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    Pourquoi les risques se multiplient

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    Article publié dans L’Obs’ n°131 (avril 2014)

    SANTE / Chaque année, les allergies reviennent, toujours plus nombreuses. Explications.

    Dès que le printemps arrive, les allergies l’accompagnent. Et bien sûr, la pollution n’arrange rien. D’ailleurs, mi-mars des pics ont été observés en France, notamment à Nice. Un mélange explosif qui favorise les allergies et leur prolifération. D’autant que cette année, la pollinisation est assez forte d’après les experts interrogés par L’Obs’. Résultat, les allergies sont désormais au 4ème rang mondial des maladies chroniques, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Environ 18 millions de personnes en sont victimes en France et à Monaco. Un chiffre qui a doublé en 20 ans. Dans la région, selon le Réseau National de Surveillance Aérobiologique (RNSA), une personne sur cinq est allergique au pollen. Dans les Alpes-Maritimes et à Monaco, les allergies les plus fréquentes sont le cyprès, le platane, l’olivier, le chêne et la pariétaire, une plante verte que l’on trouve souvent sur les murs.

    « Inadaptée »
    Plus qu’une maladie, l’allergie est une réaction de notre organisme, comme l’explique le docteur Sylvie Leroy, responsable du secteur d’hospitalisation de jour d’allergologie au CHU de Nice (1) : « L’allergie est une réaction vis-à-vis de notre environnement. C’est une réponse inadaptée de l’organisme. » Le pédiatre lyonnais Jacques Robert, allergologue au CHU de Lyon (2), explique que « l’allergique va se défendre contre des molécules d’un environnement normal, naturel et inoffensif. C’est ce mécanisme qui déclenche des maladies. » Quant aux symptômes, ils sont nombreux, en fonction des différentes formes d’allergies qui existent.

    « Manifestations »
    Les manifestations allergiques respiratoires sont les plus fréquentes : nez qui coule, asthme chronique, conjonctivites, rhinites, nez qui gratte… « Les expressions sont très différentes. Il y a le côté respiratoire, mais il existe aussi des symptômes cutanés, comme l’urticaire ou l’eczéma. Dans certains cas, on peut avoir des problèmes digestifs de type diarrhées, nausées ou vomissements. Dans les manifestations les plus graves, cela peut déboucher sur des chocs anaphylactiques (voir encadré) avec des pertes de connaissances ou des chutes de tension sévères en quelques minutes » ajoute le docteur Leroy.

    Rares
    Ces réactions d’une grande gravité restent rares. Et elles sont généralement dues à une allergie liée à un médicament ou à un aliment, comme le précise le docteur Robert : « Les allergies médicamenteuses et alimentaires sont violentes. C’est ce qu’on appelle une anaphylaxie, c’est-à-dire une réaction allergique sévère et rapide. Ce qui peut déboucher sur une crise d’asthme grave ou un œdème laryngé. En général, cela a lieu au cours d’un repas ou après la prise d’un médicament. La réaction a lieu dans l’heure ou les deux heures qui suivent. »

    Allergènes
    Les allergènes sont des substances capables d’entraîner une réaction allergique. Il en existe plus d’une centaine. Un total en constante évolution, qui fait mécaniquement augmenter le nombre de personnes victimes d’allergies. Si les enfants sont plus sensibles à certains allergènes (voir encadré), les adultes sont souvent confrontés aux acariens, qui sont de minuscules organismes vivants. Autre allergène très fréquent : les pollens. Selon le docteur Leroy, les animaux domestiques sont la troisième source d’allergie la plus répandue. Notamment les chiens, les chats et les chevaux. En 2012, on comptait environ 11 millions de chats et 7,5 millions de chiens en France. Et puis, il y a aussi l’environnement professionnel. « Certaines professions sont plus touchées, comme les coiffeurs, les boulangers, les professions de santé ou tout ce qui touche à la peinture. Ce sont des métiers exposés aux allergènes aéroportés », souligne le docteur Sylvie Leroy.

    Rosacés
    Et puis, il y a aussi les allergies alimentaires. L’adulte est plus sensible à l’arachide, au blé ou au sésame. Mais aussi à certaines familles de fruits : les rosacés, c’est-à-dire l’abricot, la prune, la pêche, la pomme, la poire ou la cerise. Pour faire face, on peut miser sur quelques stratégies simples. Par exemple, si manger une pomme est impossible, on peut tenter la compote de pomme. En effet, l’allergène, contenu dans une certaine molécule, disparaît au cours de la cuisson. Mais attention : cela ne marche pas avec tous les fruits.

    Insectes
    Autre source d’inquiétude pour certains adultes : les hyménoptères. Ce sont des insectes volants comme les abeilles, les guêpes, les moustiques et les frelons. Si un simple gonflement apparaît à l’endroit de la piqûre, il n’y pas d’inquiétude à avoir. En revanche, en cas de difficultés respiratoires, de vertiges, d’urticaire ou de nausées suite à une piqûre, il faut contacter un médecin.

    « Médicaments »
    Quant aux allergies médicamenteuses, si elles semblent plus nombreuses, c’est pour une raison simple, d’après le docteur Leroy : « Ces allergies sont proportionnelles à la consommation de médicaments et d’antibiotiques, qui ont elles aussi augmenté. Ce sont surtout les antibiotiques et certains anesthésiques qui sont les grands classiques des allergies médicamenteuses. »

    « Aseptisé »
    Reste à expliquer l’augmentation des allergies. « Elles étaient considérées comme des maladies orphelines il y 150 ans. Aujourd’hui, elles touchent 20 % de la population française », raconte à L’Obs’ le docteur Robert.
    Plusieurs hypothèses existent. Notamment la théorie hygiéniste. « On a aseptisé notre environnement. Du coup, notre système immunitaire, qui est en équilibre perpétuel, se retrouve un peu défavorisé lorsqu’il n’est pas stimulé par un environnement un peu plus riche en bactérie », avance le docteur Leroy.

