Conséquence de la crise sanitaire, dégâts liés à la tempête Alex, problèmes migratoires à la frontière… Vintimille a dû traverser et traverse encore de lourdes épreuves. La maire Gaetano Scullino espère que le nouveau port Cala del Forte et le futur projet immobilier Borgo del forte situé juste au-dessus, vont constituer un réel souffle, économique, social et touristique pour sa ville.
Le maire de Vintimille, Gaetano Scullino, ne s’en cache pas… « C’est un rêve qui se réalise pour la ville. » La création du port Cala Del forte sous la houlette des Ports de Monaco, est un nouvel élan à bien des égards pour la ville qu’il administre. Économique, social, touristique, mais aussi psychologique. Car le moral des habitants de cette cité italienne a été très longtemps en berne. Et pour cause. Vintimille a accumulé des épreuves de taille : le coronavirus qui, rappelons-le, a durement frappé le nord de l’Italie dès février 2020, mais aussi la tempête Alex, en octobre 2020, qui a dévasté une bonne partie de la cité. Sans oublier la question des migrants, on ne peut plus complexe à gérer au quotidien. « La tempête Alex a causé 45 millions d’euros de dégâts à la ville. Nous avons été enfermés deux ans à la maison à cause du Covid, sans oublier la gestion des migrants dont nous payons le prix fort, énumère Gaetano Scullino, qui fut maire de 2007 à 2012, puis réélu en 2019. Soit il faut amener ici la Madone de Lourdes, soit il faut amener Vintimille à Lourdes. Ces deux dernières années, rien ne nous a été épargnés. Vintimille a beaucoup souffert et souffre encore. »
Vintimille a accumulé des épreuves de taille : le coronavirus qui, rappelons-le, a durement frappé le nord de l’Italie dès février 2020, mais aussi la tempête Alex, en octobre 2020, qui a dévasté une bonne partie de la cité
« Les habitants attendaient cela depuis 100 ans »
Si le miracle (économique en tout cas) ne viendra sans doute pas de Lourdes, le coup de pouce pour rebooster la ville et le moral des troupes viendra peut-être de Cala del forte. Le 2 juillet dernier, lors de l’inauguration de la marina monégasque, le maire italien ne cachait d’ailleurs pas son plaisir d’être là, et de voir qu’un projet d’envergure pourrait enfin dynamiser sa ville. « Les habitants attendaient cela depuis 100 ans. Vintimille était la seule ville de 30 000 habitants de la mer Ligure et de la mer Tyrrhénienne qui n’avait pas de port », nous rappelle-t-il. Cette “anomalie” maritime à ses yeux est donc désormais résolue… Pour la petite histoire, les nouvelles cartes nautiques incorporant désormais le port Cala del Forte sont d’ailleurs en cours de finalisation. « Un ami à moi, amiral, travaille sur ce point. Elles verront le jour d’ici la fin du mois de septembre », se réjouit encore le maire italien.

« Les habitants attendaient cela depuis 100 ans. Vintimille était la seule ville de la mer Ligure et de la mer Tyrrhénienne de 30 000 habitants qui n’avait pas de port »
La proposition monégasque, une évidence
Comment s’est alors déroulée cette opération entre la cité Ligure et la Principauté ? Lorsque la question du rachat du port s’est posée, l’ancienne municipalité italienne (celle du maire Enrico Iuliano) avait deux propositions sur la table. L’une d’un groupe anglais. L’autre des Ports de Monaco. Assez naturellement, c’est la proposition monégasque qui s’est vite imposée. C’était en 2017. « L’ancienne municipalité a choisi Monaco, et elle a eu, bien sûr, raison, rajoute Gaetano Scullino. Car nos liens avec la Principauté sont forts. Tous les matins, 5 000 habitants de Vintimille et des alentours vont travailler à Monaco. Et le prince Albert a toujours eu de l’affection pour notre ville et réciproquement. » Pour la cité italienne, ce projet a aussi été considéré comme une véritable aubaine économique mais aussi sociale, car il sera nécessairement pourvoyeur d’emplois. « 30 postes de travail ont déjà été pourvus. Avec l’ouverture du chantier naval, la distribution de carburant et avec la quasi quarantaine de locaux commerciaux présents sur place, 200 postes de travail seront crées. »
Rénover la veille ville
Ce port est aussi l’occasion de redonner un coup de jeunesse à la vieille ville. Si la partie monégasque a financé la rénovation des abords immédiats du port, la commune italienne tente aussi de son côté de mettre les bouchées doubles pour rénover Ventimiglia Alta. Les dirigeants monégasques sont d’ailleurs convaincus que le cachet et le côté « pittoresque » de cette partie historique fera son petit effet. « Cette partie de la ville est d’une beauté extraordinaire. La commune est en train, petit à petit, maison par maison, de tout rénover. C’est un petit bijou en devenir. Cela prendra du temps, mais un travail énorme a été entamé par la mairie », nous assurait il y a quelques années Aleco Keusseoglou. « La vieille ville a commencé à être rénovée, assure de son côté le maire Gaetano Scullino. Mais il y a encore beaucoup à faire. » Là encore, l’édile italien attend beaucoup du futur projet immobilier, Borgo del forte (voir article par ailleurs) qui apportera un dynamisme économique mais aussi une touche luxe à cette ville fragilisée.
Au-delà des dégâts dans la cité elle-même, la tempête Alex a aussi interrompu les liaisons avec Cuneo. « Les habitants ne peuvent plus descendre ici. Il n’y a ni trains, ni route. La clientèle du bas Piémont représente 35 % de nos clients. C’est un vrai manque à gagner. Heureusement, les Français sont de retour »

