L’actrice Julie Depardieu sera à l’affiche du théâtre princesse Grace début janvier (1) pour un concert-lecture avec une flûtiste et une pianiste. À elles trois, elles vont conter de façon poétique la vie de Misia Sert, née Marie Sophie Olga Zénaïde Godebska, une égérie et pianiste française d’origine polonaise, également mécène de nombreux peintres, poètes, et musiciens du 19ème siècle.
Comment décririez-vous ce spectacle ?
Il s’agit d’un concert-lecture un peu joué. Un concert agrémenté de l’histoire d’une femme oubliée. C’est un programme qu’on nous a demandé il y a deux ou trois ans pour un petit festival qui se jouait à Honfleur. Et nous ne nous attendions pas à le jouer autant, juste de le jouer une fois ou deux. C’est surtout un très bon prétexte à écouter de la très bonne musique et à raconter la vie de cette femme très importante. En tant que spectateur, j’adore le mélange de texte et de musique. On projette les images des tableaux, donc il y a un travail dans l’imagination très riche. Le but, c’est que les gens s’intéressent à Misia et à ses mémoires, Misia par Misia, un livre qu’elle a écrit toute seule mais qui n’est plus édité aujourd’hui. La matière première qui nous a servi à constituer le spectacle.
Connaissiez-vous ce personnage ? Qu’en saviez-vous ? Qu’avez-vous appris ?
J’en savais un tout petit peu car j’ai réalisé deux ou trois chroniques sur France Musique, notamment sur Claude Debussy. Dès que l’on effectue des recherches sur lui, Maurice Ravel ou encore Toulouse Lautrec, Misia Sert ressort forcément. Je voyais souvent son nom lors de mes recherches. Mais je ne la connaissais pas plus que ça.

Comment avez-vous intégré ce projet de spectacle ?
J’ai croisé par hasard à France Musique Juliette Hurel, la flûtiste de notre projet, qui est aussi musicienne à l’orchestre de Rotterdam. Elle m’a entendu en parler lors de ma chronique. Elle m’a indiqué avoir un super projet autour de Misia Sert. Tout s’est recoupé. Lors d’un café, nous avons hyper bien accroché. Bon, je n’adorais pas du tout la flûte mais je trouve qu’elle joue trop bien. J’adore changer d’avis (rires). Je ne voulais pas d’enfants, j’en ai deux. Je détestais la flûte, maintenant j’adore. J’affirme beaucoup de choses et finalement, je fais exactement le contraire de ce que j’ai dit.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet ?
J’étais trop contente car je trouve ça beau les concerts-lecture. Raconter l’histoire de cette femme… Il y a tellement de choses à dire. C’était la personne la plus connue dans les années 1900. C’est fou qu’on l’ait oubliée à ce point. C’était quelqu’un de très important pour l’art et la culture. Très heureuse de parler de cette femme passionnante. Cela permet à plein de gens de la redécouvrir. Donc voilà j’étais très contente d’en parler mais je ne me disais pas qu’on allait le faire autant de fois.
Qu’est-ce qui vous a plu en elle ?
Déjà cette époque est dingue. Elle me fait rêver. On sait que ce sont de très belles années sur le papier. Et pourtant, ce devait être très difficile d’être une femme à cette période-là. Dans son salon, il y a quand même Jean Cocteau, Erik Satie, Auguste Renoir… Une telle femme qui a tout ce monde-là dans son salon, ça me fait rêver ! Tout le monde l’adore : les peintres, les poètes, les musiciens. Nous racontons tout dès sa naissance. De la perte de sa mère en couche à Saint-Pétersbourg, ou son éducation en Belgique par ses grands-parents. Son grand-père était une star à l’époque, un monstre de violoncelle, un grand concertiste qui voyageait beaucoup. Donc elle a été élevée dans la musique et dans la culture à fond. Je pense qu’elle a eu une enfance pas très heureuse avec son père qui était très volage. Mais à 18 ans, elle était très libre et elle avait un goût certain car tout le monde recherchait son avis très sûr. Marcel Proust a même dit d’elle qu’elle « avait constitué une grande partie du goût français ». C’était une très belle fille avec une tête bien faite. Elle n’a pas fait carrière alors que c’était une immense pianiste. Mais elle a été mécène et modèle. Elle a inspiré beaucoup de gens. Et comme elle était mariée avec un type très riche, elle donnait plein d’argent à tous les artistes pour les soutenir. Nombre d’œuvres sont dédicacées à Misia. Beaucoup de choses n’existeraient pas sans elle. C’était l’une des femmes les plus peintes de son époque. Elle a été oubliée alors qu’elle est représentée en peinture par Edouard Vuillard ou Pierre Bonnard, dans les plus grands musées du monde. Et en France, on ne sait toujours pas qui c’est.

Parlez-nous de vos deux acolytes, la flûtiste Juliette Hurel et la pianiste Hélène Couvert ?
Ce sont de très bonnes copines depuis une trentaine d’années. Elles jouent souvent ensemble. Elles se connaissent très bien et c’est comme un couple sur scène. Elles se complètent parfaitement. Le projet est d’ailleurs né par le cadeau d’un livre sur Misia d’Hélène à Juliette. Parallèlement, Juliette m’entend à la radio en parler aussi. C’est à ce moment-là qu’elle se dit que c’est moi qu’il faut pour ce concert-lecture. Ce sont d’excellentes musiciennes et de grandes interprètes. Quand on le joue, je suis comme aux premières loges d’un concert. C’est frissonnant !
