Elle s’appelait Maëva Frossard et avait 32 ans. Cette Genevoise, résidant dans les Vosges et mère de quatre enfants, était plus connue des près de 200 000 internautes qui la suivaient sous le pseudonyme de MavaChou. Depuis 2015, elle s’était lancée dans la diffusion de sa vie de famille via des vidéos Youtube. Une frénésie d’images et de placements de produits qui rapporte gros à la famille. Mais qui finit aussi par la briser…
Avec son ex-mari Adrien, Maëva met en scène pendant plusieurs années leur vie quotidienne avec les 4 enfants qu’ils ont eus ensemble. Elle montrait ses courses, ses repas ou encore les “unboxing” partagés avec ses enfants — des déballages de colis sponsorisés et rémunérés. C’est ainsi que des dizaines de milliers d’internautes, “leur communauté” — comme aiment à les appeler les influenceurs — entrent dans leur quotidien. Cette médiatisation intense apporte ses bénéfices mais aussi ses risques. Puisqu’avec le pic d’abonnés arrive un nouveau profil de suiveurs : des personnes qui se moquent d’elle, font des remarques acerbes sur son mode de vie et ses vidéos. Ceux qu’on appelle plus communément des “haters”. Cette vague de méchanceté atteint son apothéose lors de la séparation du couple en 2020, une nouvelle fois mise en scène face caméra. Pour la jeune femme, la descente aux enfers ne fait que commencer. Totalement “addicts” aux réseaux sociaux, les deux ex-amoureux s’écharpent par vidéos interposées et entraînent avec eux leurs propres soutiens. Chacun choisissant son camp.

Après l’annonce de sa mort, le parquet d’Épinal a confié à la gendarmerie une enquête pour éclairer un contexte de harcèlement moral qui aurait pu conduire Maëva à mettre fin à ses jours. Pour l’avocat de son nouveau compagnon, Me Stéphane Giuranna, il n’y a aucun doute : il s’agit tout bonnement « d’un homicide des temps modernes »
Un homicide des temps modernes
Un cyber-harcèlement en règle se met en route qui entraîne une vague de haine totalement démesurée d’internautes masqués. Entre 2020 et 2021, Maëva porte plainte à cinq reprises pour “harcèlement” ou “diffamation”. Mais ce, en vain. Le 22 décembre 2021, à 32 ans, elle choisit de mettre fin à ses jours. « Internet, c’est indélébile, résumait-elle. Ça ne s’effacera pas ces commentaires. » Cette phrase extraite du dernier entretien qu’elle a choisi d’accorder 15 jours avant son décès à un journaliste de l’émission Sept à Huit, diffusée sur TF1, résonne fortement a posteriori. Après l’annonce de sa mort, le parquet d’Épinal a confié à la gendarmerie une enquête pour éclairer un contexte de harcèlement moral qui aurait pu conduire Maëva à mettre fin à ses jours. Pour l’avocat de son nouveau compagnon, Me Stéphane Giuranna, il n’y a aucun doute : il s’agit tout bonnement « d’un homicide des temps modernes ».
« Il faut que les gens comprennent que cette lâcheté derrière l’écran, c’est à chaque fois une gifle […], un acte de violence »
Lâcheté derrière l’écran
« Quand vous frappez quelqu’un en permanence, quand vous giflez quelqu’un jour et nuit des milliers de fois, il arrive quoi à un moment donné ? Il arrive un décès. Il faut que les gens comprennent que cette lâcheté derrière l’écran, c’est à chaque fois une gifle […], un acte de violence », a réagi le conseil auprès de TF1. Cette haine en ligne, la trentenaire ne l’a pas supportée. Son ex-compagnon, mis en cause pour l’avoir en partie attisée, nie les faits et poursuit ses vidéos sur Youtube. Cette affaire a en tout cas créé l’émoi auprès des internautes et de certains influenceurs qui dénoncent le cyber-harcèlement dont ils s’estiment victimes. Mais cette affaire montre aussi d’une certaine façon le revers de la médaille d’une médiatisation internet forcenée et qui permet à des anonymes de donner gratuitement leur opinion, presque sans risque. En effet, seulement quelques heures après la mort de la jeune femme, des centaines de comptes d’utilisateurs qui avaient diffamé et insulté en ligne la Youtubeuse avaient été supprimées…
