C’est un diagnostic établi aussi bien par l’Ordre des médecins, le Conseil national, que par le gouvernement : la Principauté manque de certains spécialistes, et les délais pour obtenir des rendez-vous médicaux sont parfois très longs. Comment expliquer cette situation ? Récemment interrogé sur Monaco Info, Jean-Michel Cucchi, radiologue au Centre d’Imagerie Médicale de Monaco et président de l’Ordre des médecins, a évoqué plusieurs causes, à la fois sociétales et médicales. « Le premier facteur évident est le vieillissement de la population. Étant donné que l’on tombe plus souvent malade à 80 ans qu’à 20 ans, cela entraîne naturellement une augmentation des demandes de soins », observe-t-il.
Ce vieillissement s’accompagne d’une évolution des pratiques médicales : aujourd’hui, pour une même pathologie, plusieurs examens sont souvent réalisés. Autre changement majeur : certaines pathologies auparavant peu dépistées sont désormais mieux connues et mieux suivies. C’est le cas, par exemple, de l’endométriose, longtemps négligée et encore taboue il y a peu. Même tendance pour les pathologies de la prostate. Face à cette explosion des demandes, l’offre médicale peine à suivre. « Parallèlement, le nombre de médecins a plutôt diminué en raison du numerus clausus. Les projections de l’époque prévoyaient un effectif constant de médecins, sans prendre en compte le vieillissement de la population. On partait aussi du principe que tous les médecins exerceraient à plein temps jusqu’à la retraite… » Or, ce modèle ne correspond plus du tout aux aspirations des nouvelles générations, qui ont adopté une autre approche du travail.
« On accorde aujourd’hui beaucoup plus d’importance à la qualité de vie, ce qui était complètement négligé autrefois. Plus personne n’a envie de travailler 14 heures par jour, six jours sur sept. Aujourd’hui, chez les spécialistes, la norme, c’est plutôt quatre jours, voire trois jours et demi par semaine. » La charge administrative ajoute également une pression supplémentaire : « Ce qui est difficile aujourd’hui en médecine, ce n’est pas tant la médecine elle-même, mais tout ce qu’il y a autour : la complexité administrative, la nécessité de penser à la rentabilité de chaque acte, surtout en libéral. Ce sont ces contraintes-là qui pèsent. » Pour tenter de remédier à ce manque de médecins en Principauté, une décision a été prise par les autorités sanitaires : il est désormais possible d’avoir des associés. « Un médecin installé peut aujourd’hui travailler avec deux médecins à temps plein. Le problème, c’est de trouver ces médecins », poursuit Jean-Michel Cucchi.
A Monaco, la situation serait encore plus complexe : « Le vrai défi aujourd’hui, c’est de recruter. Trouver des médecins qui acceptent de venir s’installer est devenu compliqué. À Monaco, la vie est chère, et un médecin français n’y trouve aucun avantage fiscal. Alors pourquoi viendrait-il s’installer ici, avec le coût du logement, les trajets matin et soir, etc. ? » À cette situation locale s’ajoute un contexte régional tendu : « La Principauté est un petit pays enclavé entre la France et l’Italie, deux pays qui connaissent de grandes difficultés sur le plan médical. Or Monaco ne peut pas compenser la pénurie de médecins qui touche tout un département. »

