lundi 13 avril 2026
plus
    AccueilInfosEconomie« Oui, l’aéroport de Nice est dans une situation de saturation »

    « Oui, l’aéroport de Nice est dans une situation de saturation »

    -

    L’aéroport Nice Côte d’Azur, deuxième plus grande plateforme aéroportuaire de France après Paris, est en pleine mutation. Face à une croissance soutenue du trafic aérien, une extension du Terminal 2 est en cours de construction. Un projet d’envergure qui suscite de l’enthousiasme chez les professionnels du tourisme et de l’hôtellerie/restauration, mais aussi une forte vague de contestations. Face aux critiques environnementales et aux inquiétudes des riverains et des associations écologistes, Franck Goldnadel, président du directoire défend ce projet visant à « améliorer le confort des passagers » et détaille les mesures mises en place pour limiter l’impact écologique et sonore.

    L’aéroport Nice Côte d’Azur assure que cette extension du Terminal 2, en construction depuis le printemps/été 2023, vise uniquement à offrir plus de confort aux passagers.  A-t-on déjà atteint une saturation aujourd’hui au niveau de l’accueil ? 

    Nous avons accueilli 14,8 millions de passagers en 2024 alors que la capacité théorique de l’aéroport est de 14 millions. Gérer ce trafic durant l’été représente un véritable défi, car nos infrastructures sont désormais sous-dimensionnées. D’où la nécessité d’agrandir nos terminaux. Peut-on parler de saturation aujourd’hui ? Oui, clairement. J’en suis désolé et nous en sommes tous désolés. Grâce à la nouvelle darse qui sera livrée fin octobre/début novembre, les passagers pourront se rendre directement à leur avion sans avoir à emprunter des bus. Ceci améliorera considérablement la qualité du service. De plus, nous aurons 11 000 m² supplémentaires. Cet espace va notamment permettre un agrandissement de la salle d’attente.

    L’étude complémentaire sur ce projet publiée le 7 février 2025 indique qu’à l’horizon 2034, l’extension de l’aéroport entraînera, à elle seule, une augmentation de 1,1 % par an du trafic, soit environ 14 000 mouvements d’avions en plus.  Si l’on ajoute la croissance naturelle du trafic aérien, on parle en tout de 28 000 vols par an supplémentaires. Pourtant, vous affirmez que cette extension ne crée pas de trafic aérien supplémentaire, ce qui semble contradictoire…

    Je maintiens que cette extension ne génèrera pas de trafic aérien supplémentaire. L’étude d’impact a montré qu’avec ou sans extension, dans les dix prochaines années, le trafic augmentera quoi qu’il arrive. L’extension peut, peut-être, accompagner cette hausse en supprimant certains freins, mais ce n’est ni elle, ni l’aéroport, qui génèrent le trafic. Ce sont les besoins de voyage des habitants et des visiteurs du territoire qui créent cette activité. L’extension permet simplement d’éviter certains freins à certaines périodes. Les Azuréens ont besoin d’être connectés au monde, ils prennent l’avion pour cela, et nous devons les accueillir dans de bonnes conditions. Notre rôle est d’adapter nos installations à la demande.

    Les 14 000 vols supplémentaires par an liés à l’extension, cela vous semble négligeable d’un point de vue environnemental et sanitaire pour les azuréens ?

    Ce n’est pas mon avis personnel qui compte. Si vous consultez l’étude complète sur cette extension, vous constaterez que l’impact environnemental et sanitaire n’est pas notable. C’est la conclusion d’une étude réalisée par un cabinet spécialisé et indépendant, qui a analysé l’ensemble des données. Je précise également que cette étude est complexe : elle compte 370 pages, avec un résumé de 40 pages. J’ai lu de nombreuses analyses qui ne reflétaient pas fidèlement son contenu. C’est pourquoi je me permets de rappeler que certaines données, sorties de leur contexte, peuvent sembler inquiétantes. Il est donc important de revenir à la réalité de ce qui a été écrit dans cette étude.

