mercredi 15 avril 2026
plus
    AccueilInfosNicolas Matile-Narmino : « Les résidents et les pendulaires ont sauvé les commerces ...

    Nicolas Matile-Narmino : « Les résidents et les pendulaires
    ont sauvé les commerces  de Monaco»

    -

    Nicolas Matile-Narmino, président de l’Union des commerçants et artisans de Monaco (UCAM) livre son analyse sur la situation actuelle des commerçants du Rocher et sur l’état global du commerce monégasque affaibli par la crise sanitaire.

    Les commerçants du Rocher sont très durement impactés par la crise sanitaire : qu’avez-vous comme retour de terrain de leur part ?

    Tout le monde peut imaginer le niveau de détresse des commerçants du Rocher malgré les aides gouvernementales généreuses qui leur sont accordées. Ils enregistrent une baisse de 80 %, voire 90 %, de leurs chiffres d’affaires. La problématique principale est que cette détresse va s’inscrire sur du temps long, puisqu’ils sont extrêmement dépendants du tourisme international. Au printemps, il ne va pas y avoir grand monde. Cet été, il y aura peut-être un petit sursaut avec des visiteurs européens. Mais nous réalisons — et le gouvernement l’a bien compris aussi — que ce marasme va durer. Les commerçants sont sous perfusion. Le jour où l’on enlève cette perfusion, ils meurent. Il faut donc créer un choc.

    Comment expliquez-vous que les résidents de la Principauté boudent autant ce quartier et comment y remédier ?

    Nous avons essayé plusieurs actions pour attirer des locaux sur place, comme Les jeudis du Rocher (1), mais je ne pense pas, malheureusement, que l’on arrivera à en faire un quartier populaire pour les résidents monégasques. Monaco-Ville reste un quartier typé tourisme de masse, et tourisme de passage. Mise à part pour un ou deux restaurants, pour quelles raisons les résidents monteraient sur le Rocher ? Les boutiques présentes sont surtout susceptibles d’intéresser des visiteurs qui viennent découvrir Monaco pour une journée ou une demi-journée. Une autre question de fond se pose : ces commerçants et ces restaurateurs ont-ils une offre adaptée aux résidents et à une clientèle locale ? Cela mérite une vraie réflexion.

    Que suggérez-vous pour redynamiser ce quartier mourant à court, moyen et long terme ?

    La problématique est qu’il faudrait des solutions rapides car ils sont condamnés à court terme… Or, pour redynamiser un quartier comme celui-ci, et pour le rendre moins dépendant de la clientèle internationale, il faut du temps. La rue d’Antibes à Cannes par exemple a mis 15 ans à être restructurée… Cela fait également 20 ans que l’on demande au gouvernement de réfléchir à un urbanisme commercial cohérent et équilibré dans chaque quartier. Penser Monaco comme un centre commercial à ciel ouvert. Il y a des personnes dont c’est le métier.

    Installer une, ou des enseignes plus attractives sur le Rocher, n’est-ce pas une solution pour drainer plus de monde et notamment des locaux ?

    J’ai effectué un grand tour de France cette année, notamment dans toutes les villes extrêmement touristiques de la côte Atlantique. J’ai noté que dans tous les cœurs de ville qui ont été restructurés, des marques locomotives ont été implantées. Pourquoi ne pas imaginer des enseignes de type Häagen-Dazs, Starbucks, Uniqlo, ou encore Superdry, à Monaco-Ville. Cela attirerait incontestablement plus de monde. En revanche, il est évident que pour que ces enseignes viennent sur le Rocher, il faut les y encourager. Elles ne viendront pas d’elles-mêmes. Dans la restauration aussi, on pourrait imaginer que des grands groupes comme les Briatore ou les Giraudi, déjà très implantés à Monaco, ouvrent un établissement à Monaco-Ville. Ces groupes sont capables de monter des concepts. Le gouvernement pourrait les y encourager en disant : « On veut de vous là-haut. On vous aide car on souhaite que ça marche. Devenons partenaires. » Mais tout ceci ne se fait pas du jour au lendemain…

    Des commerces de rue encore en crise ?

    Plus globalement, comment se portent actuellement les commerces de rue à Monaco ?

    Le fait que le gouvernement monégasque n’ait pas fermé les commerces une deuxième fois, comme la France l’a fait, nous a clairement sauvé. L’État a pris la bonne décision. Au-delà de ce constat, les commerces ont globalement rattrapé leur retard. Du moins, leur situation ne s’est pas aggravée… Nos salariés pendulaires et nos résidents qui ont consommé à Monaco, nous ont également sauvé.

    Ce sont vraiment ces deux types de clientèle qui ont sauvé les commerçants monégasques ?

