mardi 21 avril 2026
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    Monaco en chiffres : l’IMSEE, la boussole des pouvoirs publics monégasques

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    Depuis plus de 10 ans, l’IMSEE décortique tous les chiffres clés de la Principauté… Des statistiques d’ordre économique bien sûr, mais aussi démographique, ou encore sanitaire depuis la pandémie de Covid-19. Comment cet institut est-il devenu un outil capital d’aide à la décision pour les pouvoirs publics monégasques ? A-t-il un rôle politique ? Quelles sont les futures études qui seront menées ? Toutes les précisions d’Alexandre Bubbio, le directeur.

     

    L’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE) a été créé il y a plus de 10 ans, en 2011. Avant sa création, il était très complexe d’avoir des chiffres précis et accessibles à tous sur la Principauté. Diriez-vous que la “culture de la statistique“ est-désormais bien établie à Monaco ? Est-il désormais simple pour l’IMSEE de récolter des données chiffrées ?

    Avant la création de l’IMSEE, chaque service avait sa propre méthode, le traitement des données n’était pas homogène et le grand public ou les autres services n’y avaient pas accès. Depuis 2011, l’IMSEE a impulsé la “culture statistique “ et a organisé, grâce au numérique, un processus de récolte des données plus allégé et performant.

    L’IMSEE peut donc accéder directement à l’ensemble des données contenues au sein des services de l’État ?

    Nous n’avons pas un accès direct aux données de tous les services, mais effectivement, de plus en plus d’entités nous donnent l’autorisation d’accéder directement à leurs bases de données. Tout ceci en accord, bien sûr, avec la CCIN (1). Ces données sont, je le précise, rendues anonymes. Ce procédé nous permet d’être plus réactifs et de ne plus être obligés d’établir systématiquement des demandes auprès de ces services.

    Auprès de quels services vous n’avez pas un accès direct ?

    Pour des raisons de sécurité, nous n’avons pas un accès direct à la base de données de la Sûreté publique. En revanche, ce service nous envoie régulièrement des éléments chiffrés sur les cartes de séjour pour que nous puissions calculer la population de la Principauté. Pour d’autres services moins sensibles, les outils numériques sont en cours de développement. Une fois qu’ils seront établis, nous aurons un accès direct à leur base de données. Je pense par exemple au registre du commerce. Cette entité est en train de modifier son système informatique.

    Avez-vous accès aux bases de données des entreprises privées ? Si oui lesquelles ?

    Non, l’IMSEE n’a pas accès aux bases de données des entreprises privées.

    « Il est important de disposer de statistiques pour pouvoir se comparer à d’autres pays. Voilà pourquoi, à Monaco, nous essayons au maximum d’utiliser des nomenclatures françaises, européennes, et internationales. Par exemple la NAF, la nomenclature des activités françaises pour les entreprises, s’applique aussi à Monaco. »

    En quoi est-ce important pour un État d’avoir des données statistiques ?

    Il est essentiel pour un État de pouvoir s’appuyer sur des chiffres et des statistiques précis et à jour, pour prendre des décisions, se projeter, et conduire des politiques publiques. Ce sont des points de repères essentiels. Il est également important de disposer de statistiques pour pouvoir se comparer à d’autres pays. Voilà pourquoi, à Monaco, nous essayons au maximum d’utiliser des nomenclatures françaises, européennes, et internationales. Par exemple la NAF, la nomenclature des activités françaises pour les entreprises, s’applique aussi à Monaco.

    Au-delà des statistiques pures, l’IMSEE a-t-il un rôle politique ? En d’autres termes, l’institut que vous dirigez influe-t-il directement sur les décisions prises par le gouvernement ?

    L’IMSEE est un outil d’aide à la décision car les chiffres publiés sont très utiles à la réflexion du gouvernement. En revanche, l’IMSEE ne prend pas part aux décisions gouvernementales. Nous avons eu par exemple une demande émanant de la mairie sur les besoins en crèches en Principauté. Notre analyse a porté exclusivement sur les chiffres ; dans ce cas, le nombre de demandes comparé au nombre de places disponibles en Principauté. Ensuite, la mairie étudie, sur la base des données communiquées par l’IMSEE, les orientations qu’elle doit prendre.