    Aéroport Nice Cote d'Azur
    « L’investissement sur ce projet d’extension est compris entre 130 et 140 millions d’euros. » Le gouvernement princier est entré au Capital d’Azzura Aeroporti lors de la vente des actions de l’Etat français en 2018. Il détient 12.5 % des 64 % détenus par Azzurra. © Photo Aéroports de la Côte d’Azur

    A ce propos, selon la commissaire enquêtrice, l’ajout de 28 000 avions par an à la flotte transitant par Nice n’aurait effectivement pas d’impact négatif sur le climat. Elle affirme même qu’« à l’horizon 2034, les émissions de gaz à effet de serre (GES) devraient diminuer de 11 % par rapport à la situation actuelle ». Comment expliquer une telle conclusion qui est d’ailleurs contestée par les écologistes ? Le Collectif citoyen 06 a notamment déclaré ceci : « Les promoteurs de ce projet anachronique étouffent tous les impacts sanitaires et environnementaux sur l’autel des seuls bénéfices économiques, dans une sorte d’aveuglement ubuesque, allant jusqu’à vanter la réduction de l’empreinte écologique avec cette extension » ? 

    Il y a plusieurs éléments de réponses à cette question. En ce qui concerne nos propres émissions, l’extension de l’aéroport intégrera de nouvelles technologies, notamment des panneaux photovoltaïques et la géothermie. Cela signifie que la chaleur et le froid nécessaires au fonctionnement de cette installation ne seront plus produits par des turbines à gaz, mais par des sources d’énergie plus durables. Cette transition concerne également les installations existantes. Par exemple, au Terminal 1, depuis un an et demi, nous avons remplacé les turbines à gaz produisant le chauffage et la climatisation par un système exploitant la chaleur des eaux usées de la Métropole. Concernant nos émissions directes, aussi appelées Scope 1 et Scope 2, nous les avons réduites de 95 % depuis 2013. Il ne faut pas oublier le Scope 3, qui englobe les émissions des parties prenantes, notamment celles des avions. Sur ce point, nous avons également mis en place plusieurs initiatives.

    Pouvez-vous nous donner des exemples concrets ?

    Dans l’aviation d’affaires par exemple, lorsqu’un avion atterrit à Nice, il n’utilise plus ses moteurs avant le décollage. Un petit camion électrique le tracte jusqu’à son poste de stationnement. Là, il est alimenté en énergie, climatisation et chauffage grâce à des installations électriques. Ce n’est qu’au moment du roulage pour le décollage que ses moteurs sont rallumés. Cette mesure a permis de réduire considérablement les émissions au sol des avions d’affaires. Pour l’aviation commerciale, le principe est similaire.

    C’est-à-dire ?

    Lorsqu’un avion atterrit et stationne au contact du bâtiment, il est immédiatement branché sur une alimentation électrique. Cela permet au pilote d’éteindre ses moteurs. Nous sommes également en train d’équiper tous les postes de stationnement au large, (ceux qui ne sont pas directement reliés au Terminal), avec des prises électriques. Ce projet sera achevé en 2026 et permettra à tous les avions stationnés, qu’ils soient au contact ou éloignés du Terminal, de se brancher et ainsi de limiter leurs émissions. Enfin, troisième exemple : l’électrification des équipements au sol. Tous les matériels qui gravitent autour des avions – comme les échelles passagers, les plateformes élévatrices ou encore les tracteurs à bagages – sont en cours de conversion vers des flottes électriques ou hybrides.

    Qu’a fait l’aéroport pour limiter les nuisances sonores ?

    Même si ce domaine concerne la Direction Générale de l’Aviation Civile et non directement l’aéroport, là aussi, plusieurs mesures ont été prises. Par exemple, une grande partie des trajectoires, avant l’atterrissage ou après le décollage, se déroulent au-dessus de la mer. Cela contribue à la réduction des nuisances sonores. Par ailleurs, nous privilégions la piste la plus au sud, proche de la mer, pour les décollages, car ils génèrent plus de bruit. Cette piste est la plus éloignée des habitations. En revanche, la piste située à proximité des zones résidentielles est principalement utilisée pour les atterrissages, qui sont moins bruyants et causent ainsi moins de nuisances sonores pour les riverains. Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue que nous sommes un aéroport de centre-ville. Nous sommes donc très proches des zones habitées.

    Vous confirmez que pour cette extension, il n’y a pas d’artificialisation des sols, ni de construction sur la mer ?

    Absolument oui. Ni sur la mer, ni d’artificialisation sur le sol existant.

