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    Tout savoir sur l’investissement en crowdfunding

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    Le crowdfunding (financement participatif en français) fait de plus en plus parler de lui ces dernières années en tant que mécanisme d’investissement aux rendements intéressants. Quelle est l’origine de cette alternative aux supports d’épargne traditionnels ? Pourquoi a-t-il suscité des débats et des controverses ? Et quelles précautions faut-il envisager avant d’y investir son argent ?

    De manière simple et résumée, le crowdfunding, littéralement « financement par la foule », consiste à mettre un porteur de projet en lien avec une multitudes de petits investisseurs par l’intermédiaire d’une plateforme numérique, un site web généralement. Né aux Etats-Unis au début des années 2000, le crowdfunding connaît un essor en Europe depuis une décennie. En France, les décrets d’application qui ont permis aux premières plateformes d’opérer datent de 2014. A ce moment-là, le secteur collectait environ 200 millions d’euros par an. En 2023, la collecte a été de 2,1 milliards d’euros.

    Comment fonctionnent les plateformes ?

    Pour le porteur de projet, pas de discriminant social ni sectoriel. Il peut s’agir d’un particulier qui aimerait pouvoir s’offrir une prothèse bionique, d’une association qui souhaite construire une école dans un village reculé, d’une PME qui souhaite se déployer, d’un entrepreneur qui souhaite financer sa start-up… Passer par une plateforme lui permet de bénéficier du marketing réalisé par cette dernière, ainsi que de sa communauté d’investisseurs. En contrepartie, celle-ci ponctionne entre 5 et 8 % de commission sur la collecte réalisée. Il existe près de 600 plateformes de crowdfunding en Europe. En France, elles sont 70 à être régulées. La liste est disponible sur le site de l’Autorité des marchés financiers (AMF) (1). Le chiffre d’affaires global du secteur dans l’Hexagone est compris entre 100 et 150 millions d’euros, sachant que les principales se taillent la part du lion. « Les trois plus importantes représentent 25 % du marché et le top 10 la moitié du marché en volume de collecte », indique Bertrand Desportes, associé du cabinet de conseil Forvis Mazars et membre du comité de pilotage de France FinTech sur le crowdfunding.

    Bertrand Desportes Forvis Mazars
    « Avec l’avènement du numérique, les escroqueries sur les produits d’investissement sont courantes, et le crowdfunding n’est malheureusement pas épargné », Bertrand Desportes. © Photo DR

    « Le crowdfunding démocratise l’investissement »

    Le crowdfunding a d’abord été connu du grand public sur la partie don : la collecte de fonds sans contrepartie financière. Les associations mais aussi, les artistes, le cinéma indépendant ou encore le monde de l’édition s’en sont largement emparés. Pour les donateurs, flécher son argent vers un projet très concret et parfois local peut être plus parlant que d’envoyer un chèque à un organisme de recherche. Mais désormais, c’est du point de vue de l’investissement que l’on entend beaucoup parler de crowdfunding. Il existe deux sous catégories : le crowdlending, qui consiste à prêter de l’argent au porteur de projet avec des intérêts, et le crowdequity, qui revient à investir dans le capital d’une entreprise en échange de titres financiers.

    « Le crowdfunding démocratise l’investissement. Grâce à des tickets d’entrée très bas, il permet au grand public de participer à des opérations qui étaient inaccessibles avant : entrer au capital d’une start-up, financer un projet d’éolienne ou une opération de promotion immobilière… », explique Bertrand Desportes. Les investisseurs sont de plus en plus nombreux sur ce segment. Il faut dire que les rendements sont attractifs. Selon le dernier baromètre français du crowdfunding réalisé par Forvis Mazars et France FinTech, la performance annuelle moyenne des projets financés en 2023 a dépassé les 10 % sur certains segments de marché, et pour une durée d’immobilisation des fonds relativement courte la plupart du temps. C’est à peu de choses près équivalent aux rendements permis par le private equity.

    Énergies renouvelables et immobilier

    Pour les porteurs de projet qui ne parviennent pas à lever des fonds auprès des acteurs traditionnels, il représente aussi une alternative de financement rapide. Ainsi, plusieurs secteurs ont investi le crowdfunding. En premier lieu, les acteurs de l’innovation (les start-up) sur la partie crowdequity. Cela offre une chance à celles que les fonds de venture capital ne peuvent pas financer. C’est évidemment le segment le plus risqué car l’investisseur devient co-actionnaire donc il n’y a pas de notion de garantie sur le capital investi en cas de difficultés. L’investisseur est embarqué dans une aventure entrepreneuriale de long terme, subit les risques de la jeune entreprise et peut repartir sans rien si cette dernière fait faillite. « On sait que même si elles arrivent toujours avec des projets très bien pitchés, seule une poignée d’entre elles parviennent à tirer leur épingle du jeu », précise Bertrand Desportes.