    L’IMSEE n’a pas un rôle politique, en revanche les statistiques que vous établissez peuvent effectivement influer directement sur les politiques publiques mises en œuvre par le gouvernement. La preuve :  votre institut a projeté dans une étude que, d’ici 50 ans, la Principauté pourrait compter 14 700 nationaux, soit une augmentation de 62% du nombre de Monégasques. Cette projection a notamment convaincu les autorités qu’il fallait repousser le délai de transmission de la nationalité monégasque par mariage de 10 à 20 ans. Comment avez-vous établi ces projections démographiques en 2070 ?

    Cette projection de la population a été réalisée selon la méthode des composantes qui consiste à projeter la population année par année, en ajoutant les naissances, en retranchant les décès par âge et en ajoutant les naturalisations également âge par âge. Des hypothèses ont donc été faites sur la natalité, la mortalité, la nuptialité, la divortialité ainsi que sur les naturalisations par mariage et par Ordonnance Souveraine. Elles sont essentiellement basées sur les résultats de l’Observatoire de la démographie de l’IMSEE. Afin de tenir compte de l’évolution future de l’espérance de vie, les quotients de mortalité par âge et par sexe utilisés par l’Insee pour la projection de la population française à horizon 2070 ont été repris. Ils ont été adaptés à la population de nationalité monégasque et à son espérance de vie calculée sur ces dernières années.

    Quel est le degré de fiabilité de cette étude ?

    Les projections de population sont relativement fiables à court terme car la démographie est un domaine où les indicateurs évoluent lentement. En revanche, à plus long terme la fiabilité est forcément moins bonne. Le but principal de cet exercice reste de donner des tendances et des scénarios « toutes choses égales par ailleurs ».

    Plus généralement, en quoi est-ce important d’établir des statistiques sur les décennies futures ?

    Dans 10, 20 ou 30 ans, comment sera Monaco ? Combien- y aura-t-il de résidents et de salariés ? Combien pourra-t-on en accueillir à l’avenir étant donné la taille limitée du territoire ? Pour établir ces statistiques, nous travaillons beaucoup avec la Direction de la Prospective, de l’Urbanisme et de la Mobilité (DPUM). Il est donc très important d’avoir ces projections pour adapter les structures et les constructions nécessaires. Concernant les salariés, l’utilisation massive du travail à distance depuis la crise sanitaire bouleverse considérablement les possibilités. Ce sont des données également utiles pour des entreprises comme la SMEG pour qu’elle puisse prévoir et anticiper les besoins en électricité. Il en est de même pour la construction du futur Centre de Traitement et de Valorisation des Déchets. 

    « Dans 10, 20 ou 30 ans, comment sera Monaco ? Combien- y aura-t-il de résidents et de salariés ? Combien pourra-t-on en accueillir à l’avenir étant donné la taille limitée du territoire ? Il est très important d’avoir ces projections pour adapter les structures et les constructions nécessaires. »

    Depuis quelques mois, vous publiez tous les 15 jours, (un vendredi sur deux), les données vaccinales à Monaco. Comment procédez-vous ?

    Le Département des Affaires Sociales et de la Santé (DASS) nous transmet le nombre d’injections réalisées chaque jour en Principauté. En parallèle, la Direction des Services Numériques a développé un outil qui nous permet maintenant de collecter ces informations et de les traiter. Cela permet de voir comment la vaccination évolue en Principauté sur la population globale et par tranche d’âges. A Monaco, le taux vaccinal est calculé sur la base de la population résidente en âge d’être vaccinée, et non sur la totalité des résidents de la Principauté. Sont donc exclus de ce comptage les enfants de moins de 12 ans.

    En parallèle des données vaccinales, tous les trimestres, vous mesurez également les impacts économiques de la crise sanitaire ?

    Effectivement, nous observons le chiffre d’affaires des sociétés monégasques. Nous comparons l’année 2021 avec 2020, mais aussi 2019, car en 2020, en raison du confinement de nombreuses entreprises ont été dans l’obligation de fermer pendant six semaines. Il est probable que l’année 2021 soit meilleure que 2020. Nous gardons donc toujours en référence l’année 2019 pour voir où l’on en est par rapport à la crise. On s’aperçoit que certains secteurs ont déjà rebondi et sont même au-dessus de leur niveau de 2019. 