    Si l’on se fie aux centaines d’avis publiées dans l’enquête publique, l’opposition autour de cette extension est massive. Au total, 873 avis ont été publiés, dont 84,5 % défavorables et 15,5% favorables. Vous comprenez que ce projet suscite un tel rejet dans la population ? Est-ce que cela vous chagrine ?

    Qu’est-ce qui vous permet de dire un “tel rejet“ ?  Vous connaissez le territoire des Alpes-Maritimes : il compte environ 1 million d’habitants. Or, on parle ici de 870 avis. On ne peut pas dire que ces centaines d’avis représentent le million d’habitants. Ainsi, dire « un tel rejet », je ne suis pas d’accord. Ce n’est pas représentatif. Je rappelle par ailleurs que 60 % des passagers de l’aéroport sont des Azuréens. Concernant les 84 % d’avis défavorables, c’est à nuancer car certaines personnes ont posté plusieurs fois le même avis.  Dernier élément : 870 avis ont été recueillis lors de cette dernière enquête publique. C’est 30 % de moins que lors de l’enquête de 2019, où il y en avait eu 1 200. 

    Avez-vous évalué le nombre d’emplois directs et indirects qui seront créés grâce à ce projet ?

    Il y a deux aspects à prendre en compte dans votre question. Tout d’abord, lorsqu’un gestionnaire d’infrastructure engage des travaux, cela génère de l’activité pour des entreprises, majoritairement locales. Même lorsqu’il s’agit de filiales de grands groupes, ce sont bien des ouvriers et des travailleurs installés sur la Côte d’Azur qui sont mobilisés. Cette phase de construction crée donc déjà de l’emploi ou, à minima, mobilise des ressources humaines pour réaliser les travaux. D’autre part, une fois l’aéroport agrandi, l’augmentation du trafic et des services engendrera automatiquement la création de nouveaux emplois. C’est un phénomène que nous analysons tous les trois ans à travers une étude d’impact socio-économique. Les résultats sont clairs : lorsque l’activité de l’aéroport croît, cela génère de nouveaux emplois. Ensuite, il y a les emplois indirects qui découlent de l’activité économique générée par l’aéroport. C’est particulièrement vrai pour Monaco. L’aéroport joue un rôle clé dans l’accueil des touristes et des visiteurs venant en Principauté. L’attractivité du territoire des Alpes-Maritimes est en grande partie liée à sa connectivité aérienne. Cela profite à l’ensemble de la région.

    Après 5 ans de procédures judiciaires, la bataille n’est pas terminée : la cour administrative d’appel de Marseille doit encore statuer sur l’affaire. Peut-on imaginer un scénario similaire à celui de l’autoroute Castres Toulouse ? Pour rappel, le tribunal administratif de Toulouse, le 27 février dernier, a ordonné l’arrêt immédiat du chantier, qui était avancé aux deux tiers. L’État a annoncé son intention de faire appel. 

    Ce n’est pas à moi de commenter une décision de justice. Mais si l’on regarde les raisons ayant conduit le tribunal administratif à annuler ce projet autoroutier, elles étaient liées à une loi sur les espèces protégées. Or, ce n’est absolument pas le sujet de l’extension. Mais encore une fois, ce n’est pas à moi de la commenter.

    Pouvez-vous nous indiquer le coût global de cette extension ? L’État monégasque, actionnaire de l’aéroport, y a-t-il contribué financièrement ?

    Comme pour toute modernisation d’infrastructure, ce n’est pas un actionnaire en particulier qui prend en charge les coûts, mais bien l’aéroport, grâce à ses propres ressources et aux revenus générés par son activité. L’État monégasque est actionnaire de l’entreprise, mais c’est bien l’aéroport qui finance lui-même cette extension.  Quant à l’investissement sur ce projet, il est compris entre 130 et 140 millions d’euros.

    (1) Cette darse va venir épouser six postes d’avions qui préexistaient et qui étaient jusqu’à présent utilisés par des bus pour amener des passagers à ces avions. 

    Que contiendra cette extension du Terminal 2 à Nice?