Tempête Alex « Vintimille a été immergé par 1,5 mètre de boue »
Au premier coup d’œil, Vintimille semble s’être remise des ravages de la tempête Alex… Mais dans les esprits, on sent que la vague de boue qui a déferlé en octobre 2020 sur Vintimille et qui a noyé le cœur de la cité italienne, ses commerces, ses garages et ses caves, a traumatisé ses habitants. « Vintimille a été immergé par 1,5 mètre de boue. 4 000 personnes se sont mobilisées pour nettoyer la ville. Ce fut un travail énorme », nous confie Gaetano Scullino. Le seul stigmate visible (en tout cas en surface) de cette tempête, est la passerelle piétonne qui relie le jardin public à la vieille ville. Celle-ci a tout bonnement disparu, emportée par les eaux. Pour la voir à nouveau opérationnelle, il faudra, selon le maire, attendre encore deux ans et déboursé 6,5 millions d’euros. « La passerelle est tombée depuis de longs mois et nous en sommes toujours aux projets exécutifs », regrette Gaetano Scullino. Car les lenteurs administratives qui sont, selon le maire un sport national en Italie, retardent souvent la finition des projets. « Mon collègue maire Jean-Claude Guibal à Menton a construit 200 places de parking devant le port. Il lui a fallu une année, sans difficultés. En Italie, il aurait fallu 10 ans, s’amuse-t-il. Ce pays est expert en complication de choses simples. Il est très difficile de l’administrer. » Au-delà des dégâts dans la cité elle-même, la tempête Alex a aussi interrompu les liaisons avec Cuneo. « Les habitants ne peuvent plus descendre ici. Il n’y a ni trains, ni route. La clientèle du bas Piémont représente 35 % de nos clients. C’est un vrai manque à gagner. Heureusement, les Français sont de retour », indique-t-il. Effectivement, longtemps absents en raison du confinement et des restrictions de déplacement, les Mentonnais et les résidents monégasques, clientèle précieuse pour ces commerçants italiens, reviennent peu à peu à Vintimille faire leurs emplettes, notamment dans le très bien achalandé Mercato dei fiori. « Les commerçants ont beaucoup pleuré. Mais peu à peu, ils retrouvent un peu le sourire », nous confie Gaetano Scullino.
« En tant que maire, je peux faire des trottoirs neufs, de nouveaux jardins, nettoyer la ville, faire des voies piétonnières, embellir la cité, mais la problématique des migrants, que puis-je faire à mon niveau pour la résoudre, si ce n’est pas l’Europe qui s’en occupe ? »

Migrants « Un sentiment d’insécurité règne dans la ville »
Si la tempête Alex fut un coup dur pour le maire de Vintimille et les habitants, une autre problématique touche cette ville frontalière et ce, de manière quotidienne depuis des années. Celle des migrants et des passeurs. Dans les propos du maire Gaetano Scullino — réélu en 2019 avec le soutien de la Lega de Matteo Salvini — on sent un sentiment d’impuissance. « En tant que maire, je peux faire des trottoirs neufs, de nouveaux jardins, nettoyer la ville, faire des voies piétonnières, embellir la cité, mais la problématique des migrants, comment puis-je faire à mon niveau pour la résoudre, si ce n’est pas l’Europe qui s’en occupe ?, nous indique-t-il. Lorsque j’ai été réélu maire, en 2019, il y avait une cinquantaine de migrants. La situation était encore gérable. Le ministre Salvini avait alors durci les conditions. Aujourd’hui, il y en a 300. Tous les matins, la France nous renvoie tantôt 100, tantôt 70, tantôt 120 migrants qui ont réussi à passer la frontière durant la nuit. Ils sont interceptés à Nice ou à Menton. Ils leurs demandent d’où ils viennent. Ils répondent d’Italie et ils sont renvoyés dans des fourgons jusqu’à la frontière San Luigi. » Depuis fin juillet 2020, la situation s’est tendue car les autorités de la province d’Imperia ont démantelé le Campo Roja qui accueillait les migrants depuis 2016. Beaucoup ont été, et sont encore livrés à eux-mêmes dans les rues. Dès la fermeture de ce camp, les associations ont aussitôt crié au désastre humanitaire. « Aujourd’hui, effectivement les migrants errent dans la rue, dorment dans les jardins, sur les bancs, sur les plages, à la gare. C’est pourquoi nous envisageons de refaire un camp d’identification. Nous devons encore en parler avec le préfet. Mais je ne vous cache pas qu’un accord politique sera difficile à trouver pour définir le lieu d’implantation car personne n’en veut », répond tout de go le maire italien. Si selon Gaetano Scullino, « la délinquance n’a pas augmenté dans la cité italienne » en raison de cette immigration, cette situation « est compliquée pour l’image de Vintimille », indique-t-il. La population ressentirait également « un sentiment d’insécurité. »
