En raison des sommes considérables qui y sont brassées chaque jour, les casinos de la Société des Bains de Mer sont particulièrement surveillés en matière de lutte anti-blanchiment. C’est encore plus vrai depuis le placement de Monaco sur la liste grise du GAFI. Cette hausse de la conformité a-t-elle plombé les résultats du secteur ? Le cadre, devenu plus strict, a-t-il fini par décourager une partie des joueurs ? Élus et gouvernement en ont débattu en séance budgétaire mi-décembre.
Rien ne va plus ? Visiblement pas dans les casinos monégasques… Comme à chaque débat budgétaire, l’élu et croupier, Mikaël Palmaro, a de nouveau mis avant les « excellents résultats » du secteur jeux à la Société des Bains de Mer. Et ce malgré une « conjoncture difficile ». « Les jeux ne sont pas morts. Loin de là. Au contraire, ils renaissent de leurs cendres. Ils ont connu des périodes difficiles. Mais vous trouverez toujours dans cet hémicycle, un fervent défenseur de ce secteur. » Pour lui, cette performance tient à trois éléments : une direction attentive « au facteur humain », à un effort de formation relancé, et à l’arrivée de nouveaux clients amenés par « des apporteurs d’affaires de plus en plus inventifs ». Le secteur, souvent annoncé en fin de course, affiche selon lui cette année une avance « considérable », même si les comptes ne sont pas encore définitivement arrêtés. De son côté, le gouvernement s’inscrit lui aussi dans cette lecture positive. Le conseiller-ministre aux finances, Pierre-André Chiappori a d’abord rappelé l’enjeu budgétaire. « En tant que ministre des Finances, je me réjouis des 17 %, qui est la part forfaitaire reversée à l’État sur les bénéfices des activités de jeu, en raison du monopole. Je reçois chaque semaine les résultats. Ceux que je reçois depuis deux ou trois mois, en regardant le cumul depuis le début de l’année, sont vraiment spectaculaires. »
« Un impact direct et massif sur les jeux »
Des résultats qui, selon lui, sont d’autant plus à saluer que la lutte anti-blanchiment est venue fortement gripper ce secteur. Étant donné les montants très importants qui y circulent quotidiennement, les casinos font en effet l’objet d’une vigilance renforcée en matière de conformité. C’est d’autant plus le cas à Monaco, inscrite sur la liste grise du GAFI. Pour se conformer aux nouvelles exigences de compliance, la Société des Bains de Mer affirme avoir nettement renforcé ses procédures et assure refuser des clients ne présentant pas des garanties suffisantes.« Nous sommes dans une situation où nous faisons extrêmement attention à tout ce qui a trait à la conformité. Cela a eu un impact direct et massif sur les jeux, puisque c’est l’un des domaines dans lesquels, au moins historiquement, il y a eu des soupçons de blanchiment, a rappelé Pierre-André Chiappori. Je pense qu’à l’heure actuelle, les jeux à Monaco sont au moins aussi, et j’aurais presque envie de dire, beaucoup plus propres que pratiquement partout ailleurs dans le monde. Malgré ce handicap, qui est un handicap bienvenu, car nous tenons beaucoup à notre image, mais qui néanmoins, du point de vue du chiffre d’affaires, constitue une difficulté supplémentaire, les équipes, la direction, mais aussi les croupiers font un travail formidable. C’est quelque chose qu’il faut saluer. »
« Des contraintes repoussantes » pour les joueurs
De son côté, Thomas Brezzo, regrette tout de même le niveau d’exigence qui a été imposé dans la loi en matière de lutte anti-blanchiment, « notamment par un certain cabinet de consultants, je crois autrichien, qui rend aujourd’hui l’accès aux jeux pour la population particulièrement difficile et beaucoup plus contraignant que partout ailleurs dans le monde. » Le président du Conseil national indique qu’il faut « montrer patte blanche ne serait-ce que pour retirer de l’argent au distributeur. Les contraintes sont très exigeantes et très repoussantes pour les personnes qui veulent aller jouer. C’est quand même dommage car on se prive de ces recettes-là. Elles pourraient être bien plus importantes. »

