PORTRAIT/Après sa victoire en GP2 à Monaco fin mai, le pilote monégasque Stefano Coletti espère remporter le championnat. Et s’ouvrir les portes de la F1 en 2014.
Tee-shirt, jean, baskets… A le voir, rien ne le distingue au premier coup d’œil des jeunes de son âge. A peine assis, son iPhone sonne. Un coup de fil de félicitations pour sa victoire dans les rues de Monaco le 25 mai. Un coup de fil qui n’est ni le premier, ni le dernier. Juste le temps de raccrocher et une dame s’approche : « Tu ne me reconnais pas ? Je suis une amie de tes parents. Je voulais te remercier pour ta course : c’est formidable ! » Non, Stefano Coletti ne la reconnaît pas forcément. Peu importe. Il l’embrasse. Il a le sourire. Et il espère bien le garder jusqu’à la fin du championnat de GP2, en novembre.
Sport
Chez les Coletti, le sport est presque une seconde nature. Né le 6 avril 1989 à Monaco, Stefano Coletti a une sœur, Alexandra Coletti, une skieuse qui a notamment participé aux JO d’hiver 2006 à Turin (Italie) et 2010 à Vancouver (Canada). Récemment opérée d’une hernie discale, elle se remet peu à peu. « Ma sœur a 6 ans de plus que moi, mais on s’entend super bien. » Entre sportifs de haut niveau, on se comprend…
Mais pour comprendre d’où vient cette passion pour le sport, il faut s’intéresser aux parents. Jean-Louis Coletti, 60 ans, est agent immobilier en principauté. Son épouse, Armande est une ancienne professeur d’anglais aujourd’hui retraitée. Très tôt, ce sont eux qui ont décidé d’aiguiller leurs deux enfants vers des activités physiques. Il faut dire que Jean-Louis Coletti est un passionné, qui a notamment fait pas mal de courses de off-shore. Alors que son épouse a participé à pas mal de compétitions de natation. « Ma sœur et moi, on a commencé le sport entre 2 ans et demi et 4 ans, avec le ski. Je pense que mes parents ont cherché à nous élever dans un environnement sain, tout simplement. Aujourd’hui, de plus en plus d’enfants ne font aucun sport. On voit le résultat… »
Musculation
Le ski au départ. Et puis tout le reste après. Touche-à-tout, Stefano ne s’interdit rien. Il tente, avec pour moteur la recherche du plaisir. « Par la suite, j’ai à peu près tout essayé : foot, tennis, arts martiaux, kart, basket, volley, hand… Comme j’ai une très bonne coordination, je m’adapte assez facilement, quel que soit le sport que je pratique. » Mais c’est principalement dans le foot et le kart que Stefano Coletti avoue prendre le plus de plaisir. « A 14 ans, les gens autour de moi commençaient à boire, à fumer et à sortir en boite. Moi, la seule chose à laquelle je pensais, c’était à mon sport. » Résultat, la première sortie d’ado ça sera à 17 ans, à l’occasion d’un anniversaire. Sans regrets, Coletti a trouvé sa voie avec les courses de kart pour lesquelles il donne tout. Et entre l’entraînement physique à la salle de musculation et les déplacements pour les courses le week-end, il ne reste de toute façon que très peu de temps libre.
