samedi 11 avril 2026
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    Que risque Monaco ?

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    SOCIETE/Quels sont les risques liés au nucléaire pour Monaco ? C’est la question posée par L’Obs’ notamment à l’autorité de sûreté nucléaire. Mais aussi au gouvernement.

    Depuis les catastrophes nucléaires de Tchernobyl en 1987 et de Fukushima en 2011, la peur du nucléaire est dans tous les esprits. Bien sûr, les installations nucléaires affirment être sûres, même si le risque zéro n’existe pas. En France, c’est l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui est chargée de s’assurer de la sûreté de l’exploitation de l’énergie nucléaire.

    Protéger
    Créée en juin 2006, sa mission est simple. Elle assure au nom de l’Etat français le contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection. Objectif : protéger travailleurs, patients, public et environnement des risques liés aux activités nucléaires. L’ASN a aussi un rôle informatif auprès des citoyens français. Sa mission se divise ainsi en deux tâches : effectuer des vérifications sur les installations nucléaires de base et sur le nucléaire dit de proximité.

    DASS
    Si l’ASN n’a pas d’autorité à Monaco, elle a cependant une sorte d’équivalent. C’est le département des affaires sociales et de la santé (DASS), assisté d’une commission technique, qui contrôlent les activités liées aux rayonnements ionisants, notamment en milieu médical. Une commission composée « du directeur de la DASS, d’un inspecteur des industries pharmaceutiques, du pharmacien inspecteur, du médecin inspecteur, du président de l’ordre des médecins, du président de l’ordre des pharmaciens, et de deux personnes compétentes dans le domaine des rayonnements ionisants, à savoir le chef du service de la médecine nucléaire et le physicien médical chef de l’unité médicale et de radioprotection », explique le département de l’intérieur. Seules les activités liées au nucléaire de proximité sont donc observées.

    la centrale de Cadarache

    Cadarache
    A proximité de Monaco, il n’y a pas d’installation nucléaire de base, comme des centrales par exemple. La plus proche, se trouve à seulement 200 kilomètres, à Cadarache, à proximité d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Considéré comme l’un des plus grands centres de recherches et de développement sur l’énergie nucléaire en Europe, Cadarache a récemment fait l’objet d’un contrôle par la division ASN de Marseille, qui s’occupe du secteur Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), Corse et Languedoc Roussillon.
    Bilan : le commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Cadarache a été mis en demeure d’assurer la surveillance de son prestataire principal, tout en renforçant la gestion des compétences liées à la sûreté du démantèlement de ses installations. Plus loin, à un peu plus de 300 kilomètres, il y a aussi la centrale de Marcoule, dans le Gard.

    Catastrophe
    Reste à savoir quelles seraient les conséquences en cas de catastrophe nucléaire à Cadarache ou à Marcoule. Le département de l’Intérieur reste relativement confiant : « Compte tenu de leur éloignement (les installations nucléaires de bases, NDLR), Monaco, tout comme Nice, ne sont pas dans le périmètre du plan particulier d’intervention (PPI) des installations nucléaires de Marcoule et de Cadarache. » Le gouvernement rappelle aussi que des accords internationaux avec la France permettent à la principauté d’être inclue dans les plans de secours de la région PACA. Alors que les pompiers et le personnel des urgences reçoivent une formation spécifique.

    Proximité
    Mais il n’y a pas que les centrales nucléaires qui présentent un risque. Il y a aussi ce qui est appelé le « nucléaire de proximité. » C’est-à-dire les traitements médicaux qui utilisent des composants nucléaires ou radioactifs : radiologie, radiothérapie, médecine dite nucléaire… Mais aussi le transport de matières radioactives ou de déchets radioactifs, comme il peut en exister dans le milieu universitaire. Mais à Monaco, c’est avant tout dans le domaine médical que l’exposition au nucléaire est présente. « Dans le service de médecine nucléaire du centre hospitalier princesse Grace (CHPG) sont pratiqués des actes diagnostic et quelques actes de petite thérapie », détaille le conseiller pour les affaires sociales et à la santé, Stéphane Valeri. Notamment des traitements à l’iode 131 pour « certaines pathologies non cancéreuses de la thyroïde. »

