Evoqué il y a un an en séance de budget rectificatif, le projet de métro Nice-Monaco verra-t-il le jour ? C’est la question posée par l’élu Union Monégasque, Jean-Louis Grinda, au gouvernement. Le débat a aussi permis d’en savoir plus sur le projet de transport collectif en site propre (TCSP) initié en principauté depuis de nombreuses années mais actuellement en sourdine. L’Observateur de Monaco fait le point.
C’était l’étonnante surprise des débats entourant le budget rectificatif 2020. À l’époque, en octobre 2020, interrogé par l’élu Union Monégasque, Jean-Louis Grinda, au sujet du projet de TCSP à Monaco (transport collectif en site propre), le conseiller de gouvernement à l’équipement, Marie-Pierre Gramaglia, avait pris le temps d’expliquer cette nouvelle idée de mobilité entre Nice et Monaco. « C’est un projet qui partirait de Nice Riquier pour arriver directement à Monaco en passant normalement sous le terrain de la Brasca. Ce projet ne nécessite pas une expropriation du tréfonds. Bouygues et Vinci travaillent dessus et ont déjà des projets structurés qui doivent nous être présentés et qui remettraient peut-être en cause la création du transport collectif en site propre (TCSP) », avait-elle lancé sous le regard surpris des conseillers nationaux. « En séance publique, nous étions tous étonnés. Néanmoins, ce n’est pas une mauvaise idée pour peu que l’on trouve les moyens de le faire et comment on le fait », a rappelé Jean-Louis Grinda, un an plus tard, jeudi 7 octobre en séance d’ouverture des débats liés au budget rectificatif 2021. Face à Céline Caron-Dagioni, qui a été nommée cet été à la place de Marie-Pierre Gramaglia, le conseiller national d’opposition a redemandé des éclaircissements sur ce projet de métro souterrain. « C’est un projet assez important pour qu’on en parle en séance publique puisqu’il a été évoqué par le gouvernement et que nous l’avons découvert ici sur le siège. Madame, avez-vous des nouvelles à nous donner ? »
« Par expérience, je sais qu’il vaut mieux compter sur des projets que l’on peut maîtriser à 100 % parce qu’ils sont totalement sur le territoire de la Principauté. Le sujet du métro est d’une telle complexité économique, technique et politique… »
« Un sujet éminemment complexe qui concerne deux pays »
Le conseiller-ministre s’est montrée alors un peu embarrassée. « Effectivement, il y a des questionnements qui émergent aujourd’hui sur ce sujet. Pour le métro dont vous parlez entre Nice et Monaco, cela implique également des relations et des accords avec le pays voisin. Et aujourd’hui, je ne me prononcerai pas sur ce terrain-là parce que je n’ai pas d’élément permettant de vous donner une réponse fiable, précise et quantifiable. C’est une idée qui a émergé mais qui n’est pas une nouvelle idée. C’est un sujet éminemment complexe qui concerne deux pays et qu’on ne peut pas prendre comme ça en vous faisant des annonces aujourd’hui qui ne seront liées qu’à nos propres volontés », a-t-elle expliqué. Le ministre d’État, Pierre Dartout, a alors soutenu le membre de son gouvernement dans ses explications. « Je me rappelle de la séance à laquelle vous faites allusion et il avait été présenté des projets qui n’émanent pas du gouvernement, a-t-il légèrement rétropédalé. En fait, il n’y a pas un mais deux projets entre Nice et Monaco par le métro avec je crois deux tracés différents. Un tracé qui suivrait le littoral, peut-être pas exactement la ligne de chemin de fer mais pas loin. Et puis, un autre tracé qui monterait un peu plus haut puisqu’il était question aussi de desservir le site de la Brasca. »
« L’idée globale n’est pas à balayer d’un revers de main »
Un an après, on comprend surtout que le projet en est encore au point mort. Il faut dire que les contraintes et la complexité du dossier ne jouent pas en faveur d’une résolution rapide, bien que la proposition soit saluée par les élus. « Je voulais juste prendre date avec vous sur ce dossier important. À titre personnel, je trouve que cet énorme projet de métro est quelque chose d’extrêmement important. Effectivement, nous ne sommes pas seuls. La France est là. Mais ce n’est pas le seul sujet où nous travaillons avec la France. On sait que l’on peut débloquer des choses. Si de grands industriels s’intéressent à ça et si nous y trouvons notre avantage — même avec un coût conséquent — peut-être cela est-il intéressant. L’idée globale n’est pas à balayer d’un revers de main », a argumenté Jean-Louis Grinda. « Ce n’est pas encore tout à fait maintenant qu’on peut en parler parce que nous travaillons pour l’instant aux choses qui sont maîtrisables dans nos frontières. S’il y a des possibilités d’améliorer la situation au-delà de nos frontières, évidemment nous y réfléchissons. Nous n’avons pas toute la latitude pour le décider seul », a souhaité simplement rappeler Céline Caron-Dagioni.

