lundi 13 avril 2026
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    Princesse Stéphanie : « Mon père me manque tous les jours »

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    Mercredi 31 mai, la Principauté a mis à l’honneur le prince Rainier III pour le centenaire de sa naissance. La princesse Stéphanie a accepté de nous livrer ses souvenirs d’enfance aux côtés de son père. Elle rend également hommage aux 56 ans de règne du prince bâtisseur.

     

    CÉLÉBRATION DU CENTENAIRE

    Ce centenaire a débuté mercredi 31 mai  par une grande fête sur le Rocher. Votre père aimait-il ce type de rassemblement populaire avec les Monégasques et les résidents ? 

    Il adorait cela. Que ce soit pour les 25 ans de son règne, son jubilé, ou bien la célébration des 700 ans des Grimaldi, il a toujours souhaité qu’un grand rassemblement soit organisé pour réunir les Monégasques et les résidents. