux, qui refuse en revanche de commenter la perquisition chez Me Michel. « Ce dossier ne devrait pas être réglé avant 2019… », a-t-il ajouté.
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