Bac
Bien sûr, en parallèle, il faut aussi assurer un cursus scolaire. Après une classe de première spécialisée en économie et un passage en terminale, le calendrier des courses aura raison de la volonté de Coletti de passer son bac. Là encore, sans regrets. « Aujourd’hui, il existe des universités qui acceptent des étudiants sans le bac. De toute façon, j’ai commencé à travailler avec mon père à l’agence. Car depuis toujours, si ma carrière de pilote ne marche pas, j’ai prévu de travailler avec lui dans l’immobilier. »
Après le kart, Coletti enchaine les saisons mais change de catégories : Formule BMW en 2005-2006, puis Formule Renault 2.0 en 2007 et F3 en 2008-2009. En 2010, il s’aligne en World Series. Depuis 2011, c’est en GP2, que le pilote monégasque essaie de faire ses preuves. Créé en 2005, ce championnat dans lequel s’affrontent des monoplaces a remplacé la Formule 3 000 comme porte d’entrée sur la F1. Or, c’est bien évidemment la F1 qui reste l’objectif prioritaire de Stefano Coletti : « Dans la vie d’un pilote, il y a au moins 4 choses à accomplir. Gagner à Monaco en fait partie. » Et les trois autres ? « Gagner le titre de GP2, arriver en F1 et essayer d’être un jour champion du monde ! »
Panne
Pour sa première année de GP2, Coletti se lance avec l’écurie Trident. Trois victoires au compteur, les débuts sont prometteurs. D’ailleurs, Trident occupe les premières places avant qu’un accident spectaculaire à Spa-Francorchamps (Belgique) mette fin à cette bonne dynamique, à deux courses de la fin du championnat. « Il pleuvait beaucoup, on ne voyait rien. Le pilote juste devant moi a été victime d’une panne de son moteur. Je suis arrivé au fond de la ligne droite à 250 km/h et je suis rentré en plein dedans. » Un vol plané plus tard, le bilan tombe : trois vertèbres cassées. Saison terminée.
En 2012, les premières courses se passent mal. Coletti cours chez Coloni, une écurie italienne qui a participé au championnat du monde de F1 de 1987 à 1991. Une écurie qui a pourtant enregistré de bons résultats en 2011 et avec qui les essais se passent bien.
Maldonado
Mais pendant la saison, les soucis s’accumulent. Notamment de grosses difficultés pour s’adapter aux nouveaux pneus. Du coup, à deux courses de la fin, Coletti abandonne et rompt son contrat avec Coloni. « Ça ne servait plus à rien. Donc en septembre 2012 j’en ai profité pour faire les deux dernières courses avec l’écurie Rapax. »
A Monza et à Singapour, les résultats ne sont pas exceptionnels mais Coletti découvre une écurie sérieuse et appliquée qui a décroché un titre de champion de GP2 en 2010 avec Pastor Maldonado, qui pilote aujourd’hui en F1. Même si Rapax n’a été officiellement lancée qu’en 2009 après le rachat de Piquet Sports, les ingénieurs sont expérimentés. De quoi séduire Coletti. « On a bossé très dur, tous ensemble. Ce qui nous a permis de faire 6 podiums et 3 victoires en 8 week-ends. » Bref, cette saison, tout se déroule presque comme dans un rêve.
Explosif
Pourtant le début de week-end a été difficile à Monaco. Arrivé avec l’intention de décrocher la pole position dans les rues de Monaco, Stefano Coletti était assez confiant. Chez lui, en principauté, la pression est plus forte. Mais l’envie d’obtenir un bon résultat aussi.
Son meilleur résultat à Monaco ? 5ème en 2011. De quoi y croire. Mais le scénario a été plus explosif et incertain que prévu. 14ème des qualifications, il est obligé de partir de très loin. La suite n’est pas meilleure. Gros carambolage au départ : Coletti est pris dedans. Bilan : aileron avant et diffuseur arrière endommagés. Heureusement, aucune suspension n’est touchée, ce qui permet au pilote monégasque de réparer et de pouvoir repartir. Ensuite, il faut se battre. Parti 14ème, il remonte à la 6ème place sur la première course disputée le vendredi. Ce qui lui permet de pouvoir partir aux avants postes sur la deuxième course. « On a signé le record du tour en course 1. Ce qui nous a mis en confiance pour le lendemain. »
27
Le lendemain, la pression est maximale. A domicile, pas question de rater l’occasion de s’imposer et de marquer les esprits. Après un bon départ, Coletti se retrouve très vite en seconde position. Reste à doubler le premier. Ce qu’il parvient à faire au freinage, après le tunnel, au troisième tour. « Ensuite, j’ai géré la tête de la course jusqu’à la fin. » Oui mais il y a 30 tours à faire. « Les 27 tours restant ont été les plus longs de ma vie. J’ai eu l’impression que ça n’en finissait pas ! » Pas question de ralentir ou de faire la moindre erreur. Alors Coletti s’applique. Et il bat encore le record du tour. « Ma voiture était parfaite, très bien équilibrée. » Le Britannique Adrian Quaife-Hobbs (MP), parti en pole position, ne parviendra pas à refaire son retard et à doubler Coletti. Derrière, le jeune Néo-Zélandais Mitch Evans (Arden), 18 ans, complète le podium. Le dernier pilote monégasque à s’être imposé en principauté était Louis Chiron en 1931 sur une Bugatti T51. Il aura fallu attendre 82 ans pour lui trouver un successeur.
