mercredi 29 avril 2026
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    « La Principauté propose globalement des salaires plus attractifs que le voisin français »

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    C’est une première. L’IMSEE a réalisé une étude sur les salaires dans le privé en Principauté à partir des données fournies par les Caisses sociales de Monaco. Alexandre Bubbio, le directeur de l’institut statistique nous en explique les principaux enseignements.

    L’IMSEE a publié pour la première fois une étude sur les salaires dans le privé en Principauté. Etait-ce une demande du gouvernement princier ? Est-ce par ailleurs “un outil de communication” supplémentaire de l’Exécutif pour tenter d’attirer davantage de salariés à Monaco ?

    Absolument pas. Le gouvernement ne nous a pas demandé de réaliser cette étude sur les salaires dans le privé. C’est une initiative personnelle et le souhait de l’IMSEE. En octobre 2022, nous avions publié une étude sur les écarts de salaires entre hommes et femmes dans le privé et le public. Nous souhaitions simplement compléter les données. C’est grâce au recrutement d’une nouvelle chargée d’étude que nous avons pu mener à bien cet observatoire. Et bien sûr, grâce aux concours des Caisses Sociales de Monaco. La seule étude récemment demandée par l’Exécutif a été celle sur le logement domanial.

    L’étude de l’IMSEE analyse les salaires dans le privé par secteurs d’activité. Sera-t-il possible à l’avenir d’être encore plus précis et de calculer le salaire moyen et médian pour chaque métier ?

    Nous ne pouvons pas, à ce stade, mener à bien ce type d’étude en Principauté car nous n’avons pas encore les outils techniques nécessaires. Mais effectivement, connaître les rémunérations à Monaco dans chaque métier fait partie des études que nous souhaitons mener à l’avenir. Une évolution majeure des systèmes d’informations de la Direction du Travail avec notamment l’adoption des codes ROME pour définir les métiers est en cours. À terme, cela nous permettra de connaître quelle est la rémunération des secrétaires, des journalistes, des comptables etc… en Principauté.

    Quand peut-on espérer avoir une telle étude ?

    Je ne peux pas vous donner de date, car la mise en place est très longue. Mais nous y travaillons.

    Quel est l’intérêt pour un gouvernement d’avoir ce type de données sur les salaires dans le privé ?

    De manière générale, pouvoir s’appuyer sur des statistiques et des chiffres précis et à jour, est essentiel pour un État. Cela permet de prendre des décisions, de se projeter, et de conduire des politiques publiques. Il est également important de disposer de statistiques pour pouvoir se comparer à d’autres pays. Voilà pourquoi, à Monaco, nous essayons au maximum d’utiliser des nomenclatures françaises, européennes, et internationales. Cette étude sur les salaires pourrait, par exemple, éclairer les échanges entre les syndicats et le Gouvernement en se basant sur des données factuelles.

    L’intérêt de ce type d’étude, vous le disiez, est de se comparer aux autres pays européens. La Principauté propose-t-elle ainsi des salaires plus élevés qu’en France par exemple ? Sachant qu’en Principauté, la durée hebdomadaire de travail est plus élevée : 39 heures contre 35 heures…

    Si l’on regarde les chiffres de l’INSEE, le salaire médian des Français s’établit autour de 2 500 euros bruts par mois (en équivalent temps plein). A Monaco, le salaire médian est de 3 074 euros bruts par mois (en équivalent temps plein). Bien qu’effectivement, les salariés travaillent davantage à Monaco, le salaire net au final demeure plus important. De plus, les charges sociales à Monaco sont inférieures à la France. La Principauté propose donc globalement des salaires plus attractifs que le voisin français.

    Certes, mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, la différence de salaires entre la France et Monaco n’est pas non plus mirobolante…

    La différence entre les deux montants bruts reste quand même significative, même pour les plus bas salaires. Par ailleurs, elle est d’autant plus marquée pour les plus hauts. Ainsi, 10 % des salariés dans le privé en Principauté gagnent plus de 7 160 euros bruts par mois, loin des 4 162 euros nets pour les 10 % les mieux rémunérés en France.

    Ces 10 % de hauts revenus représentent combien de salariés au total à Monaco ?

    Cela représente 4 802 salariés en équivalent temps plein.

    Pourquoi ne pas avoir calculé dans votre étude le nombre de salariés qui sont au SMIC ?

    Il s’agit d’un calcul complexe. Premièrement car la base de données anonymisée fournie par les Caisses sociales inclut également les apprentis, dont les rémunérations sont fixées à un niveau légèrement plus bas que le SMIC. Il ne nous est pas possible à l’heure actuelle de les distinguer du reste des salariés du secteur privé. Par ailleurs, le SMIC a changé trois fois de montant en 2022 (en janvier, en mai et en août). Nous ne pouvons avoir qu’une fourchette assez imprécise pour l’ensemble de l’année.

    Au total, combien de salariés du privé à Monaco gagnent moins de 2 100 euros bruts par mois en équivalent temps plein (1er décile) ?

    Comme l’indique son nom, le 1er décile correspond aux 10 % des salariés les moins bien rémunérés du secteur privé en Principauté. Ainsi en 2022, 4 802 salariés en équivalent temps plein ont perçu moins de 2 126 euros.

    Selon votre étude, le salaire moyen dans le privé à Monaco est de 4 593 euros bruts par mois en 2022. Comment expliquer un tel différentiel avec le salaire médian qui s’élève, lui, à 3 074 euros ?

    La moyenne n’est pas un indicateur robuste. Car il est très volatile par rapport aux données extrêmes. Lorsque vous calculez le salaire moyen, les hauts revenus comme ceux des footballeurs, des basketteurs ou par exemple des directeurs de banque, tirent cette moyenne vers le haut.

    Que doit-on retenir de votre étude par rapport aux écarts de salaires entre hommes et femmes ?

    Dans l’étude, on observe que plus les salaires sont élevés, moins les femmes sont présentes. Il faut dire que dans les plus hauts salaires, on va retrouver les sportifs, comme les footballeurs ou les basketteurs, où il n’y a pas de femmes, ou des métiers de la finances, où là encore, les femmes sont très peu représentées. Ainsi, en Principauté, ce n’est pas que les femmes soient moins payées que les hommes, c’est qu’elles ne sont tout simplement pas présentes dans certains métiers très rémunérateurs. Il y aurait donc tout un travail de sensibilisation à mener auprès des jeunes femmes pour les inciter à mener des carrières où l’on trouve aujourd’hui majoritairement des hommes. Il faut arrêter de penser qu’il y a des métiers genrés.

    À quels métiers pensez-vous concrètement ?

    Aujourd’hui, le métier d’ingénieur BTP par exemple est assez rémunérateur. Or, il n’y a quasiment que des hommes. Je pense également aux métiers de l’informatique (programmeurs, coding). Ce sont des professions en plein développement et proposant des salaires attractifs. Pourtant, dans les mentalités, cela reste encore, à tort, des métiers d’hommes.

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