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    Quel avenir pour Théramex ?

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    ECONOMIE / Créée en 1954, cette entreprise spécialisée dans la santé de la femme et la gynécologie qui emploie un peu moins de 200 salariés à Monaco vient d’annoncer deux plans sociaux pour 2013. Ce qui fait craindre à certains salariés la disparition pure et simple de Théramex.

    «C’est un plan d’intégration que l’on peut aussi voir comme un plan de désintégration. Car Théramex est une entreprise rentable. D’ailleurs, on a encore prévu une croissance à deux chiffres cette année », annonce un salarié de cette entreprise pharmaceutique. Mardi 18 septembre, la direction de Théramex a officialisé un plan social qui va toucher 84 salariés. Soit près de la moitié des effectifs. Un véritable choc pour cette entreprise qui a toujours gagné de l’argent.

    « Milliards »
    « La stratégie c’est de faire des économies sur la masse salariale pour augmenter encore les bénéfices », estime un salarié. Il faut dire que l’industrie pharmaceutique est en pleine restructuration. « En France, l’Etat a dû intervenir pour que Sanofi réduise son plan social de 2 000 à 900 salariés qui partiront d’ici 2015. Or, la pharma est un secteur qui va bien, et qui engrange des milliards d’euros. Notre employeur Teva réalise un bénéfice de 4 milliards par an ! Et Sanofi, c’est encore plus que ça… Ce qui ne les empêche pas de jeter dehors des centaines de salariés », soupire un employé.
    Si aujourd’hui Théramex ne communique pas de chiffres, en 2007 cette entreprise réalisait 103 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 241 salariés à Monaco. Selon les employés interrogés par L’Obs’, les choses auraient changé en 1999, date à laquelle le groupe pharmaceutique allemand Merck-Lipha a racheté Théramex, dirigé à l’époque par François Rougaignon. Une transaction estimée à 2 milliards de francs pour les quatre propriétaires : Paul Hamel qui a créé Théramex en 1954, François Rougaignon, Nicolas Guéritée et un holding regroupant des personnes physiques. Pas si mal pour une entreprise qui réalisait en 1998 un chiffre d’affaires de 632 millions de francs avec 500 salariés, pour une rentabilité estimée à près de 10 %. En 1999, Théramex était numéro 1 en France des traitements hormonaux substitutifs contre la ménopause, avec des produits comme le Lutényl. En 2009, le chiffre d’affaires était d’environ 100 millions d’euros.

    « Intégration »
    Pourtant, entre 2005 et 2009, quatre plans sociaux sont lancés. Alors que la production quitte la principauté en mars 2009. Seule consolation : « Dans un premier temps, Merck nous a laissé avec un statut de « stand alone business unit. » C’est-à-dire qu’on était maître de notre stratégie. Mais ensuite, avec l’arrivée de Teva, c’est une intégration pure et simple qui a été lancée. Avec à terme, une disparition de la marque Théramex. En fait, Teva a pris les réseaux de vente, les commerciaux et les produits. Et ils ont jeté le reste », soupire un salarié.
    En octobre 2010, Merck Serono vend Théramex au groupe pharmaceutique israélien Teva, leader mondial sur le marché des génériques. Coût de l’opération : 265 millions d’euros. Presque deux ans après, Teva a donc décidé de licencier près de la moitié des effectifs monégasques de Théramex. « Les salariés de Theramex n’ont pas démérité : il s’agit d’une logique d’entreprise et pas d’une sanction liée à de mauvais résultats financiers. Le site monégasque n’enregistre aucune perte financière. En fait, cette réorganisation est uniquement liée au rachat de Théramex par Teva en 2010. Et pas à une logique boursière, économique ou financière », a expliqué à L’Obs’ le président et administrateur délégué de Théramex depuis 2008, Christophe Hubert.

    « Restructuration »
    Une annonce qui n’a pas convaincu les salariés. « Certains sont en colère, d’autres sont abattus, d’autres sont choqués… C’est un mélange de tout ça. Mais c’est surtout un véritable coup de massue », raconte un salarié. Beaucoup se doutaient de l’issue. En mai 2011, Teva a racheté le groupe pharmaceutique américain Cephalon, pour 6,8 milliards de dollars. Avant d’annoncer en mars dernier la suppression de 1 500 postes, soit 27 % des effectifs en Europe et aux Etats-Unis. Alors, Cephalon et Théramex, même combat ? « En juin dernier, Cephalon a annoncé la suppression de 258 postes. Donc on se doutait que Théramex n’échapperait pas à une restructuration. L’objectif pour Teva, c’est aussi de rationaliser ces deux achats en réorganisant. Pourquoi pas en offrant à Théramex et à Cephalon un siège unique ? » s’interroge un salarié.
    En tout cas, les choses vont aller très vite. Puisque sur les 84 salariés licenciés, une première vague partira avant la fin de l’année. Et une quinzaine restera jusqu’en juin. Alors que L’Obs’ était en bouclage le 19 octobre, les discussions se poursuivaient entre la direction et les salariés. Des discussions assez tendues : « Les salariés n’ont pas le sentiment d’être entendus. On reste sur notre faim par rapport à la justification de ce plan social. D’autres salariés ne réalisent pas que dans quelques mois, tout sera fini. »

    « Indemnités »
    « Pour de la pharma, les indemnités qu’on nous propose sont très moyennes. Rien à voir avec ce qui a été fait dans des entreprises comme le laboratoire américain Allergan en 2005. On ne partira pas avec des centaines de milliers d’euros, mais plutôt avec un an ou 18 mois de salaire. Et après ? On fera quoi ? », s’inquiète un salarié. Ouvert en 2001 à Sophia Antipolis, le centre de recherche et de développement européen Allergan employait 126 chercheurs et ingénieurs.
    Les délégués du personnel ont réclamé des indemnités de licenciement revues à la hausse et surtout que le retour à l’emploi soit favorisé. Avec l’accent mis sur le volet formation et l’aide à la création et à la reprise d’entreprise. Car les 13 reclassements prévus dans le plan social n’ont pas convaincu : « 13 reclassements sur 84, ça signifie qu’on ne cherche pas forcément à reclasser tout le monde. Surtout que ces 13 postes sont à côté d’Amsterdam (Pays-Bas) et de Londres (Angleterre). »

    « Fermeture »
    Mais ce n’est pas tout. Car déjà un second plan social est prévu. « Il existe un second projet de réorganisation qui impliquerait la suppression de postes supplémentaires à définir dans les secteurs finance, achats, logistique et informatique, confirme Christophe Hubert. Une décision sera prise dans le courant du second semestre 2013. » Un nouveau plan social qui pourrait toucher une vingtaine d’emplois supplémentaires environ.
    Ce qui pourrait déboucher sur des mouvements sociaux : « Potentiellement, il pourrait y avoir des débrayages », a confirmé un salarié à L’Obs’. Pour le moment, les salariés négocient avec la direction et attendent de voir comment seront accueillies leurs demandes. Mais si toutes les propositions des salariés sont rejetées, le ton pourrait changer. Car en interne, certains en sont persuadés : « Aujourd’hui, on est proche de la fermeture de Théramex. »
    _Raphaël Brun

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