Savez-vous qu’ont en commun La Villa Belgica au 2 avenue de Grande- Bretagne, le bâtiment de la Sûreté publique à la rue Louis Notari, Le Castel Ciel Azur au 26 boulevard du Jardin exotique, ou bien le Castel Paradou au 26 boulevard d’Italie ? Ce sont des immeubles ayant fait l’objet de surélévations. Autrement dit, plusieurs étages supplémentaires ont été construits sur le bâtiment d’origine. Cette pratique, devenue coutumière en Principauté, façonne depuis un siècle le paysage urbain, souvent, sans que l’on s’en aperçoive vraiment…
À Monaco, on le sait, la question de l’espace est cruciale. Impossible pour autant de tout raser pour reconstruire : il faut aussi composer avec l’existant. C’est ainsi qu’est née une pratique devenue emblématique de la Principauté : la surélévation. Pour répondre au besoin constant de logements et de surfaces supplémentaires, les immeubles sont rehaussés. « Ce phénomène est surtout propre à Monaco. Ailleurs, il reste plutôt marginal : à Nice ou à Paris par exemple, on ajoute rarement plus d’un étage », constate Jean-Philippe Hugron, journaliste spécialisé en architecture. Durant ces dernières décennies, face au manque de foncier et une augmentation nette de la population résidente, cette pratique devient de plus en plus fréquente.
Des surélévations qui respectent, ou non, le style du bâtiment d’origine
Évidemment, toutes les surélévations ne se valent pas. Certaines sont discrètes et respectueuses du style d’origine. Les architectes cherchent alors à prolonger harmonieusement la silhouette et l’esthétique du bâtiment existant. D’autres, au contraire, sont réalisées en rupture, dans un style moderne, parfois « pauvre » selon le terme de Jean-Philippe Hugron, sur des bâtiments pourtant jugés d’intérêt patrimonial. « De nombreux dômes et autres coupoles ornant les angles ont, dans un esprit de gain de mètres carrés supplémentaires, tristement disparu », rappelle le journaliste. Voilà pourquoi, pour éviter un « vandalisme architectural », des garde-fous ont été instaurés.

Des règles d’urbanisme durcies
Plusieurs règles d’urbanisme plus strictes ont été publiées. Le journaliste cite ainsi, en exemple, des extraits d’ordonnance souveraine (1) : « En cas de surélévation, les façades des immeubles seront pareillement ordonnées : les dispositions architecturales de la partie surélevée et de la partie existante devront être harmonisées [et] l’immeuble devra être entièrement ravalé. » En outre, en cas de surélévation, « les corniches intermédiaires et les avant-toits doivent être supprimés ». Enfin, « les interventions sur la façade doivent respecter le style originel (voûte, linteaux, entrée d’immeuble, escaliers d’accès, etc.) et ne peuvent donner lieu en aucun cas à un appauvrissement de cette dernière. […] Une surélévation, lorsqu’elle est admise, doit s’harmoniser parfaitement avec l’architecture de la façade existante ». L’un des exemples les plus récents d’une surélévation respectant le bâtiment d’origine est le Castel Ciel d’Azur, situé au boulevard du Jardin Exotique. L’immeuble est passé de trois à cinq étages dans le strict respect de la couleur rosée du bâtiment et des diverses moulures. À l’inverse, certains projets ont marqué une véritable rupture stylistique. C’est le cas de la Villa Belgica, avenue de Grande-Bretagne, avec une surélévation signée du célèbre architecte français Jean Nouvel. Érigée à l’origine en 1899, cette villa pleine de charme typique de la Belle Époque, siège historique de la banque UBS à Monaco, a été surélevée de cinq étages. La nouvelle structure très moderne, recouverte d’acier et de verre, surplombe désormais l’édifice d’époque. Le contraste est saisissant, et suscite autant d’admiration que de perplexité.

Des surélévations, aussi, de bureaux, d’hôtels et de parkings
Les surélévations ne concernent pas seulement les immeubles résidentiels. Dans le quartier de Fontvieille, l’Aigue Marine, qui abrite notamment le siège social de la Société des Bains de Mer, a bénéficié d’une surélévation de trois niveaux, offrant désormais d’importants plateaux de bureaux à louer. Dans le même quartier, le siège de la Société Monégasque d’Électricité et de Gaz (SMEG) s’est lui aussi transformé, avec une surélévation de quatre étages et l’aménagement d’une toiture-terrasse. Même les chantiers en cours peuvent évoluer en pleine construction. Ce fut le cas du projet Testimonio dans le quartier Larousse, dont la deuxième tour “Réséda” réalisée par l’entreprise Caroli BAT, a gagné cinq étages supplémentaires en cours de route pour maximiser les possibilités de logements pour les Monégasques. Autres exemples : la SBM a récemment annoncé que l’hôtel Monte-Carlo Bay sera surélevé de quatre étages pour y construire, non pas des chambres supplémentaires, mais des résidences de haut standing et de grande superficie. Le gouvernement a également confirmé que le Parking des pêcheurs, sous le Rocher, sera surélevé de deux étages. L’avant-projet a été confié à l’architecte Gabriel Viora et devrait être présenté aux élus avant la fin du premier semestre 2026.
(1) Règlement d’urbanisme Annexé à l’Ordonnance Souveraine n° 4.482 du 13 septembre 2013.