    Sur la partie crowdlending, deux secteurs sont particulièrement en vogue. En premier lieu, celui de la transition écologique. Les acteurs de l’EnR (énergies renouvelables) trouvent un intérêt à associer la population locale à leur projet (un champ d’éolienne par exemple) pour le faire accepter. En second lieu, l’immobilier est friand de crowdfunding. « Dans le financement d’une opération de promotion immobilière, la banque finance souvent une grosse partie, ensuite il y a la vente en l’état futur d’achèvement (VEFA), c’est-à-dire la pré-commercialisation, et il reste généralement entre 10 à 20 % de fonds d’amorçage que le promoteur doit mettre sur la table. Lorsqu’il n’a pas ces fonds, il peut passer par le crowd », détaille Bertrand Desportes. Sur ce segment, il existe différentes garanties pour les investisseurs : garantie à première demande, hypothèques de premier et de second rang, fiducie-sûreté ou encore caution personnelle du dirigeant. « Sur les opérations immobilières, les performances ont été d’environ 11% en 2024 bien que le secteur ne se soit pas très bien porté. Sur les énergies renouvelables, elles ont été un peu moins élevées (8 % en moyenne) parce que l’investissement est un peu moins risqué », poursuit-il.

    Critiques et controverses

    Le crowdfunding n’a pas fait parler de lui qu’en bien, entaché, en premier lieu par de nombreuses arnaques. « Avec l’avènement du numérique, les escroqueries sur les produits d’investissement sont courantes, et le crowdfunding n’est malheureusement pas épargné. Fausses plateformes ou projets fictifs : il faut rester vigilant. Nous n’avons pas de chiffres sur le sujet car ce phénomène est par nature difficile à recenser. Mais les arnaques sont la plupart du temps réalisées sur les plateformes non régulées », explique Bertrand Desportes. Les plateformes agréées, elles, ont des obligations strictes en matière de transparence. Depuis deux ans, celles qui exercent sur le territoire européen sont régies par l’agrément de prestataire de service de financement participatif (PSFP). Ce dernier donne des garanties et des protections aux épargnants. Les plateformes ont des engagements de contrôle interne et elles se doivent de fournir des informations claires et non trompeuses. Elles ont par ailleurs l’obligation de qualifier le niveau d’expérience en investissement ainsi que la capacité des épargnants à subir des pertes via deux questionnaires d’entrée en relation. Lorsque l’épargnant est considéré comme non-averti, il a un délai de rétractation de quatre jours et reçoit davantage d’informations sur son projet d’investissement et les risques qu’il comporte. Le PSFP contraint par ailleurs les plateformes à avoir un comité d’investissement, un commissaire au compte et un minimum réglementaire de fonds propres. De plus, elles ne peuvent pas directement recevoir l’argent des épargnants, cela doit passer par un prestataire de service de paiement. « Cette évolution réglementaire a professionnalisé le secteur », souligne Bertrand Desportes.

    Des retards de remboursement trop fréquents

    La critique qui est régulièrement faite aux plateformes, c’est qu’elles se rémunèrent dès que la collecte est réussie et que les fonds sont libérés pour le porteur de projet, indépendamment de ce qui se passe ensuite (réussite, échec, retard de remboursement, etc.). Ainsi, on peut se demander si elles ont un intérêt à ce que les épargnants fassent du profit. « En réalité elles ont un intérêt réputationnel. D’abord car leurs indicateurs de performance doivent être publics, ensuite pour soigner leur communauté d’épargnants. Mais il y a actuellement un débat en interne pour savoir s’il ne faudrait pas faire évoluer le modèle pour que les plateformes perçoivent une partie de l’argent à la fin de la collecte et l’autre une fois que les investisseurs ont été remboursés, à l’issu du projet », indique Bertrand Desportes.

    Le réel problème, ce sont les retards fréquents dans les remboursements, en particulier sur les projets immobiliers. « Au 30 juin 2024, sur la masse de tous les projets de crowdfunding immobilier en cours, 15 à 20 % accusaient des retards de plus de 6 mois et 6 % étaient en procédures collectives », indique le spécialiste. Le fond du sujet dans l’immobilier est souvent lié à des aléas de chantier ou à un retard dans la commercialisation des lots. « L’accession à la propriété en France a été franchement grippée avec la hausse des taux ce qui explique les nombreux retards », affirme Bertrand Desportes. Sur la partie TPE/PME, le taux de retard est compris entre 8 et 10 %. Sur l’ENR en revanche, il est inférieur à 2 %. « Ce sont des acteurs plus robustes et c’est un secteur booming », justifie-t-il.