    Lesquels par exemple ?

    La construction. Entre l’extension en mer, Testimonio II, ou encore l’ilot Pasteur et bien d’autres grands projets, l’activité du bâtiment est très dynamique. Cela génère de nombreux emplois, directement et indirectement. Ensuite, il y a des secteurs comme l’hôtellerie, qui au contraire, restent fortement impactés. Certes, il y a eu un rebond l’été dernier, mais si l’on compare à 2019, on est malheureusement loin du compte.

    Ces études faites sur le Covid vous ont-elles obligé à mettre de côté d’autres études ?

    Certes, cela prend du temps mais nous n’avons rien mis en stand-by car nous avons développé des outils informatiques. Le traitement des données est donc beaucoup plus rapide et efficace. Cela nous permet de tenir nos délais avec le même nombre de publications que les années précédentes, malgré le Covid et les nouvelles études sanitaires et économiques qui se sont rajoutées.

    (1) Commission de contrôle des informations nominatives.

    Biographie – A l’IMSEE depuis sa création

    Titulaire d’un DEA en économie, Alexandre Bubbio est entré dans l’administration il y a plus de 20 ans en tant que professeur d’économie et de comptabilité au lycée technique et hôtelier de Monaco durant 4 ans. Ensuite, ce Monégasque a intégré le service des travaux publics dans lequel il est plus spécifiquement en charge des appels d’offres. Direction ensuite l’Expansion économique, où il intègre un service déjà dédié à l’époque à de la statistique. En 2011, il intègre l’IMSEE (dès sa création), et devient chef de division en charge de toutes les statistiques économiques (entre autres : le calcul du PIB monégasque, les bulletins de l’économie, l’Observatoire de l’immobilier, ou encore l’observatoire du commerce extérieur.)  En novembre 2021, il devient directeur de l’IMSEE en remplacement de Sophie Vincent qui intègre la Société des Bains de Mer (SBM) en tant que directrice des ressources humaines.

    Combien les grands évènements rapportent-ils à Monaco ? L’IMSEE se penche sur la question

    C’était en 2017, à l’époque (bénie) où il n’y avait pas de pandémie… L’IMSEE avait publié une étude sur les retombées économiques du Grand Prix de Formule 1. L’institut statistique monégasque avait alors estimé que cet évènement médiatisé mondialement – et qui attirait à l’époque 228 000 personnes – rapportait à Monaco 90 millions d’euros sur 4 jours : 21,7 millions de retombées « directes » et 68,3 de retombées « indirectes ». Principaux secteurs d’activités bénéficiant de cette manne financière : l’hébergement (18,1 millions), la restauration et des bars (18,6 millions) et la billetterie ou l’achat d’une « vue sur le circuit » (18 millions). « Durant les années précédentes, nous avions travaillé effectivement sur les retombées économiques de grands évènements comme le Grand Prix ou encore le Yacht show, rappelle Alexandre Bubbio. L’objectif était de mesurer combien les visiteurs ont dépensé en moyenne et combien cela rapporte à la Principauté. » Quand l’IMSEE mènera-t-il à nouveau ce type d’étude ?« « Lorsqu’il y aura un retour à la normale », répond le directeur qui souhaite également passer au peigne fin d’autres manifestations d’envergure à Monaco. « Notamment celles organisées au Grimaldi Forum. Là encore pour analyser les retombées directes et indirectes qu’elles génèrent. »