« Spécial »
A l’arrivée, c’est l’explosion de joie. L’émotion l’emporte. « J’ai versé quelques larmes dans le casque. A chaque virage, il y avait des gens que je connaissais. C’était une joie indescriptible. » Lorsqu’il rallume son iPhone, quelques minutes après, c’est très chaud : 160 messages l’attendent. « Sans oublier mon Facebook que je n’ai pas encore trop consulté mais qui a explosé aussi. » En tout cas, le jeune pilote monégasque s’est appliqué à répondre à tout le monde, même brièvement.
Si gagner à Monaco « ça reste très spécial », aujourd’hui Coletti ne vise qu’une chose : remporter le titre de champion de GP2 dont le dénouement se déroulera en novembre à Abu Dhabi. Avec 24 points d’avance sur le second et 62 sur le troisième, il peut voir venir. Il reste 7 week-ends de compétition et 14 courses à disputer. « Les 6 mois à venir sont les plus importants de ma vie. Car c’est d’eux que dépendent la suite de ma carrière. » C’est la 3ème victoire de Coletti cette saison, après la Malaisie et l’Espagne.
« Compétitifs »
Mais Stefano Coletti sait que même s’il devient champion de GP2 en novembre, rien ne sera assuré pour la suite. Seule certitude : le vainqueur du championnat n’est pas autorisé à continuer en GP2. Parce que la suite logique, c’est souvent la F1. « Dans le paddock, les gens commencent à nous reconnaître. On va voir. La porte commence à s’entrebailler. Maintenant il faut réussir à l’ouvrir entièrement. Et avec seulement 22 places en F1, c’est très difficile. »
Techniquement, le niveau entre GP2 et F1 n’inquiète pas vraiment Stefano Coletti. « En GP2 le niveau est aussi élevé qu’en F1. Bien sûr, les voitures sont toutes différentes en F1. Du coup, les écarts entre les pilotes se voient beaucoup. » En GP2 les voitures sont identiques, seuls les réglages changent. « Des pilotes comme Lewis Hamilton, Nico Rosberg, Romain Grosjean sont tous passés par la GP2. Et on voit bien qu’ils sont très compétitifs en F1. »
Rosberg
D’ailleurs, Stefano Coletti connaît très bien Nico Rosberg. Né le 27 juin 1985 à Wiesbaden (Allemagne), Rosberg possède la double nationalité allemande et finlandaise. Mais comme il a grandi à Monaco, il est aussi considéré comme un enfant du pays. Cette saison, après 6 Grand Prix, il gagne donc en principauté après avoir signé 3 pole positions sur sa Mercedes. « Je connais Nico depuis que je suis tout petit. D’ailleurs, j’ai été conçu sur le bateau des Rosberg. Car mon père et le sien sont très amis donc ils partaient ensemble. Ensuite, je passais souvent mes vacances avec Nico. D’ailleurs, on a fait une grosse fête ensemble dimanche soir, après sa victoire à Monaco ! »
Plan B
Si rien ne se passe comme prévu, il faut prévoir un plan B. Voire un plan C. Si Coletti ne décroche pas un volant en F1 en 2014, il se tournera sans doute vers d’autres sports automobiles : l’IndyCar aux Etats-Unis ou le championnat allemand de voitures de tourisme Deutsche Tourenwagen-Masters (DTM) par exemple. Deux catégories où les salaires permettent de vivre assez confortablement. « Mais normalement, un vainqueur du championnat de GP2 ne reste pas à pied longtemps… », souffle le pilote monégasque qui se voit bien prendre une pré-retraite en Nascar : « Pourquoi pas ? Je pourrais finir ma carrière dans ce championnat qui reste une discipline très difficile. » A 24 ans, la retraite est encore loin. Mais le goût du risque pousse Coletti qui avoue un peu de folie parfois. Une folie nécessaire selon lui : « Pour tenter certains dépassements et rouler aussi vite, il faut être un peu barjot. Si on a peur du risque, ça ne peut pas marcher. » Même après son accident à Spa, Coletti jure ne pas penser au danger lorsqu’il s’installe dans son baquet et qu’il met son casque. « Ce qui excite un pilote, c’est d’être à la limite. Rouler vite, frôler l’accident, ça procure énormément d’adrénaline. »
