Jean-Louis Grinda a toujours exprimé sa ferme opposition à l’instauration de la reconnaissance faciale en Principauté.
L’élu Union monégasque redoute les intrusions malveillantes de tiers dans ce système, et demande — si cette technologie est instaurée — qu’elle soit très encadrée, comme pour la mise sur écoute téléphonique.
Vous êtes l’un des premiers au Conseil national à avoir exprimé votre grande inquiétude concernant l’instauration de la reconnaissance faciale en Principauté. Votre réticence est-elle toujours aussi vive ?
Je suis au-delà du réticent… Je suis clairement contre l’instauration de cette technologie à Monaco. Pour des raisons à la fois morales et philosophiques. Je crains que la reconnaissance faciale soit une atteinte forte aux libertés individuelles. Avec la crise sanitaire, il y a eu déjà dans le monde entier des mesures de restriction des libertés publiques. Port du masque, confinement total ou partiel, fermeture administrative de certains lieux… Ces mesures sont bien sûr justifiées, mais l’on ne va pas rajouter à cela de la reconnaissance faciale. Nous verrons ce que contient le projet de loi gouvernemental sur ce sujet, mais je pense que les débats dans l’hémicycle seront extrêmement serrés.
Justement, le projet de loi du gouvernement est censé encadrer l’utilisation de cette technologie. Que préconisez-vous dans ce domaine ?
A l’extrême limite, si l’on envisage d’instaurer la reconnaissance faciale à Monaco, il faut qu’il y ait, à mon sens, des contrôles extrêmement rigoureux qui ne peuvent être inférieurs à la procédure mise en place pour les écoutes téléphoniques. Ou alors, il faut mettre cela entre les mains d’un juge… Il faut également que la CCIN soit consultée et que son avis soit pleinement écouté.
Craignez-vous que l’État et la police en fassent un usage intrusif qui menace les libertés individuelles et la vie privée des résidents monégasques ?
L’État monégasque n’a évidemment pas vocation à devenir un État totalitaire. Ce n’est pas du tout le mauvais usage que l’on en ferait sur place que je redoute. En revanche, je crains que des tiers pénètrent le système et fassent de la reconnaissance faciale sur des personnes qu’ils voudraient eux-mêmes suivre. Qui peut garantir que le système ne sera pas pénétré de l’extérieur à des fins malveillantes ? Qui vous dit que cette technologie est parfaitement étanche ? Qui peut assurer que ces données ne seront pas piratées en Principauté ? Personne. Le risque zéro, en particulier dans ces domaines technologiques, n’existe pas. Rappelons que des hackers sont rentrés dans les systèmes les plus protégés que sont la NASA, la CIA, le FBI, ou encore le Pentagone aux Etats-Unis…
Que répondez-vous à ceux qui mettent en avant le fait que cette technologie est un outil de prévention qui permettrait d’anticiper des faits de délinquance et la menace terroriste ?
En m’exprimant contre la reconnaissance faciale, certains diront que je ne suis pas favorable à ce qu’il y ait plus de sécurité à Monaco. Ce n’est pas vrai. C’est un faux procès que l’on me ferait en disant cela. Je suis bien sûr favorable aux caméras de vidéosurveillance qui surveillent la voie publique. En revanche, rappelons tout de même quelques chiffres. En 2020, Richard Marangoni, le directeur de la Sûreté publique a indiqué qu’il y avait eu 60 faits de délinquance sur la voie publique. Les autres années, les chiffres sont extrêmement bas également. Est-ce véritablement nécessaire d’instaurer la reconnaissance faciale lorsque l’on voit ces chiffres ? Si sous prétexte que tout est dangereux, on interdit tout et on surveille tout, on va vivre un enfer… Le chef de l’État a toujours fait preuve de discernement dans ses choix relatifs aux libertés publiques. Il n’y a pas de raison que cela change. C’est le rôle d’un conseiller national d’apporter sans crainte ni tabou sa part à l’édifice législatif.
