À peine 25 ans et déjà cheffe à l’Hôtel de Paris. Qui est Yasmina Hayek ? Cette jeune femme aussi passionnée qu’ambitieuse s’est confiée à nous, quelques jours après l’ouverture de son restaurant Em Sherif à Monaco, le 2 avril dernier
Après avoir goûté ses plats, difficile de croire que Yasmina s’apprêtait à faire autre chose que de la cuisine au moment de choisir son orientation professionnelle. « Quand j’étais petite, j’adorais la science et je voulais être médecin », se confie la jolie brune au sourire communicatif. Heureusement pour nous, sa passion pour la gastronomie était plus forte… Son histoire d’amour avec la cuisine, elle la doit à sa mère, Mirelle. Une femme talentueuse et persévérante qui a ouvert son premier restaurant au Liban sous les encouragements de ses proches. « À la maison, l’art de recevoir était primordial. Ma mère organisait de grandes soirées à thème, c’est elle qui cuisinait tout, de A à Z. » Sa mère, son modèle de réussite, l’a confortée dans son choix. « Je suis quelqu’un d’extrêmement sociable. J’aime les gens, l’art, la bonne nourriture, les voyages, et je trouve que c’est le métier qui combine tout cela en même temps ».
« Alors que j’étais acceptée en médecine, j’ai été faire mes études à l’Institut Paul Bocuse. J’ai ensuite travaillé avec Mathieu Pacaud et Jean-Francois Piège »
Formée avec l’élite à l’Institut Paul Bocuse
En quête de perfection, Yasmina n’a pas hésité à quitter le Liban pour l’Europe, le temps d’aiguiser ses couteaux dans quelques maisons françaises et danoises. « Alors que j’étais acceptée en médecine, j’ai été faire mes études à l’Institut Paul Bocuse. J’ai ensuite travaillé au Geranium à Copenhague (restaurant 3 étoiles au Guide Michelin), mais aussi avec Mathieu Pacaud et Jean-Francois Piège ». Le Liban, Yasmina l’a dans le sang. « J’ai vite réalisé que je ne prenais pas de plaisir à faire une cuisine qui ne soit pas libanaise. C’est pourquoi, je me suis concentrée sur Em Shérif (1) créé par ma mère en 2011, et nous avons rapidement décidé d’exporter le concept grâce aux franchises. Em Sherif est aujourd’hui présent à Londres, dans le magasin de luxe Harrods, et un peu partout dans le monde. » Après l’explosion à Beyrouth, la jeune femme reprend des études en Food Design à Milan pour élargir sa vision du métier. Parce qu’on mange d’abord avec les yeux, et cela n’a jamais été aussi vrai qu’à Em Sherif.
« À la maison, l’art de recevoir était primordial. Ma mère organisait de grandes soirées à thème, c’est elle qui cuisinait tout, de A à Z »



Un mélange de tradition et de créativité
À Em Sherif, les goûts sont authentiques. « On ne réinvente pas la roue, on la perfectionne », aime dire Yasmina. À la carte du menu dégustation de 14 plats, vous apprécierez un houmous dont la préparation demande trois jours de travail, des chaussons feuilletés au fromage et aux olives avec une touche de menthe, baptisé briwat jibneh, ou encore un caviar d’aubergine nommé muttabal, composé d’aubergines fumées, de tahini, de grenade et d’huile d’olive extra vierge. Parmi les entrées vous découvrirez aussi les yalanji : des feuilles de blettes farcies de riz, de tomate, de persil ainsi qu’un succulent boulgour à la tomate. La Principauté a également inspiré des mezze spéciaux comme le filet de bar aux agrumes, appelé samak tajine. Le tout est accompagné d’un pain pita croustillant, dit fattoush. On passe maintenant aux plats avec la spécialité de Yasmina : la souris d’agneau confite, servie avec son jus infusé aux herbes : le kharouf. Et pour terminer en beauté ce voyage gourmand, la cheffe propose notamment un baklava, une pâtisserie constituée de fines feuilles superposées, qui se savoure avec une onctueuse glace à la pistache. Pensez en fin de repas à demander un café blanc : une boisson chaude très populaire au Liban, à base d’eau de fleur d’oranger. Et comme son nom ne l’indique pas, elle ne comporte pas le moindre grain de café !

Mère et fille derrière les fourneaux
Mère et fille enfilent le tablier et collaborent dans les cuisines d’Em Sherif Monte-Carlo. Pendant plusieurs mois, elles donneront l’impulsion aux cuisiniers. Et si aucun d’entre eux n’est libanais, tous ont pris leur valise direction Beyrouth pour une formation de deux semaines. Quant à la collaboration entre les deux femmes, elle n’a pas toujours été évidente. « À mon retour, on n’était pas toujours d’accord. J’avais un goût beaucoup plus européen, et au Liban, on aime les saveurs prononcées. On me disait : « ça n’a pas de goût ce que tu fais, renforce, renforce, renforce ! » Là on a trouvé un équilibre. J’apporte le côté européen, et ma mère le côté traditionnel. On forme vraiment une bonne équipe ».
(1) Em Sherif signifie « Maman de Sherif ». Sherif est l’un des quatre enfants de Mirelle Hayek.
Em Sherif Monte-Carlo. Hôtel de Paris Place du Casino, 98000 Monaco. Réservations : +377 98 06 88 75. Comptez 140 euros le menu découverte. Le restaurant est ouvert du mercredi au dimanche de 12h15 à 15h30 et de 19h à 23h30.