    Imagerie
    Mais à Monaco, c’est essentiellement l’imagerie médicale qui peut potentiellement présenter un risque. Notamment au niveau de l’imagerie « interventionnelle » du CHPG, qui « est une spécialité majeure dans le paysage médical de la principauté de Monaco », selon Stéphane Valeri. Un système qui associe une technique d’imagerie par rayonnement ionisant et un geste chirurgical. Il peut donc arriver que l’exposition à ces rayons radioactifs soit plus ou moins longue, selon les besoins de l’opération réalisée. Mais le conseiller du gouvernement estime que « les risques sont faibles et essentiellement liés à l’acte technique spécifique à chaque intervention, complication infectieuses, hémorragiques… »

    Irradiation
    Pour pallier aux risques liés à l’irradiation, qui concernent aussi bien le patient que le personnel médical présent, la principauté a investi dans un équipement qui lui permet de réduire l’irradiation liée à l’exposition. Ceci grâce à une « nouvelle génération de matériel lourd pour guider ces interventions », explique à L’Obs’ Stéphane Valeri. Un bon point pour Monaco à l’heure où l’ASN note une hausse de l’irradiation des patients dans l’imagerie nucléaire.
    _Romain Chardan

    Dominique malvaud

    « La privatisation du nucléaire pose problème »

    Dominique Malvaud, du comité Drôme-Ardèche de Sortir du nucléaire estime qu’en cas d’accident nucléaire, Monaco n’est pas à l’abri.

    Monaco est en danger en cas d’accident à Cadarache ou à Marcoule ?
    Sur l’ensemble des sites de la vallée du Rhône, la critique de l’ASN provient du fait que des entreprises comme EDF, Areva ou des sites nucléaires font de plus en plus appel à des entreprises privées. C’est de la sous-traitance par étage, puisque les entreprises sous-traitent elles aussi à d’autres entreprises privées.

    Quels sont les problèmes liés au transport de déchets radioactifs ?
    Le manque de suivi dans la sous-traitance est un risque. Car ces entreprises du privé sont tentées de réduire les coûts, que ce soit sur l’entreposage ou la qualité du transport. Des colis peuvent parfois se perdre. Ce n’est pas chose rare. Si les salariés des centrales sont surveillés, c’est moins vrai dans le secteur médical. La privatisation du nucléaire pose problème : elle est considérée comme un danger. En dispersant l’évacuation des déchets, on multiplie les risques.

    D’autres inquiétudes ?
    En cas de problème, l’Etat français a défini des plans particuliers d’intervention (PPI) avec des zones de 10 km autour de l’installation nucléaire qu’il faut évacuer. Au-delà de ces 10 km, personne n’est informé. A Fukushima par exemple, la ville est devenue très radioactive alors que les réacteurs qui ont explosé se trouvent à 70 km. Pour Cadarache même si une explosion du site n’aurait pas la même portée qu’un réacteur, le nuage radioactif pourrait s’étendre sur un rayon de 300 km. Il pourrait donc y avoir des conséquences pour Monaco.

    Et la médecine nucléaire ?
    On a des craintes car on utilise un peu trop facilement la radiologie pour des pathologies qui ne le nécessitent pas. Il faudrait donc en limiter l’utilisation. Une infirmière médicale n’est pas contrôlée comme du personnel spécialisé. La médecine du travail devrait vérifier les doses reçues par ces salariés. Il faut faire attention à ne pas dépasser les 25 millisieverts par an. Ce qui représente la dose maximale de radiation pour l’homme sur une année.
    _Propos recueillis par Romain Chardan

    Stéphane Valeri

    « La solution la moins irradiante doit être privilégiée »

    SOCIETE/Le conseiller de gouvernement pour les affaires sociales et la santé, Stéphane Valeri, répond aux questions de L’Obs’ sur les risques liés au nucléaire de proximité en principauté.

