Loin de la pénurie française, Monaco peut se féliciter d’avoir une densité médicale parmi les plus élevées au monde, dont profitent les résidents mais aussi beaucoup de Maralpins. Certains spécialistes manquent encore, mais des initiatives gouvernementales tentent d’encourager leur installation. Le point sur la situation avec Christophe Robino, Conseiller de Gouvernement – Ministre des Affaires Sociales et de la Santé.
La France manque de professionnels de santé sur son territoire, qu’il s’agisse des médecins, des infirmiers ou des spécialistes. La Principauté fait elle aussi face à cette problématique ? Si oui, sur quels postes/spécialités en particulier ?
La situation de Monaco reste très différente. En valeur absolue, le nombre de professionnels de santé est largement suffisant pour couvrir les besoins de la population résidente. On compte en Principauté 7,5 médecins pour 1 000 habitants contre seulement 3,3 en France ; et 4,9 psychiatres pour 1 000 habitants contre seulement 2,1 en France. Ces chiffres, nous placent en tête du classement mondial. En réalité, les délais de rendez-vous jugés excessifs notamment dans certaines spécialités s’expliquent par le report d’une partie de la patientèle résidant dans les Alpes-Maritimes sur Monaco. Cela est particulièrement vrai pour la pédiatrie, l’endocrinologie, la dermatologie, la pneumologie et la gynécologie. A contrario, le nombre de cardiologues installés en Principauté permet largement de couvrir les besoins. Pour autant, chaque fois que cela est possible, le Gouvernement encourage l’installation de nouveaux professionnels de santé : de nouvelles autorisations sont régulièrement attribuées, et nous travaillons en partenariat avec le Département des finances de l’économie à trouver des solutions visant à faciliter leur installation.
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Comment facilitez-vous leur installation ?
Le principal obstacle pour nos professionnels de santé, qui s’impose d’ailleurs à toutes les activités cherchant à s’implanter à Monaco, concerne le manque de locaux. C’est la raison pour laquelle nous avons élargi les possibilités d’association pour les médecins de même spécialité, les cabinets constitués de plusieurs médecins permettant d’assurer une meilleure continuité des soins. Nous échangeons régulièrement avec d’une part la Direction de l’action sanitaire et d’autre part le Conseil de l’ordre des médecins afin de mieux cerner les besoins de la population et de s’accorder sur les nouvelles autorisations. Enfin, nous proposons régulièrement depuis un an des locaux de la Caisse Autonome de Retraite ou de l’État aux professionnels de santé.
Qu’en est-il au Centre Hospitalier Princesse Grace ? Et aux urgences ?
Le Centre Hospitalier Princesse Grace est doté d’un service d’accueil d’urgence couvrant les besoins du territoire et des communes voisines, et recevant régulièrement des patients mentonnais. La maternité du CHPG, qui réalise environ 900 naissances par an est la seule maternité sur un territoire allant de la frontière italienne jusqu’à Nice. Concernant les urgences, il convient de rappeler que le délai d’intervention des services de secours à Monaco est extrêmement court et que les délais moyens de prise en charge allégués par la direction du CHPG sont inférieurs à deux heures. L’activité du Centre Cardio-thoracique de Monaco va elle aussi bien au-delà des frontières de la Principauté, assurant une grosse part des urgences cardiovasculaires des Alpes-Maritimes.
Est-ce qu’il manque de professionnels sur certaines spécialités, obligeant les Monégasques à se faire soigner à Nice ?
Le choix de se faire soigner en dehors de Monaco relève soit d’un choix personnel, soit de l’absence de spécialistes installés en Principauté dans un domaine bien précis : je pense notamment à la neurochirurgie ou à certaines pathologies relevant par exemple d’une prise en charge ultraspécialisée en hématologie. En ce qui concerne les délais de rendez-vous pour certains spécialistes, il convient de souligner que même s’ils peuvent paraître excessifs, ils restent bien inférieurs à ceux du pays voisin. C’est d’ailleurs la principale raison qui explique ce report de patientèle originaire des Alpes-Maritimes.
Travaillez-vous sur le sujet ?
Comme indiqué ci-dessus, le Gouvernement Princier recherche sans arrêt des solutions pour maintenir une offre de soins satisfaisante pour les résidents de la Principauté. Outre les médecins autorisés dans les établissements de santé, 70 praticiens exercent leur art à titre libéral en Principauté. Rien que sur l’année 2024, 10 nouveaux médecins ont été autorisés à exercer, notamment dans les spécialités jugées insuffisamment représentées que je citais précédemment. Dès début 2025, un pédiatre devrait également s’installer en Principauté. Des études des besoins sont réalisées régulièrement afin de maintenir un nombre suffisant de professionnels de santé autorisés en Principauté de Monaco et de répondre aux besoins de la population.
Comment la France pourrait-elle s’inspirer de la Principauté pour amoindrir le phénomène de désertification médicale qui se joue sur son territoire ?
Les problématiques en France sont bien plus complexes à appréhender que celles rencontrées sur un territoire de 2 km². Le Gouvernement Princier est tout à fait disposé à échanger sur la coopération franco-monégasque qui pourrait être mise en œuvre en la matière au niveau régional.



