Le président Emmanuel Macron s’est prononcé pour une interdiction du téléphone « avant 11 ans », et des réseaux sociaux « avant 15 ans ». Ces annonces interviennent à la suite d’un rapport (1) remis au gouvernement français en avril dernier. Des experts ont en effet tiré la sonnette d’alarme sur « l’hyperconnexion subie des enfants » et « les conséquences pour leur santé, leur développement et leur avenir. » Que penser de telles interdictions ? L’un des psychologues de l’association Action innocence Monaco, Damien Scolari, nous livre son analyse.
Emmanuel Macron s’est récemment prononcé pour une interdiction du téléphone « avant 11 ans », et des réseaux sociaux « avant 15 ans ». Que pensez-vous de cette annonce ? Est-ce une bonne mesure selon vous ?
Ces annonces démontrent, qu’aujourd’hui, un gouvernement ne peut plus penser au bien-être de sa population et des jeunes sans prendre en compte l’utilisation par ces derniers des écrans. En tant qu’ONG, nous nous réjouissons que les politiques prennent en considération les différentes études, remarques et conseils rédigés par les professionnels de santé en ce qui concerne l’usage des écrans. Rappelons que les mesures annoncées ont été choisies à la suite d’un rapport d’expertise sur l’usage des écrans et des réseaux sociaux chez les jeunes enfants. Limiter à 11 ans l’accès au smartphone et à 15 ans les réseaux sociaux me semble donc une saine mesure de protection qui ne peut pas avoir d’effet néfaste.
Quels seraient concrètement les effets positifs de ce type de mesures ?
Nous pouvons en identifier plusieurs. La réduction du temps d’écran entraîne une diminution de l’hyperactivité et une augmentation de la durée du sommeil. Passer moins de temps sur le smartphone permet de consacrer plus de temps à d’autres activités. De plus, cela réduit la visualisation potentielle d’images choquantes ou à caractère sexuel et violent. En parallèle, le risque de cyberharcèlement et de contact avec des prédateurs diminue également. Enfin, la réduction du scrolling limite une activité à haut risque d’addiction.
Les âges choisis, à savoir 11 ans pour le téléphone, et 15 ans pour les réseaux sociaux, vous semblent-ils cohérents ?
Ces âges sont en cohérence avec les besoins de chaque enfant au cours de son développement. Pour les enfants de 11 ans, cela correspond avec l’entrée au collège. Il est vrai qu’au premier degré, avoir un smartphone n’est pas nécessaire. Aujourd’hui, il y a le téléphone classique ou d’autres outils — par exemple les montres comme l’Infinite IKIDS — qui permettent de localiser l’enfant et d’échanger avec lui en toute sécurité avec un contrôle parental intégré. En ce qui concerne l’âge des réseaux sociaux, nous nous sommes aperçus avec le cyberharcèlement, la violence en ligne, et les troubles affectifs et anxieux en augmentation, que 13 ans était un âge trop bas.
Sur les réseaux sociaux, des contenus souvent violents, sexuels, provocants se rencontrent très régulièrement. Ce type de contenu influence le rapport à soi-même, aux autres et au monde. Il convient que les adolescents soient matures avant d’y être confrontés pour pouvoir les questionner. De plus, attendre 15 ans pour utiliser les réseaux sociaux permet à l’adolescent dans la vie réelle de s’être créé une vie sociale, sportive et affective sans l’influence de cette activité qui, nous le savons, isole l’adolescent dans un monde virtuel.
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Dans la pratique, comment est-il possible de mettre en place des contrôles et de telles limitations selon-vous ? Est-ce concrètement réalisable ?
Dans la pratique, cela ne sera pas facile. La limitation va demander un investissement des parents qui eux-mêmes devront réduire leur temps d’écran, et ne plus penser le smartphone comme un baby-sitter. Ce type d’annonce a pour but de faire prendre conscience à la famille et à l’entourage de l’enfant de l’impact d’un tel usage et de l’importance du cadrage et de la limitation dans le développement de l’enfant qui doit pouvoir s’ennuyer, bouger, s’exprimer et faire plusieurs types d’activité différentes pour s’épanouir pleinement.
Les contrôles pourront être mis en place dans les centres de loisirs, les écoles et les différentes institutions. Évidemment, à la maison, les parents ne pourront pas être contrôlés mais les enfants et les adolescents seront moins attirés par le smartphone si dans leur vie extérieure, ils n’y ont plus accès.
Pensez-vous que ce type d’interdiction puisse alerter davantage les parents sur les dangers de cette « hyperconnexion subie » par les enfants ?
Il me semble que les effets de l’annonce sont importants : un parent, sachant que le gouvernement propose un usage réfléchi à partir de rapport d’expertise, ne pourra pas innocemment ou sans connaissance de cause laisser ses enfants sur les réseaux ou le smartphone comme auparavant. Nous espérons que même si les mesures ne sont pas appliquées à la lettre, elles permettent une prise de conscience qui diminuera l’usage et le temps d’écran chez les enfants.
N’oublions pas que les réseaux sociaux et le smartphone qui les accompagne, n’ont approximativement qu’une vingtaine d’années. Leur présence a été fulgurante et nous avons l’impression de ne pas pouvoir vivre sans. Cela dit, cette impression est fausse, et ce type de mesure a pour but de permettre aux familles d’en prendre conscience.
(1) Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu Remis le : 30 avril 2024. Carole Bousquet-Bérard ; Alexandre Pascal.