« Décisif »
Avec 75 kg pour 1m80, Stefano Coletti se trouve un peu trop lourd. Avec le casque, il accuse 80 kg. « Je suis un des plus lourds du championnat. » Sachant que le poids minimum de la voiture et du pilote c’est 692 kg, le pilote monégasque affiche 700 kg. Soit 8 kg de trop. Un détail qui compte. « En général, 3 kg font perdre 1/10ème de seconde. Or, en Malaisie, j’ai décroché la pole position avec seulement 4 millièmes d’avance… Ca peut être décisif. » Mais dans la mesure où il n’y a pas de direction assistée en GP2, difficile de perdre du poids car il faut garder du muscle. « Si je cours en F1, on verra. J’essaierai de perdre quelques kilos à ce moment là. »
Italie
Sinon, lorsque Coletti n’est pas sur un circuit, il joue au foot avec ses amis. « Sans contact bien sûr. Car je ne peux pas risquer de me blesser. Surtout cette saison… » Un peu de ski aussi avec sa sœur qu’il suit sur certaines courses. « Sinon, j’adore voya ger. J’aime beaucoup le Brésil. Un pays chaud et accueillant, malgré la grande pauvreté. L’Italie me plait aussi. » Logique pour ce Monégasque qui affiche des origines italiennes.
Notamment avec un grand-père paternel originaire de Salerne, près de Naples, qui a aussi été officier de marine : « Il a été l’un des plus jeunes commandants de sous-marin pendant la seconde guerre mondiale », raconte son petit-fils. Née en Sardaigne, sa grand-mère paternelle a vécu à Rome. Quant à ses grand-parents maternels, ils sont monégasques depuis plusieurs générations : « Ma mère porte le nom de Sangiorgio qui est l’une des plus anciennes familles monégasque. » Mais ce qui est décisif, c’est l’arrivée du père de Jean-Louis Coletti à Monaco dans les années 60. Ce promoteur immobilier n’en repartira pas.
« Je me sens un peu italien oui. J’ai encore de la famille lointaine là-bas. Mais je suis avant tout Monégasque. Il faut dire que mon père est né à Marseille et n’a jamais vécu en Italie. Et même si je suis bilingue italien, à la maison, on parle français. Donc ma victoire en principauté est une victoire 100 % monégasque. Mon pays, c’est Monaco. »
« Speed »
Pour le reste, Stefano Coletti n’a pas tout à fait les mêmes préoccupations que les jeunes de son âge. La fête, les sorties et même les filles, ne sont pas des priorités. « Je n’ai plus de petite amie. Cette année, je n’ai pas envie de me prendre la tête. J’ai besoin d’avoir l’esprit totalement libre pour me consacrer uniquement à cette saison de GP2. Après, bien sûr, on ne peut pas tout contrôler : si je rencontre quelqu’un qui me plaît… » Côté musique, c’est hip-hop et R’n’B. Dans son iPhone, on liste ensemble, vite fait. Et on tombe sur du Drake, du Macklemore et du Pharrel Williams. « Sinon, le dernier film que j’ai vu au cinéma, c’était Skyfall à Londres. J’ai trouvé ça un peu gros, un peu exagéré… Le prochain que j’aimerais voir, cest Iron Man 3. » Peut-être en version originale, sans les sous-titres. Parce qu’en plus de l’italien et du français, Coletti parle couramment anglais et portugais.
En tout cas, il aime quand ça bouge. D’un naturel qu’il juge « speed » Stefano Coletti avoue « détester être seul. Donc je suis très souvent entouré de mes amis. J’adore déconner. Et je suis plutôt très ouvert aux gens en général. Mon pire défaut ? Un peu égocentrique parfois. » Peut-être une qualité pour s’imposer un jour en F1.
_Raphaël Brun
Potes/