    • 23 058 m² de surface plancher supplémentaire

    • 31 % de surface additionnelle pour les zones embarquement / débarquement de l’aéroport

    • Une capacité théorique d’accueil portée à 18 millions de passagers par an (+ 28,5 %)

    • 6 portes d’embarquement et de débarquement compatibles Schengen et Non-Schengen permettant des rotations avions simplifiées

    • Des passerelles reliant les postes 56 à 58 évitant l’usage de bus de piste

    • 36 nouvelles banques d’enregistrement

    • 1 tri-bagage supplémentaire

    • Les zones dédiées aux Postes d’inspection filtrage et au contrôle des passeports agrandies

    • Refonte des commerces Non-Schengen avec la création d’un duty-free et de deux commerces food & beverage

    • Création d’un nouveau salon VIP Non-Schengen

    Que pense Monaco de cette extension du Terminal 2 ? 

    Le gouvernement princier est entré au Capital d’Azzura Aeroporti lors de la vente des actions de l’Etat français en 2018. Il détient 12.5% des 64% détenus par Azzurra. En tant qu’actionnaire, comment le gouvernement monégasque perçoit-il le projet d’extension du Terminal 2 ? « L’aéroport de Nice Côte d’Azur est essentiel pour l’accès à Monaco. Il contribue fortement au succès que rencontre la Principauté sur les marchés lointains comme les USA ou le Moyen-Orient. Il est aussi capital pour satisfaire les besoins de la clientèle locale, puisque 40% du trafic passager de l’Aéroport de Nice est le fait de personnes habitant sur la Côte d’Azur et à Monaco. Une infrastructure aéroportuaire performante est donc cruciale pour maintenir et développer ces connexions et accueillir dans les meilleures conditions le grand nombre de passagers qui fréquentent l’aéroport de Nice Côte d’Azur, nous indique le gouvernement. Les résultats touristiques de 2024 sont encourageants, toutefois des marges de progression subsistent, quelle que soit la saison. La promesse d’un parcours fluide, où les temps de passage dans l’aéroport sont réduits contribuera alors à attirer des visiteurs tout au long de l’année en optimisant le temps qu’ils passent dans la destination. » M.P.

    -

    Les dernières news

    L’Observateur de Monaco

    Créé en 2005, L’Observateur de Monaco s’est progressivement imposé comme un rendez-vous mensuel d’information et d’analyse consacré à la vie de...

    Plongée nostalgique dans le Monaco des années 50 à 70

    C’est une immersion dans le Monaco d’hier. À travers un document baptisé Florilège d’actualités monégasques filmées par TMC, la plateforme de l’Institut audiovisuel de Monaco a exhumé des mini-reportages tournés entre 1956 et 1974 par Télé Monte-Carlo.

    Sécurité, projets pour le Devens, salles de prières, relations avec Monaco… Les propositions des candidats aux municipales de Beausoleil

    De la sécurité au réaménagement du Devens, en passant par la question des lieux de prière, les candidats aux municipales de Beausoleil déclinent leurs priorités et leurs propositions.

    La Sélection

    Jeunes diplômés à Monaco : voici les secteurs qui recrutent

    Créée en 2010, la Commission d’insertion des diplômés (CID) aide la jeunesse de la Principauté — et désormais celle des communes limitrophes — à trouver un stage, une alternance, ou un premier emploi à Monaco. Comment ces jeunes lycéens et étudiants sont-ils accompagnés dans le grand bain de la vie active ? Quels sont les secteurs d’activité qui recrutent et ceux qui embauchent peu en Principauté ? Et quel est l’intérêt des entreprises monégasques à collaborer avec cette commission ? L’Obs’ vous dit tout.

    Activités immobilières à Monaco : le grand ménage législatif

    Avec plus de 160 agences immobilières, une surreprésentation de marchands de biens, et une multitude d’intermédiaires non autorisés, une concurrence féroce et parfois déloyale se joue. Pour professionnaliser et encadrer ce secteur central de l’économie monégasque, deux textes de loi ont récemment émergé avec des mesures clés : obligation d’une résidence effective à Monaco, fin des prête-noms, mandat écrit obligatoire, ou encore carte professionnelle et formation continue. Voici ce qu’il faut retenir.

    Monaco veut défendre son image à l’international face aux critiques

    Face à des articles de presse considérés comme « dévalorisants », le gouvernement monégasque et le Conseil national souhaitent mettre en place une communication plus proactive à l’international pour défendre l’image de la Principauté.