    Mondialisation
    La pollution est aussi pointée du doigt par le docteur Robert : « Outre le « cocooning » dans lequel acariens et moisissure prolifèrent, la pollution extérieure avec les gaz et les particules, notamment celles du diesel, vont devenir des co-facteurs de l’allergie. » En effet, les particules de diesel contiennent des allergènes qui pénètrent plus profondément dans l’appareil respiratoire. Ce qui fragilise les voies respiratoires. Mais attention : on ne peut pas considérer que l’on est allergique à la pollution.
    Le poids de la mondialisation se fait aussi sentir. Car il est possible de trouver des fruits et des plantes en France et à Monaco toute l’année, alors que c’était plus difficile il y a une vingtaine d’années. Résultat, les habitudes alimentaires ont changé, ce qui nous expose presque en continu à des allergènes variés.

    Traitements
    Aujourd’hui, plusieurs traitements existent, avec des résultats plus moins probants. Parmi ces techniques, la plus connue reste la désensibilisation. S’il n’est pas possible de l’utiliser dans tous les cas, elle est assez efficace. « Sur les acariens, la désensibilisation marche très bien. Pour les animaux, c’est un peu plus subtil. Pour les chats, par exemple, on n’est pas forcément allergique à tous les chats et on peut en tolérer certains. On peut aussi désensibiliser pour les allergies alimentaires. Surtout chez les enfants pour des aliments majeurs comme le lait », détaille Sylvie Leroy. Le malade est exposé à de petites quantités d’allergène déposées sous la langue. La logique est la même que celui du vaccin. Mais attention : le traitement, que l’on peut prendre dès 5 ans, est à administrer par phases, sur environ 3 ans.

    Eviction
    Pour le traitement des symptômes, des médicaments « à base de cortisone et des anti-staminiques » sont prescris, ajoute le docteur Leroy. Mais c’est l’éviction de l’allergène qui reste la solution la plus mise en avant par les professionnels. Une technique qui consiste à tout faire pour ne pas être en contact avec l’allergène. « Tant qu’on le peut, l’éviction est la première chose à faire. C’est une stratégie qui fonctionne. On est également capable d’installer une forme de tolérance à l’allergène », souligne Sylvie Leroy. Une technique qui fonctionne avec les aliments, mais qui est impossible à mettre en œuvre face aux allergènes volatils.
    Dernier espoir : la tolérance qui peut finir par s’installer au fil du temps. « La guérison peut se faire de façon spontanée, » indique le docteur Leroy. Même chose chez les enfants, comme le confirme le pédiatre lyonnais, Jacques Robert : « Les allergies au lait et à l’oeuf disparaissent chez l’enfant, car on induit une tolérance au lait notamment. »

    _Romain Chardan

    (1)Contacté par L’Obs’, le Centre hospitalier princesse Grace (CHPG) n’a pas souhaité répondre favorablement à nos demandes d’interviews.
    (2)Vivre mieux avec les allergies de l’enfant, Jacques Robert (Odile Jacob), 240 pages, 19,20 euros (version papier), 14,99 euros (version numérique).

    Allergies/
    Que risquent les enfants ?

    Les allergènes et les allergies ne sont pas forcément similaires pour les adultes et les enfants. Le docteur Jacques Robert, allergologue et pédiatre au CHU de Lyon, décrypte pour L’Obs’ les différentes allergies de l’enfant : « Les acariens, dont la prolifération est facilitée par la chaleur et l’humidité, sont le principal facteur d’allergies chez l’enfant. Le cocooning n’aide pas. Couplé aux virus et à la pollution, l’asthme se développe. Il est donc très important de bien aérer les pièces de la maison. L’enfant peut aussi être sensible aux nouveaux animaux de compagnie (NAC), comme les araignées, les insectes, les reptiles ou les rongeurs. Sans oublier les chats. Pour les aliments, on peut citer les fruits à coque, les œufs, le lait de vache et l’arachide. Au total, environ 4 % des enfants sont concernés par des allergies alimentaires. Mais certaines allergies évoluent favorablement. Généralement, les allergiques au lait ne sont le plus en trois ans, car on a induit une tolérance. En revanche, d’autres allergies évoluent mal, comme l’arachide. Attention : une maman enceinte qui fume, c’est catastrophique pour le fœtus en termes d’allergies. Mais aussi pour le système immunitaire et respiratoire. »_R.C.

    Histoire/
    Albert Ier et le choc anaphylactique

    C’est à Monaco que le principe du choc anaphylactique a été découvert, grâce à l’un des chiens d’Albert Ier, comme l’explique le pédiatre lyonnais Jacques Robert : « Albert Ier avait plusieurs chiens qu’il voulait protéger du venin de la physalie, une méduse très urticante. Du coup, il a lancé des recherches. Objectif : faire tolérer à ses chiens le venin de cette méduse en administrant de petites doses de venin. Mais après trois injections, le chien est mort d’étouffement et d’un syndrome hémorragique digestif. C’est une anaphylaxie, c’est-à-dire une réaction allergique rapide et violente, qui a ainsi été réalisée. Charles Richet (1850-1935) et Paul Portier (1866-1962) ont obtenu un prix Nobel en 1913 pour la description de ce phénomène. » Un timbre monégasque a aussi été édité pour cette occasion. _R.C.

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