    Assurément. Étant donné que nos résidents n’ont pas pu partir, ils ont consommé en principauté. Nous avons la chance de surcroît d’avoir des clients à fort pouvoir d’achat. Quant aux salariés pendulaires qui avaient l’habitude de faire leurs courses en France, ils sont venus les faire à Monaco, car les commerces français sont restés longtemps fermés. De plus, nous avons la chance d’avoir des pendulaires qui ont aussi un fort pouvoir d’achat par rapport à la moyenne française. Ils sont 55 000 à venir quotidiennement travailler à Monaco. Ils sont donc presque deux fois plus nombreux que notre population résidente. C’est une vraie richesse.

    Comment mieux capter cette large clientèle de salariés pendulaires ?

    L’application Carlo, on a pu le constater, est un succès. Les bons cadeaux accordés aux fonctionnaires et agents de l’État ont permis de réinjecter beaucoup d’argent dans l’économie locale. Pourquoi ne pas s’appuyer sur ce système et faire la même chose avec les pendulaires ? Au mois d’avril, nous avons suggéré cette idée au gouvernement : baisser les charges sociales de 1 ou 2 % côté salarial, et les reverser sur le système Carlo. Certes, cela représente moins d’argent pour le budget des caisses sociales, mais l’avantage est que tout cet argent est réinvesti en Principauté et fait connaître nos boutiques à nos pendulaires.

    En termes de chiffre d’affaires, quelles sont en moyenne les pertes enregistrées depuis cette crise sanitaire ?

    Par rapport à mes observations de terrain — hormis le Rocher où la situation, on l’a vu, est plus grave —, en moyenne, les commerçants de rue ont perdu en 2020 entre 20 % et 30 % de chiffres d’affaires. Ils ont fini l’année entre – 10 % et – 15 %. Au Métropole et au Park Palace, je dirais que la baisse se situe plutôt entre – 30 et – 40 % , et les commerçants terminent l’année entre – 15 % et – 25 %. Pour les commerces de luxe, je ne dispose pas vraiment de chiffres.

    Nicolas Matile Narmino président de l'UCAM
    Nicolas Matile-Narmino, président de l’UCAM © Photo Iulian Giurca – L’Observateur de Monaco

    « Si l’on ne veut pas affaiblir les commerçants de la Condamine, une connexion physique avec le nouveau Centre commercial de Fontvieille devra absolument être créée. Il n’est pas question de remplir un quartier pour en vider un autre »

    Rétention locative

    Des commerces appartenant à des propriétaires privés en Principauté restent fermés durant des mois, voire des années. Comment expliquer une telle rétention locative ? Et comment y remédier ?

    Il n’y a rien de pire qu’un commerce fermé dans une rue commerçante… Bien que le propriétaire soit dans son droit, ce n’est pas juste par rapport aux autres commerçants, et ce n’est pas juste par rapport à l’État, car cette non-location représente une réelle perte d’argent. Je pense donc qu’il faut retravailler la loi 490 (2) et trouver une solution pour que les commerces fermés dans des zones commerçantes soient loués à tout prix. Si j’étais à la place du gouvernement, je ferais payer une taxe de non-ouverture aux propriétaires. Je me mettrais, certes, tous les propriétaires à dos — pourtant j’en suis un (rires) — mais je crois en cette dynamique. Nous sommes dans un microcosme et nous sommes tous interdépendants.

    Les soldes ont-elles bien marché à Monaco cette année ?

    Les soldes, cela fait 10 ans déjà que ce n’est plus ce que c’était, car il y en a désormais partout et tout le temps sur Internet.

    Vente sur internet

    En parlant d’internet, de plus en plus de commerçants monégasques envisagent de se lancer dans la vente en ligne : que pensez-vous de ce virage ?

    Avec cette crise sanitaire, tous les commerçants ont compris qu’il fallait une présence sur les réseaux sociaux, et sur les plateformes de vente. C’est un mal nécessaire. On ne luttera pas contre Amazon ou C discount. Certains commerçants qui n’y croyaient pas du tout ont créé leur site Internet. Ils montrent leur collection à leurs clients, ils livrent leur produit, le client l’essaie et le renvoie à la boutique si ça ne lui convient pas. On ne peut pas dire aujourd’hui, je suis commerçant et je ne suis pas présent sur Internet.

    Vous êtes fleuriste, et durant le premier confinement, vous avez justement réactivé votre site internet : cela a limité vos pertes ?

    Avant la crise, notre site Internet représentait seulement 1 % de notre chiffre d’affaires. C’est ridicule, mais ce site avait au moins le mérite d’exister. Durant le confinement, étant donné que nous avons dû fermer la boutique physique, Internet a donc pris le relais. Nous sommes passés de 1 à 10 % de chiffres d’affaires. Sans cette présence sur le web, j’aurais fait 0 % de chiffre.