    La médecine dite nucléaire est pratiquée à Monaco ?
    Oui, dans le service de médecine nucléaire du centre hospitalier princesse Grace (CHPG). Dans ce service, sont pratiqués des actes diagnostiques et quelques actes de petite thérapie.

    Quels sont les traitements pratiqués ?
    Exceptionnellement, des traitements de petite thérapie à l’iode 131 pour certaines pathologies non cancéreuses de la thyroïde.

    Comment sont suivis les patients une fois leur traitement terminé ?
    Le patient est hospitalisé une demi-journée dans le service. Ce qui est une mesure de radioprotection supplémentaire.

    Pour le CHPG et l’IM2S, comment est réglementée la radiothérapie ?
    Il n’y a pas d’appareil de radiothérapie à l’IM2S. Au CHPG, un accélérateur de particules pour les traitements de radiothérapie est installé dans le service de radiothérapie. Ce service applique les normes de radioprotection de la France.

    La radiologie « interventionnelle » est pratiquée à Monaco ?
    L’imagerie « interventionnelle », est un terme plus exact parce qu’il inclue les interventions réalisées sous d’autres moyens d’imagerie, comme le scanner, l’échographie, voire l’IRM. C’est une spécialité majeure dans le paysage médical de la principauté de Monaco. Cette offre de soins s’est développée depuis près de 20 ans au CHPG.

    Quels sont les risques liés à cette pratique ?
    Les risques sont faibles et essentiellement liés à l’acte technique spécifique à chaque intervention : complications infectieuses, hémorragiques, fonctionnelles ou neurologiques essentiellement.

    Qui peut être concerné ?
    Les risques liés à l’irradiation en rapport avec une exposition aux rayons X peuvent concerner le patient ou l’opérateur, c’est-à-dire le radiologue interventionnel et le personnel médico-technique qui entoure chaque procédure de radiologie interventionnelle. Mais il faut savoir que l’irradiation subie, liée à cette intervention est régulièrement diminuée avec chaque nouvelle génération de matériel lourd utilisé pour guider ces interventions. Au CHPG l’exposition du patient est minimisée grâce à un équipement de pointe.

    Il y a déjà eu des accidents ?
    Depuis le début de l’activité de radiologie interventionnelle en 1992, aucune complication liée à l’exposition aux rayons X n’a été répertoriée au CHPG.

    Les équipes de radiologie « interventionnelle » sont formées spécifiquement ?
    Oui. La formation du personnel est essentielle dans la prévention de ces risques radio-induits. Elle vise à diminuer au maximum l’exposition aux rayons X pour chaque procédure. Un ensemble de réglementations et de contraintes techniques entourent chacune de ces procédures.

    Selon quelle logique ?
    Dans la mesure du possible, c’est la solution la moins irradiante qui doit être privilégiée. Tout ceci est bien encadré dans un ensemble de directives, les directives Euratom, qui sont appliquées en principauté. La durée des procédures est aussi un facteur essentiel. Celle-ci est naturellement diminuée avec l’expérience de chaque opérateur.

    Comment maîtriser l’exposition aux rayons et le temps de l’intervention pour le personnel et les patients ?
    Il faut distinguer la radioprotection du patient et celle du personnel. Pour le patient, c’est la surveillance et l’analyse de la dose reçue au travers d’un logiciel récupérant les doses des patients réalisant un scanner. Il y a aussi l’équipement, par l’intermédiaire de la modulation de certains paramètres de réglage conditionnant l’obtention de l’image, avec notamment la régulation des mAs et l’optimisation de la tension. Et bien entendu, la rapidité de l’acte.

    Et pour le personnel médical ?
    C’est la formation. Mais aussi la quantification des doses avec le port de dosimètre électronique en temps réel au niveau de la poitrine et de dosimètres sous formes de bagues pour les mains et le matériel de radioprotection. Sans oublier le port ou l’utilisation d’écrans de protection en plomb.

