Des tonnes et des tonnes de déchets… Plusieurs grands événements organisés à Monaco sont extrêmement salissants. Grand Prix, Jumping, fête foraine ou encore marché de Noël… Des employés de la Société monégasque d’assainissement (SMA) nous livrent leur expérience de terrain.
Si Monaco est mondialement connu pour son aspect luxe, glamour et sécuritaire, ce qui frappe également les visiteurs extérieurs, c’est la propreté qui y règne… Comment la Principauté parvient-elle à entretenir des rues (quasiment) sans le moindre déchet ou mégot de cigarettes ? Est-ce parce que les résidents monégasques sont plus propres et vigilants qu’ailleurs ? Ou est-ce parce que la Société monégasque d’assainissement (SMA) en charge de la collecte des déchets et du nettoyage des rues, est tout particulièrement efficace ? « Je répondrais que cela n’a pas vraiment de rapport avec les visiteurs ou résidents de la Principauté qui se comportent comme tous les habitants dans d’autres pays… C’est simplement que la Direction de l’ Aménagement Urbain (DAU) et le gouvernement nous donnent les moyens humains et financiers pour que les rues soient propres », répond Rémi Regul, directeur du service propreté/environnement à la SMA. Il faut dire qu’à l’année, un peu plus de 200 employés sont mobilisés sur le terrain, 7 jours/7, pour entretenir la propreté du pays. Un travail d’autant plus intense et minutieux lorsque de grands évènements sont organisés en Principauté.
Fête foraine, Jumping, marché de Noël
Et les évènements qui génèrent des tonnes de déchets ne manquent pas. Les professionnels de la SMA interrogés citent généralement le Jumping, le Yacht Show, ou encore les divers feux d’artifice sur le port Hercule, en raison notamment des très nombreux pétards qui jonchent le sol. « On peut citer aussi la fête foraine, les réveillons du jour de l’an et le marché de Noël », énumère Philippe Perez, cantonnier à la SMA depuis 4 ans. « L’activité est également dense durant tous les week-ends d’été, sur le port en général et la darse sud en particulier, à côté des établissements de nuit », rajoute à son tour Luca Rocchia, employé à la SMA depuis 3 ans. Si Monaco-Ville et les alentours du Casino, sont, selon ces professionnels, les zones les plus propres de la Principauté, c’est donc essentiellement sur le port Hercule, zone qui rassemble souvent une foule dense, que l’essentiel des déchets s’amoncelle. « Nous voyons également beaucoup de déchets au niveau des zones frontalières avec la France, vers Hector Otto notamment ou bien encore à l’Annonciade », rapportent ces deux employés de la SMA.
Durant le Grand Prix, le port Hercule est une déchèterie à ciel ouvert
Mais l’évènement le plus salissant est sans aucun doute le Grand Prix qui demande une impressionnante et très millimétrée organisation, de jour comme de nuit. Durant les 4 jours de compétition, la Principauté et la darse sud en particulier se transforment en un véritable night-club à ciel ouvert mais aussi au fur et à mesure de la soirée et de la nuit, en une déchèterie à ciel ouvert… « De la Brasserie jusqu’à la Rascasse, les restaurateurs ont le droit d’occuper la piste le soir pour faire discothèque, rappelle Rémi Regul. La darse sud est donc jonchée d’innombrables déchets en tous genres sur le sol : gobelets, assiettes en carton, essuie-mains, canettes, ou encore bouteilles en verre. C’est le plus gros événement de l’année pour la SMA. »

« Deux heures pour tout remettre en état »
Quand la fête est finie, les noctambules sont donc remplacés peu à peu par les travailleurs de la SMA. Dès cinq heures du matin, ces employés ont la délicate mission de tout nettoyer en un temps record car quelques heures plus tard seulement, ce sont les Formule 1 qui devront s’élancer sur le circuit, pour les essais ou la grande compétition officielle. « Le délai le plus court que l’on ait eu pour tout nettoyer a été 1h30. Généralement, nous avons en moyenne deux heures pour tout remettre en état », rajoute Rémi Régul. Les volumes d’ordures collectés donnent un ordre d’idée de la quantité colossale de déchets qu’ils trouvent sur le sol. « Lors du dernier Grand Prix, en 4 jours, 35 tonnes de verre ont été récoltées, estime Cheboub Abdelkrim, agent depuis 6 ans à la SMA. Avec mon binôme, nous avons récolté en moyenne huit tonnes (1) par soir. » Soit des volumes équivalents, voire supérieurs, à ceux de l’année 2019, avant la crise sanitaire.