    S’occuper d’un site de vente en ligne demande un gros investissement ?

    On se rend compte, effectivement, qu’il faut travailler ce produit comme on travaille un produit en magasin. Il faut bosser sur le site, la communication et la manière de vendre sur Internet avec autant d’attention et de rigueur que dans une boutique réelle. Un magasin virtuel requiert la même attention et le même investissement financier. En clair, tout ce que tu ne dépenses pas en loyer et en personnel, tu dois le dépenser en publicité, pour gagner en visibilité.

    Centre commercial de Fontvieille

    Le nouveau centre commercial est loin d’être achevé mais avez- vous été consulté à l’UCAM pour donner votre vision ?

    Nous avons effectivement rencontré des représentants de la Socri et nous leur avons expliqué notre préoccupation principale par rapport à ce chantier.

    Quelle est cette préoccupation ?

    Si l’on ne veut pas affaiblir les commerçants de la Condamine, une connexion physique avec le nouveau Centre commercial de Fontvieille devra absolument être créée. Il n’est pas question de remplir un quartier pour en vider un autre. Un cheminement piétonnier et des liaisons souterraines entre les deux quartiers doivent être prévus, sinon, on va nous faire mourir. Nous avons notamment demandé que des parkings soient réalisés sous le rond-point de la Place d’armes pour créer une connexion.

    Craignez-vous également que des enseignes aujourd’hui implantées par exemple à la rue Grimaldi soit tentées d’aller à Fontvieille et que cela déshabille le quartier de la Condamine ?

    Oui. On peut craindre effectivement que des enseignes comme Morgan ou encore Villeroy & Boch soient tentées de migrer à Fontvieille à l’avenir. Nous devons nous battre également contre cela. Il faut que la Condamine garde absolument des enseignes fortes pour résister.

    Quand aura lieu l’appel à candidatures pour les commerces de ce nouveau centre commercial ?

    Sans doute, un an ou un an un demi avant la fin de la réalisation du chantier. Ce n’est donc vraiment pas pour tout de suite…

    (1) Les jeudis du Rocher étaient des animations notamment musicales pour attirer des résidents.

    (2) Une loi qui concerne les baux à usage commercial industriel ou artisanal.

    -

    Les dernières news

    L’Observateur de Monaco

    Créé en 2005, L’Observateur de Monaco s’est progressivement imposé comme un rendez-vous mensuel d’information et d’analyse consacré à la vie de...

    Plongée nostalgique dans le Monaco des années 50 à 70

    C’est une immersion dans le Monaco d’hier. À travers un document baptisé Florilège d’actualités monégasques filmées par TMC, la plateforme de l’Institut audiovisuel de Monaco a exhumé des mini-reportages tournés entre 1956 et 1974 par Télé Monte-Carlo.

    Sécurité, projets pour le Devens, salles de prières, relations avec Monaco… Les propositions des candidats aux municipales de Beausoleil

    De la sécurité au réaménagement du Devens, en passant par la question des lieux de prière, les candidats aux municipales de Beausoleil déclinent leurs priorités et leurs propositions.

    La Sélection

    Jeunes diplômés à Monaco : voici les secteurs qui recrutent

    Créée en 2010, la Commission d’insertion des diplômés (CID) aide la jeunesse de la Principauté — et désormais celle des communes limitrophes — à trouver un stage, une alternance, ou un premier emploi à Monaco. Comment ces jeunes lycéens et étudiants sont-ils accompagnés dans le grand bain de la vie active ? Quels sont les secteurs d’activité qui recrutent et ceux qui embauchent peu en Principauté ? Et quel est l’intérêt des entreprises monégasques à collaborer avec cette commission ? L’Obs’ vous dit tout.

    Activités immobilières à Monaco : le grand ménage législatif

    Avec plus de 160 agences immobilières, une surreprésentation de marchands de biens, et une multitude d’intermédiaires non autorisés, une concurrence féroce et parfois déloyale se joue. Pour professionnaliser et encadrer ce secteur central de l’économie monégasque, deux textes de loi ont récemment émergé avec des mesures clés : obligation d’une résidence effective à Monaco, fin des prête-noms, mandat écrit obligatoire, ou encore carte professionnelle et formation continue. Voici ce qu’il faut retenir.

    Monaco veut défendre son image à l’international face aux critiques

    Face à des articles de presse considérés comme « dévalorisants », le gouvernement monégasque et le Conseil national souhaitent mettre en place une communication plus proactive à l’international pour défendre l’image de la Principauté.