    Comment sont traités les déchets radioactifs issus du milieu médical monégasque ?
    La majorité des déchets est traitée par décroissance radioactive. Cela signifie qu’ils sont stockés jusqu’à ce que, naturellement, leur radioactivité devienne négligeable. Ceci n’est possible que parce que les demi-vies sont courtes. Pour les déchets à demi-vie plus longue, un organisme externe français vient les récupérer.

    Quel circuit suivent ces déchets ?
    Les déchets solides et liquides générés par le CHPG sont stockés sur place jusqu’à ce qu’ils ne soient plus des déchets radioactifs. C’est une gestion par décroissance radioactive.

    Comment garantir la plus grande sécurité possible ?
    La radioprotection du patient et de l’ensemble du personnel est un souci constant pour les équipes de soins. La mise en œuvre des bonnes pratiques de réalisation vise à diminuer au maximum l’exposition aux rayons X. La formation du personnel est essentielle dans la prévention de ces risques radio-induits.

    Il y a déjà eu des incidents ?
    Non.

    L’ASN a noté une hausse des doses radioactives, notamment avec l’imagerie médicale : quelle est la tendance à Monaco ?
    Cette question traduit une confusion entre l’imagerie à visée diagnostique et les traitements par produits radioactifs, injectés ou administrés oralement effectués, en médecine nucléaire. Et la radiothérapie externe qui utilise des rayonnements externes ou qui implante des grains radioactifs non assimilables par l’organisme curiethérapie (1).

    Quel est le bilan pour l’imagerie à visée diagnostique ?
    En imagerie de médecine nucléaire on irradie de moins en moins les patients car les appareillages étant de plus en plus sensibles, on injecte de moins en moins de produit radioactif. Pour les scanners couplés aux appareils de médecine nucléaire, on utilise des procédures automatiques d’optimisation de dose qui limitent l’irradiation. En médecine nucléaire, la tendance est donc à la diminution de la dose pour le patient. En revanche, on « investigue » de plus en plus de patients.

    Et pour les traitements par produits radioactifs ?
    Pour les scanners radiologiques couplés aux appareils de médecine nucléaire, les appareillages sont plus performants, avec une meilleure résolution. Du coup, ils permettent d’obtenir des images plus fines, mais plus irradiantes. Tout dépend de ce que l’on veut obtenir. Sur une imagerie d’une pathologie bénigne ou en dépistage d’une personne à faible risque de cancer, il faut privilégier une faible irradiation, même si l’on sacrifie un peu la qualité de l’image.

    Et pour les cas plus sérieux ?
    Dans le suivi d’un cancer avéré, pour lequel le patient bénéficiera d’ailleurs peut-être d’une radiothérapie, le risque évolutif de la maladie est sans commune mesure avec le risque supposé de l’irradiation diagnostique lié à l’imagerie. Il faut donc privilégier la sensibilité et donc la résolution.

    Comment prendre la remarque de l’ASN ?
    L’ASN fait une simple constatation : celle qu’en moyenne on utilise de plus en plus l’imagerie très résolue. Ce qui ne veut pas dire que ce soit inutile ou fait sans discernement. Si en 2013, on guérit en moyenne un cancer sur deux et si en 40 ans on a augmenté d’environ 10 ans la survie de la population dont la mortalité est dominée par le cancer et les maladies cardio-vasculaires, peut-être faut-il aussi y voir le bénéfice apporté par les progrès des stratégies d’investigation et de prise en charge des patients.

    Comment éviter les dérapages ?
    En appliquant les principes fondamentaux de la radioprotection. C’est-à-dire en justifiant les actes sur les patients utilisant des rayonnements ionisants. C’est de la responsabilité des médecins prescripteurs et réalisateurs. Il faut optimiser la dose reçue par le patient et le personnel grâce à des équipements utilisant des fonctions d’optimisation de la dose. Il est nécessaire de ne pas dépasser les limites de la réglementation ou les recommandations des sociétés savantes.
    _Propos recueillis par Romain Chardan

    (1) La curiethérapie est un moyen de traiter des tumeurs qui consiste à mettre en place des sources radioactives à l’intérieur de l’organisme.

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