« Tout nettoyer à la main serait impossible »
Pour mener à bien cette mission en un temps record, le personnel de la SMA est heureusement aidé par des machines : six balayeuses au total. « Tout nettoyer à la main serait impossible. La balayeuse effectue 80% du travail, et les cantonniers s’occupent des finitions. Ils interviennent dans les coins où la machine ne peut pas accéder », explique Luca Rocchia, employé depuis 3 ans à la SMA. Dans les tribunes où sont accueillis les spectateurs, le travail est également colossal (2). Car il faut ramasser, un par un, tous les déchets présents sur place, puis les trier. « Nous n’avons pas le droit de nettoyer le circuit avec des manches à eau car les voitures vont ensuite y circuler, en revanche, sous les tribunes, nous pouvons les utiliser pour nettoyer le sol, car il arrive que des fêtards urinent dans cette zone durant la nuit… rappelle Rémi Régul. Les déjections des pigeons doivent également être nettoyées sur les bancs des tribunes car c’est là où les spectateurs vont s’asseoir. Les places pour assister à la course sont tout de même onéreuses, il faut que tout soit propre. » Durant le dernier Grand Prix, la Société d’exploitation des ports de Monaco (SEPM) a également demandé pour la première fois à la SMA de retirer les déchets retrouvés dans l’eau. Grace à un scooter des mers équipé de filets latéraux, les personnels de la SMA ont ainsi ramassé dans les ports 80 litres de déchets par jour.
« Intervenir, le Jour J, en pleine cœur de la course, est un énorme stress »
Durant les différents Grand Prix – qu’ils soient électrique, historique ou de F1 – la SMA a également un autre rôle primordial. « Nous sommes réellement partie prenante pendant la compétition », rappelle en effet Rémi Regul. La cause ? Lorsqu’une voiture de course est accidentée sur la piste, ce sont tout d’abord les commissaires qui interviennent pour évacuer le véhicule endommagé et pour disperser de l’absorbant. Ensuite, c’est une balayeuse de la SMA qui prend le relais pour nettoyer cet absorbant. « C’est une grosse responsabilité car nous devons intervenir dans un délai très restreint. Il faut que le travail soit bien fait car juste après, la course reprend. Intervenir, le Jour J, en pleine cœur de la course, il faut imaginer le stress du chauffeur de la balayeuse à ce moment-là. C’est la responsabilité d’un seul homme », rappelle ce professionnel, tout en soulignant que Monaco est plutôt réputé pour sa capacité à enlever très rapidement les véhicules accidentés et pour le nettoyage rapide des pistes. « Lorsqu’il y a un accident sur la piste, le directeur de course appelle Thierry Francart, le directeur général de la SMA qui à son tour nous donne des consignes du type : “vous avez 2 minutes 30 pour intervenir sur ce secteur-là“. Le plus stressant est de respecter le temps imparti avant le redémarrage de la course », se remémore à son tour Luca Rocchia. Au-delà des accidents sur la piste, cette société monégasque intervient également entre les épreuves pour nettoyer la gomme que les voitures de course perdent pendant qu’elles roulent.
1) Tonnes de verre
2) La SMA est en charge des tribunes situées sur le Port Hercule. Les plus petites tribunes, notamment celle situées sur la Place du Casino, sont confiées à d’autres prestataires.