Contraintes et objectifs poursuivis
En effet, au-delà des frontières monégasques, on a déjà connu d’autres dossiers de mobilité se concrétiser seulement après de très longues années. À l’image du tunnel descendant Albert II reliant le Jardin exotique au quartier de Fontvieille, ouvert depuis juillet 2016, dont les travaux avaient duré 4 ans et demi. Mais qui avait nécessité de longues années de débats et de négociation avec les autorités françaises. L’entrée et la sortie étant certes situées en territoire monégasque, mais tout le reste du parcours s’effectuant sous les tréfonds du territoire français. Sans oublier l’immense défi technique que représenterait le creusement d’un métro souterrain. « Je crois qu’il faut replacer l’ensemble du dossier dans un certain nombre de contraintes ou d’objectifs. Premièrement, quelle est la bonne solution à la fois pour desservir Monaco en ce qui concerne les salariés qui vivent en dehors de Monaco et quelle est la bonne desserte pour la circulation intérieure à Monaco. Deuxième question qui est importante aussi, celle de voir quelle est la solution qui sur un plan environnemental est la plus intéressante. Troisième question, le coût de la solution. Car un métro de 9,5 km, comme cela avait été envisagé un moment, entre Nice et Monaco, cela coûte beaucoup d’argent », a souligné Pierre Dartout.
« Le transport des marchandises permettrait de gagner la bataille du dernier kilomètre, et donc également de désengorger l’entrée de Monaco avec les camions qui viennent livrer ici en principauté »
« Ce métro serait à 99 % sur un territoire qui n’est pas le nôtre »
« Nous avons une série d’options possibles. Il faut voir celle qui est la plus intéressante au regard du nombre de salariés venant actuellement à Monaco et du nombre possible dû à l’augmentation du nombre de salariés, ainsi que leur lieu de résidence à Nice. Toutes ces contraintes méritent d’être analysées de façon assez précise. L’aspect budgétaire étant un aspect qui comptera beaucoup dans la décision finale », a ajouté le ministre d’État. En clôture du débat, c’est le président de l’hémicycle, Stéphane Valeri, qui a souhaité prendre la parole. « Par expérience, je sais qu’il vaut mieux compter sur des projets que l’on peut maîtriser à 100 % parce qu’ils sont totalement sur le territoire de la Principauté, a-t-il entamé. Le sujet du métro est d’une telle complexité économique, technique et politique… Il serait donc à 99 % sur un territoire qui n’est pas le nôtre. On peut en parler, ça peut même égayer de temps en temps ces prochaines années. À mon avis, c’est un sujet dont on peut reparler pendant deux ou trois mandats successifs encore. Ça fait rêver c’est sûr, mais quand je vois la difficulté que l’on a à prendre des décisions complexes certes, mais qui ne dépendent que de la Principauté, je pense que ce sujet-là, nous ne sommes pas prêts de ne plus en parler. »
« Le TCSP n’est pas annulé »
Autre sujet d’achoppement annexe : celui du fameux TCSP (transport collectif en site propre) évoqué presque à chaque séance du Conseil national et dont les élus ne voient toujours pas les contours. Le pensant envoyé « aux oubliettes », Jean-Louis Grinda a mobilisé — sans vraiment le faire exprès — le gouvernement sur cette autre possibilité de mobilité intra-muros cette fois. « Ce n’est pas un projet qui est abandonné, a certifié Céline Caron-Dagioni. Le TCSP n’est pas annulé. Il n’y a pas de ligne budgétaire à ce sujet aujourd’hui parce qu’il y a des phases préalables à la construction de l’îlot Charles III et qu’il n’y a pas lieu de noter des inscriptions budgétaires. » Tout comme Jean-Louis Grinda, le gouvernement princier y voit une option pour gagner la bataille du dernier kilomètre de livraison de colis qui fait circuler énormément de camions en principauté. « Le transport des marchandises permettrait de gagner la bataille du dernier kilomètre, et donc également de désengorger l’entrée de Monaco avec les camions qui viennent livrer ici en principauté », a vanté l’élu Union Monégasque.
« C’est aujourd’hui dans le cahier des charges du nouvel îlot Charles III à l’intérieur et dans les sous-sols. La livraison du dernier kilomètre est quelque chose qui est prévue dans l’îlot Charles III de manière à pouvoir avoir une réception logistique permettant ensuite à partir de cet endroit de livrer les différents points de Monaco et d’éviter ces cheminements de différents camions », a affirmé le conseiller-ministre à l’équipement. « Pour la question de la desserte de Monaco entre Saint-Roman et Fontvieille, nous avons l’hypothèse du TCSP qui n’est pas abandonnée », a rajouté le ministre d’État. « Le TCSP est un problème monégasco-monégasque qui est un vieux sujet de débat dans cette enceinte. Mais il ne peut régler qu’une partie du problème car il n’est qu’intra-muros. Toutefois, c’est un sujet qui va bientôt être d’actualité car on y arrive à ce fameux îlot. Nous allons enfin pouvoir décider et prendre les bonnes décisions ou pas. On verra les enjeux, le coût et les faisabilités techniques. Mais enfin, c’est à la portée de la Principauté. Ça dépend de la volonté des autorités de Monaco. Nous y sommes plutôt favorables, sous réserve qu’il n’y ait pas de grosses difficultés ou que les sommes engagées ne soient pas disproportionnées par rapport aux bienfaits qu’on peut en espérer », s’est quant à lui prononcé Stéphane Valeri.