    « Il y a toujours un risque de tout perdre »

    Déclencher la garantie est un processus long et couteux que les porteurs de projet tentent d’éviter. En cas de difficulté, les plateformes privilégient toujours la négociation en première intention. En accord avec les épargnants, ils accordent une rallonge de délais de 6 ou 12 mois au porteur de projet pour rembourser ses échéances, souvent contre une bonification des pourcentages d’intérêt. Si ce n’est pas suffisant, la procédure collective débute et les épargnants basculent sur le temps judiciaire… Le tribunal de commerce décide alors de qui doit rembourser et dans quelles proportions selon les actifs disponibles. « Il est très mince mais il y a toujours un risque de perdre 100 % du capital investi, même avec des garanties, lorsque les porteurs de projet ne sont pas très solides financièrement », tient à rappeler Bertrand Desportes.

    Pour résumer, le crowdfunding peut vous donner accès à des opportunités d’investissement permettant de réaliser des gains importants sur un temps assez court. Comme tous les investissements avec de gros rendements, il s’agit d’une classe d’actif risquée, et donc d’une épargne de diversification, qui doit arriver bien après l’épargne de précaution (livret, assurance vie…) et représenter au maximum 5 % de votre épargne financière globale. « Les déconvenues surviennent chez des épargnants qui ne suivent pas ces règles, que nous rappelons chaque fois que nous en avons l’occasion. C’est un sujet d’éducation financière… », indique Bertrand Desportes. « Le problème, c’est que les personnes qui investissent dans le crowdfunding ne sont pas toutes conseillées par un spécialiste. Les plateformes peuvent commercialiser elles-mêmes leurs opportunités d’investissement, mais elles sont de plus en plus nombreuses à nouer des partenariats avec des gestionnaires de patrimoine, qui les proposent alors à leurs clients. Cette approche est plus sécuritaire car les conseillers financiers sont encadrés par des réglementations bien plus strictes que celles des plateformes », complète Prosperio Antonio, PDG du cabinet de conseil en investissement Investkeys.

    Conseils à ceux qui souhaitent se lancer

    Pour limiter au maximum les risques, il faut prendre certaines précautions. En premier lieu, vérifier le sérieux de la plateforme en s’assurant qu’elle ait obtenu l’agrément PSFP. Cette information doit obligatoirement être mentionnée sur son site web. Si vous ne la trouvez pas, fuyez.

    Ensuite, parmi les plateformes agréées, comparez leurs statistiques d’activité (combien de projets réalisés ? Quel pourcentage de rendement en moyenne ? Quel taux de retard ?). Elles ont l’obligation de les afficher. Vous pouvez ensuite regarder la perception qu’en ont les utilisateurs sur des sites de type Trustpilot. Pour aller plus loin encore, vous pouvez vous assurer que l’équipe est solide. S’agit-il de la filiale d’un grand groupe ou d’une personne physique ? Est-ce que 3 ou 15 personnes travaillent pour cette plateforme ? Une équipe trop réduite doit interpeler l’épargnant.

    Concernant les projets immobiliers, regardez l’expérience du promoteur ou du marchand de bien, s’il s’agit d’un projet avec ou sans travaux, si les recours ont été purgés, si le permis de construire est déjà obtenu. Vérifiez le niveau de pré-commercialisation et la marge de l’opération. Et comme dans tout projet immobilier, assurez-vous que la localisation du bien soit intéressante et qu’il soit proche des transports et commerces.

    « Par ailleurs, au sein même du crowdfunding, la règle d’usage est de diversifier en investissant sur différents projets et sur différentes plateformes. Le ticket d’entrée très faible permet de le faire », complète Bertrand Desportes. « Si j’étais un nouvel investisseur du crowd en 2025, je ferais un mix entre de l’immobilier (car le secteur devrait repartir cette année), en restant très vigilant sur les qualités du sous-jacent, et de l’EnR », conclut-il.

    Crowdfunding : et à Monaco ?

    La seule et unique plateforme monégasque de crowdfunding a été créée par Sébastien Prat et Frédérik Farsetti en 2015. Baptisée monacocrowdfunding, elle a été reprise en 2019 par François Ortelli. Mais après trois années à financer des projets relevant du don, ainsi que quelques projets d’investissement immobilier en France, l’activité s’est essoufflée. La société est actuellement en train d’être revendue à une entreprise privée.

    (1) www.amf-france.org.

    Société Monégasque d'Assainissement SMA

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