Roquebrune-Cap-Martin abrite un véritable trésor vivant : un olivier millénaire, considéré comme le plus vieil arbre de France. Agé entre 2 000 et 2 500 ans selon des experts, cet arbre majestueux surplombant le village, aurait pu disparaître au début du XXème siècle. Daniel Biso, adjoint au maire, et Christine Didier, historienne et archiviste de la ville, nous en disent plus sur ce spécimen hors du commun.
Son tronc noueux et ses immenses racines plongées profondément dans le sol témoignent de sa longévité remarquable. Avec ses dimensions impressionnantes — 18 mètres d’envergure, 23,5 mètres de circonférence et 15 mètres de hauteur — cet olivier, considéré comme l’arbre le plus ancien de France, est un véritable symbole de longévité. « Pour déterminer l’âge de cet arbre, on peut se baser sur l’importation des oliviers par les phéniciens, un peuple qui vivait sur les côtes de la Palestine et du Liban. Il s’agissait d’agriculteurs, de commerçants et de navigateurs qui ont exporté et vendu des plants d’oliviers dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Les historiens et les biologistes estiment donc l’âge de cet olivier entre 2 000 et 2 500 ans », explique Daniel Biso, adjoint au maire de Roquebrune-Cap-Martin. Preuve de sa ténacité, malgré son très grand âge, ce spécimen continue de produire de petites olives, appelées “pitchoun”, plus ou moins charnues selon les années.
Le sauveur de l’arbre
Mais l’histoire de cet arbre aurait pu s’arrêter brutalement… Au début du XXème siècle, la famille Dragon veut en effet l’abattre, pour vendre le bois, et racheter ensuite la parcelle. Cet olivier ne doit en réalité son salut qu’à l’intervention — le jour de son abattage — d’un homme, Gabriel Hanotaux (1853-1944), un ancien ministre des affaires étrangères français. « Gabriel Hanotaux possédait une villa à Roquebrune-Cap-Martin. Il était également très engagé au niveau municipal, dans la vie politique locale et associative. On est donc venu le chercher un matin pour lui dire que la famille Dragon était en train de s’attaquer à l’arbre pour en faire du bois de chauffage. Etant très attaché à la conservation du patrimoine naturel, il se précipite auprès de cette famille et rachète la parcelle qui sera ensuite donnée à la Ville », explique Christine Didier, historienne et archiviste de la ville. Daniel Biso, se souvient d’ailleurs très bien de ce moment marquant pour l’histoire du village. « J’ai eu l’honneur de passer en délibération en conseil municipal cette donation de la famille Hanotaux. C’était en 1996, lors du premier mandat de Patrick Césari. » Si la Ville a souhaité récupérer le terrain c’est aussi pour protéger cet arbre de potentiels projets privés pouvant menacer son intégrité. « Certains souhaitaient installer des terrasses à proximité ou faire une cabane dans les arbres… Toute dégradation, même anodine, peut être catastrophique. Et le voir disparaître, on ne peut pas l’imaginer », rajoute l’adjoint au maire.
De multiples prix
Le doyen des arbres français a d’ailleurs reçu des prix prestigieux. Le 4 octobre 2016, il a été labellisé « Arbre remarquable de France ». L’olivier a également reçu le prix « Coup de cœur » au concours du plus bel arbre de l’année 2023. Le jury était composé du magazine Terre Sauvage, de l’Office national des forêts, de l’association A.R.B.R.E.S, et de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). « Ces prix donnent une aura et une visibilité supplémentaires, rajoute l’adjoint au maire. Les fruits et les bois de cet olivier avaient autrefois une valeur marchande et pécuniaire. Aujourd’hui, c’est la valeur du cœur qui prime pour tous les Roquebrunois. » Cet olivier qui a vécu deux millénaires est-il pour autant immortel ? La municipalité a eu une crainte lorsqu’une bactérie, la “Xylella fastidiosa”, asséchant les oliviers, a envahi dès 2013 le sud de l’Italie et ravagé une quantité impressionnante d’arbres. « Mais je suis persuadé qu’il va nous survivre… », rassure l’élu local. Les Roquebrunois font en tout cas tout pour préserver ce spécimen et pour que les générations futures puissent le voir vieillir. « Ce sont les êtres les plus vieux de cette planète. Ils méritent que nous prenions soin d’eux. »


