L’Observateur de Monaco a sélectionné trois événements fondateurs et historiques peu connus sur la Sûreté publique monégasque (1).
1/ Le premier fait-divers retentissant pour la Sûreté publique
Seulement quelques années après la création de la Sûreté publique, l’affaire de la malle sanglante en 1907 constituera le premier cas emblématique sur lequel les policiers monégasques devront se pencher. Un fait-divers qui a défrayé la chronique bien au-delà des frontières de la Principauté. Vere Thomas St. Leger Goold et Marie-Rose Violette Girodin sont un couple de résidents monégasques d’origine franco-britannique. Ils demeurent à Monte-Carlo au premier étage de la Villa Menesini au n°14 du boulevard des Moulins, face à l’église Saint-Charles. Lui, ancien grand champion de tennis anglais, elle, à la tête d’un magasin de couture à Londres, lieu de leur rencontre. Ils s’installent à Monaco en 1905. Deux ans plus tard, en manque d’argent, ils repèrent une riche Suédoise de 48 ans, Emma Levin. Après avoir sympathisé, les époux décident de la dépouiller de ses bijoux lors d’une invitation à leur domicile. Mais le rendez-vous tourne mal et ils finissent par l’assassiner dans leur appartement. Après avoir démembré la victime, ils dispersent les morceaux dans deux malles avant de fuir vers Marseille. Leur arrestation ne se fait pas attendre. L’une des malles délivrant une « odeur nauséabonde » ayant attiré l’attention des employés de la gare, l’autre dégageant une « odeur âcre et forte » ainsi que des « suintements ». Extradés à Monaco après un séjour en prison à Marseille, ils sont emprisonnés sur le Rocher avant leur retentissant procès. Procès qui fera les gros titres de la presse européenne. Le 4 décembre 1907, Marie-Rose Violette est condamnée à mort, son mari Vere Goold aux travaux forcés à perpétuité. Finalement, l’épouse verra sa peine commuée en travaux forcés à vie grâce à l’ordonnance souveraine du prince Albert Ier.
2/ Un policier en résistance : l’incroyable itinéraire d’Antonin Massabo
Plusieurs policiers en tenue ou au civil de la Sûreté publique se sont illustrés dans le combat de la Résistance locale durant la Seconde guerre mondiale. Parmi eux, Antonin Massabo s’est particulièrement démarqué. Né à Balaruc-les Bains (Hérault) en 1904, il s’installe jeune avec ses parents en principauté. Il devient agent de police à la Sûreté en 1934. Promu chef du service des cartes, il entre en résistance en 1941 en se spécialisant notamment dans la fabrication de fausses pièces d’identité. Des « identités parfaites et insoupçonnables » qui ont permis à des chefs du service Action et des renseignements alliés ainsi qu’à des aviateurs anglais – qui s’étaient évadés du Fort de la Revère – de fuir la Gestapo. Deux ans plus tard, il est officiellement immatriculé au réseau de résistance local « Reims-Jeny » dont il devient le chef le 5 février 1944. Mais seulement trois jours après, il est arrêté par les autorités allemandes d’occupation à son domicile du 10 boulevard de France à Monte-Carlo. Emprisonné à Nice, puis à la prison des Baumettes à Marseille, il est transféré à Paris pour interrogatoire. Enfermé à la prison de Fresnes, il est ensuite déporté vers les camps d’Auschwitz, Birkenau, Buchenwald et Flossenburg. Libéré par les Américains le 23 avril 1945 mais extrêmement diminué, il ne revient en principauté qu’en octobre 1945 après un long séjour à l’hôpital Bichat de Paris. Seulement quelques mois plus tard, il réintègre la Sûreté publique au grade de lieutenant. Il y achèvera sa carrière en mars 1958 comme inspecteur-principal, non sans avoir été décoré de médailles honorifiques de la part du Roi des Belges et fait chevalier de la Légion d’honneur. Il décèdera à Monaco en 1983.
3/ Un saint patron de la Sûreté dans la légende
Depuis 1997, saint-Georges est le saint patron officiel de la Sûreté publique. Cette demande a émané de Maurice Albertin, alors directeur de la Sûreté publique. Elle a été accordée par le prince Rainier III à l’occasion de la commémoration du 700e anniversaire de la dynastie des Grimaldi. « Traditionnellement patron des ordres de chevalerie, saint-Georges apparait comme un preux chevalier en quête d’actions généreuses. Il tue le dragon à qui la princesse va être sacrifiée. Saint-Georges fut martyrisé le 23 avril 303, la même année que sainte Dévote. De plus, la légende veut que le corps de sainte Dévote fût déposé dans un édicule consacré à saint-Georges dans le vallon des Gaumates », rapporte Maurice Albertin dans son discours prononcé face à la famille princière cette année-là. De son vrai nom Georges de Lydda, le futur saint-Georges né en Cappadoce entre 275 et 280, est multiple saint patron de la chevalerie chrétienne, du Royaume de Grande-Bretagne, de la Géorgie et des armuriers. Le plus souvent représenté juché sur un cheval blanc, vêtu d’habits de chevalier et armé d’une lance, sa légende doit montrer la victoire du bien sur le mal. Des références « symboliques » qui ont encouragé la démarche de Maurice Albertin pour l’allier à l’image de la Sûreté publique monégasque.
120 ans de Sûreté publique : quelques dates clés
1902 : Création de l’entité Sûreté publique le 23 juin 1902 qui remplace le service de police
1914 : Premier congrès international de police judiciaire réunissant à Monaco 300 congressistes (membres de la magistrature, du barreau et de la police) de 25 États différents
1958 : Installation de la direction de la Sûreté publique rue Suffren Reymond
1982 : Installation de la première caméra de vidéosurveillance place d’Armes. 40 ans plus tard, les 2km2 de la Principauté en compte plus de 1000
1997 : La désignation de Charlotte Casiraghi comme marraine de la Sûreté publique par le prince Rainier III intervient le 23 avril 1997, date des commémorations à l’occasion des 700 ans de la dynastie des Grimaldi. La Sûreté se dote d’un saint patron, saint-Georges, et d’une devise fides, diligentia, virtus (loyauté, vigilance, courage)
2016 : Nomination du premier Monégasque à la tête de la direction de la Sûreté publique. Le titre exacte et actuel de Richard Marangoni est contrôleur général en charge de la direction de la Sûreté publique
2017 : La division du renseignement intérieur est créée pour remplacer la section des informations générales, des études et du renseignement (SIGER)
2021 : Début des travaux de surélévation de trois niveaux supplémentaires en bois du bâtiment de la Sûreté publique, rue Suffren Reymond
(1) Ces évènements ont pu être relatés grâce au travail établi dans l’ouvrage 120 ans de la Sûreté publique de Bernard Garcia. Cet ouvrage a été effectué à la demande de Richard Marangoni, contrôleur général en charge de la direction de la Sûreté publique.