    L’IMSEE évalue le moral des commerces

    Qu’est-ce que « le climat des affaires »  ? C’est une enquête conjoncturelle et qualitative sur le moral des entreprises à Monaco menée par l’IMSEE. Plus précisément, il s’agit de demander aux dirigeants où en est leur trésorerie, leurs intentions de commandes, leur stock, leurs embauches, ou encore leur fréquentation par rapport à l’année précédente à la même période. « Des questionnaires sont envoyés aux commerçants, ensuite nous les analysons et nous les commentons.  On observe ainsi comment cela évolue selon les crises et les reprises », nous indique Alexandre Bubbio. Tous les commerçants de la Principauté sont-ils interrogés ?  « Non, répond le directeur l’institut. Nouétablissons un échantillon représentatif par type de commerces. Il faut par exemple qu’il y ait un certain nombre de bijouteries pour que l’échantillon soit le reflet de ces commerçants. » Pour l’heure, l’IMSEE n’envisage pas véritablement d’étendre cette étude à d’autres secteurs d’activité que celui du commerce.   « On pourrait éventuellement l’étendre à l’industrie, mais il y a beaucoup plus de commerçants à Monaco que d’industriels. L’autre difficulté est que parfois, il n’y a qu’une seule industrie dans certains domaines en raison de la taille du pays. » Exemple : la production d’électricité en Principauté avec la SMEG, ou bien le traitement des déchets avec la SMA.

    Besoins en logements domaniaux : à quand une future étude ?

    Le sujet a toujours fait l’objet de débats houleux. Avec d’un côté, des élus du Conseil national pointant du doigt une situation de pénurie. Et de l’autre, un gouvernement moins alarmiste, pour qui le parc domanial n’était pas véritablement saturé… Sur ce dossier sensible — et loin des débats passionnés — l’IMSEE avait apporté sa contribution scientifique en publiant en juillet 2012, il y a presque 10 ans, une étude très attendue quantifiant les besoins en logements domaniaux à horizon 2022.  Il s’agissait d’une photographie en deux temps, qui évaluait d’abord la situation à cette époque, puis estimait les besoins sur 10 ans. Un véritable casse-tête pour les équipes de l’ancien directeur de l’IMSEE, Lionel Galfré, qui ont dû intégrer des paramètres pour le moins complexes. Entre autres : l’évolution démographique de la population monégasque jusqu’en 2022.  Plus complexe encore : identifier les types d’appartements (F2, F3 ou F4) dont les Monégasques auraient besoin en fonction des évolutions sociales (divorces, gardes alternées et autres jeunes Monégasques souhaitant prendre leur indépendance). A quand la prochaine étude sur ce sujet ?  « C’est un sujet que l’on continue à suivre régulièrement. Cela fait partie des études que l’on pourrait mener cette année si la charge de travail s’allège au niveau des études liées à la crise sanitaire, ou bien l’année prochaine, répond Alexandre Bubbio.  Il n’est pas utile de la mener tous les ans car il n’y pas suffisamment d’évolution d’une année sur l’autre. Sans doute qu’il vaudrait mieux la mener en 2023, car cette année-là, il y aura une livraison massive de logements domaniaux. »

    Recensement de la population à Monaco : la méthodologie revue

    Le recensement de la population est réalisé tous les 8 à 10 ans en moyenne en Principauté par l’IMSEE, avec le concours de la mairie. Il permet de compter la population résidente et les logements de Monaco. Premier constat qui témoigne une fois encore de la singularité monégasque :  il s’agit d’un recensement exhaustif.  « C’est-à-dire que les enquêteurs ont interrogé tous les résidents du territoire, en faisant du porte-à-porte, indique Alexandre Bubbio En France, dans les petites communes, certes, tous les habitants sont interrogés, mais dans les grandes communes ce sont des échantillons ». Le dernier recensement en Principauté s’est déroulé durant l’été 2016. A quand alors le prochain ? « Je ne peux pas vous donner de date car nous sommes en train de revoir la méthodologie. Grâce à l’évolution des technologies et au travail réalisé par l’IMSEE depuis sa création, nous réfléchissons à d’autres méthodes de travail, en s’appuyant notamment sur les bases de données administratives. Cela nous permettrait d’avoir des informations de façon fiable et plus régulière, et de pouvoir mener un recensement tous les ans ou tous les deux ans. » A noter toutefois que la population résidente est déjà à l’heure actuelle régulièrement actualisée… « Effectivement, nous prenons la base du recensement tous les ans, et nous rajoutons le solde naturel avec le nombre de naissances et de décès. Même logique avec les résidents. Nous calculons le nombre de carte de résidents qui arrivent à échéance et celles qui sont restituées. Mais on souhaiterait affiner cette méthodologie », conclut le directeur de l’IMSEE.

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