Pour pouvoir poser une caméra sur le sol monégasque, les réalisateurs de films, de clips musicaux ou de publicités doivent obtenir une autorisation de tournage. Pour décrocher ce précieux sésame, un impératif s’impose : le scénario doit être transmis en amont aux autorités monégasques, et son contenu ne doit pas nuire à l’image de la Principauté….
Ne tourne pas à Monaco qui veut… Le réalisateur français Olivier Baroux en a fait l’amère expérience avec Les Tuche. Ce film sorti en 2011 (dont le titre d’origine était… Comme un ouragan) mettait en scène une famille très fantasque originaire de Bouzolles. Après avoir gagné au loto, la petite troupe décide de vivre le grand luxe en principauté. Sauf que… le scénario au langage très fleuri et les images un peu caricaturales que le film véhiculait sur Monaco, n’ont pas tout à fait plu aux autorités monégasques. Résultat : l’équipe n’a pas obtenu l’autorisation de tournage et a dû se rabattre sur les communes limitrophes pour filmer leurs folles péripéties. De Monaco, on ne verra finalement qu’une vue aérienne. « On accepte volontiers des scripts humoristiques, mais nous nous efforçons d’éviter les clichés et d’écarter tout scénario de film pouvant porter atteinte à l’image de la Principauté… », explique la Société des bains de mer. « Pour le film Les Tuche, il était apparu que, pour exister, l’œuvre n’avait pas besoin d’être tournée à Monaco », répond, plus sobrement, la Direction de la communication.
« Nous sommes très sélectifs »
Les futurs cinéastes sont donc prévenus… Pour avoir Monaco comme décor de leur film, un impératif s’impose : le scénario, relu en amont par le Palais princier, la Direction de la communication et la Société des bains de mer (lorsque le film se déroule sur les “terres“ du groupe), ne doit pas contenir d’éléments susceptibles de nuire à l’image de Monaco. « Nous sommes très sélectifs, rajoute la SBM. Il faut tout d’abord que le scénario du film corresponde à l’image de la Principauté et de la Société des bains de mer. Il doit contribuer à l’image de chic, d’élégance et de glamour.» Et à en croire les autorités, le revers subi par le film Les Tuche est rare. Les refus de tournage de ce type seraient très marginaux : « Tous les scenarii que nous recevons font l’objet d’une analyse et d’un avis circonstancié que nous soumettons au cabinet du Prince Souverain. Les avis défavorables sont extrêmement rares », assure la Direction de la communication. Au-delà du refus de tournage pur et simple, arrive-t-il parfois que les autorités demandent à modifier certains éléments du scénario lorsque certains passages dérangent ou égratignent l’image de la principauté ? « C’est là encore très rare, assure la Dir’ com. Avec Eric Rochant, le réalisateur de Möbius, nous avons eu plusieurs échanges car nous avions le sentiment que le choix de Monaco relevait plus de la caricature que de la mise en valeur. Finalement, ces discussions nous ont permis de mieux cerner le souhait du réalisateur : en réalité, Möbius est une très belle histoire d’amour. Les demandes de modifications que nous avons effectuées ont donc été très marginales. Nous considérons en effet que, quelle que soit l’œuvre, il est essentiel de travailler en partenariat avec les auteurs » .
Contraintes logistiques
Au-delà du scénario et de son contenu, pour pouvoir tourner à Monaco d’autres critères sont pris en compte. Notamment la faisabilité et la disponibilité des lieux. C’est le cas pour la SBM. « Il faut que le tournage se plie aux contraintes liées à l’activité de nos établissements. La production du film Nicky Larson par exemple nous avait sollicité pour effectuer un tournage de deux nuits sur la place du Casino, mais au niveau logistique, c’était impossible car nous étions en pleine saison. On se doit également de respecter la confidentialité de nos clients », nous explique la SBM. Et lorsque ces tournages se déroulent dans les rues ou sur les routes monégasques, une organisation millimétrée est forcément nécessaire. Sur le terrain, c’est essentiellement le Département de l’intérieur qui chapeaute le tout, avec les différents services concernés (voirie, Sûreté publique etc). L’autorisation de tournage est donc essentiellement une démarche administrative pour fournir une aide pratique et logistique aux équipes sur place. Un coup de pouce particulièrement précieux. Surtout lorsqu’il s’agit de grosses productions.
Coulisses : faut-il payer pour tourner à Monaco ?
Selon la Direction de la communication, aucune contribution financière n’est demandée aux productions qui souhaitent tourner à Monaco. En clair, il n’y a pas de droit à l’image à payer. En revanche, il arrive que des services annexes soient facturés. Notamment l’utilisation de parkings publics pour les équipes de tournage, l’occupation au sol de certaines zones de circulation ou de stationnement en ville. Pour la SBM, c’est un tantinet différent. Un tournage, est aussi un dossier commercial. Les équipes doivent donc s’engager à se restaurer et à prendre des hébergements dans les établissements du groupe. Dans certains cas, il est aussi demandé une redevance pour les droits à l’image. La SBM facture également la location des salles et tous les services mis à la disposition des équipes de tournage.