Vous ne les connaissiez donc pas. Quels sont vos rapports aujourd’hui ?
Nous sommes devenues amies. Surtout qu’avant, je n’avais pas grand intérêt pour la flûte. Dorénavant, j’adore et à la première note, je sais que c’est Juliette qui joue. Avec la flûte, il y a quelque chose de magique. Je trouve que ça fait conte de fée. On est complètement charmé par un souffle.
Comment vous êtes-vous immiscée dans ce duo ?
Justement, au début je me disais que c’étaient des meilleures amies et que j’allais un peu tenir la chandelle (rires). Je m’étais fait toute une histoire… Mais en fait, nous sommes très contentes de se retrouver car ce concert ne devait initialement être joué que deux ou trois fois. Nous sommes devenues trois copines.
D’autre part, le texte a été écrit par Baptiste Rossi. Comment l’avez-vous connu ?
J’avais dit que je l’écrirai mais évidemment ce n’est pas si facile que ça. Ce n’est pas parce que j’ai écrit deux chroniques pour France Musique que j’arriverais à écrire quelque chose d’intéressant sur Misia. J’ai demandé de l’aide à mon ami de 20 ans Yann Moix, pour savoir s’il ne connaîtrait pas quelqu’un pour m’aider. C’est lui qui me l’a indiqué. Il a réalisé la première mouture du texte qui a évolué depuis. Et c’est marrant car Baptiste Rossi est devenu celui qui écrit les discours du président de la République, Emmanuel Macron.
Depuis quand tournez-vous ?
Ça fait deux ans et demi maintenant. On pensait le faire deux fois à Honfleur et on en est à la trentième. Après Monaco, nous avons encore d’autres dates de prévu jusqu’au mois de juin 2023.
À qui s’adresse ce spectacle ?
À tout le monde, même à des enfants, par exemple musiciens. Ça s’adresse aux gens qui aiment les histoires et qui ont la curiosité d’entendre de très belles musiques super bien jouées.
Êtes-vous déjà venue à Monaco ?
Oui et je suis super contente de revenir au théâtre princesse Grace. Je suis déjà venue il y a 7 ou 8 ans. J’ai un très beau souvenir. Ce théâtre est beau. J’avais adoré.
Quel rapport entretenez-vous avec la musique classique ?
Je ne vis pas sans. Je suis obsédée par l’écoute de radios spécialisées qui ne diffusent que de la musique classique. Depuis que j’ai 15 ans, je n’écoute plus que de la musique classique. Avant, j’étais normale (rires). Je vais au concert toute seule car c’est comme un médicament pour moi. Le temps s’arrête alors que je suis quelqu’un d’hyper angoissée. J’avais lu quelque chose sur la mémoire de l’eau qui dit que notre corps est fait à 80 % d’eau et que la musique classique agit sur cette eau. C’est comme une thérapie, ça me calme. Je suis heureuse si j’écoute toute la journée la radio. Il me faut ça et c’est tout.
Quel a été ce déclic à 15 ans ?
C’est l’âge où j’ai reçu un cadeau d’un grand catalogue par correspondance qui voulait me remercier d’avoir commandé des tee-shirts. J’ai 15 ans, c’est Noël. Ma mère n’arrête pas de me dire de mettre la table. J’ai 15 ans et je suis un peu énervée. Je n’ai pas envie de le faire. Je lui dis que j’ouvre mon courrier. Tu parles, je n’en avais pas beaucoup ! Et ce catalogue me dit : « bravo, c’est Noël et vous avez gagné un disque Les trésors de l’opéra français ». Je me dis qu’il pourrait quand même se renseigner sur l’âge de leur client car je n’en avais rien à faire. Ça ne m’intéressait pas du tout la musique classique. Mais juste pour embêter ma mère et qu’elle me demandait quelque chose, j’ai décidé d’écouter le disque. Et là, j’ai eu un choc quand j’ai découvert la plage numéro 3 Don Giovanni. Et là tout s’est inversé ! Je n’ai pas arrêté d’écouter ce CD. Ensuite, je suis allée hanter les rayons d’un magasin de CD. J’ai commencé par tout ce qui était opéra, puis la musique instrumentale. Mais c’est devenu comme une drogue. Je n’écoute rien d’autre car c’est vraiment ça qui me passionne.
Quels sont vos projets à venir ?
Une chance et une coïncidence, c’est que je fais aussi un spectacle pour enfants à Monaco la veille de cette représentation le mercredi 4 janvier 2023 à 15 heures Je serais récitante sur le concert Casse-Noisette avec l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo (OPMC) à l’auditorium Rainier III. On raconte l’histoire de Casse-Noisette avec un octuor sur la musique de Piotr Illitch Tchaïkovski. Je n’ai même pas choisi les dates, c’est un hasard. Sinon, j’ai toujours ma série Alexandra Ehle qui se passe à Bordeaux. Et en ce moment, je suis en pause chez moi. On ne fait pas que travailler tout le temps. Et puis, il faut que les projets que l’on reçoit nous intéresse. Et là, ce n’est pas le cas. Je suis bien contente d’arrêter aussi de temps en temps.
1) Misia Sert, Reine de Paris. 65 minutes sans entracte. Jeudi 5 janvier 2023 à 20 heures Théâtre princesse Grace, 12 avenue d’Ostende à Monaco. De 10,50 € à 28 €. Avec Julie Depardieu, Juliette Hurel et Hélène Couvert. Renseignements et réservations : +377 93 25 32 27 ou spectateurs@tpgmonaco.mc.

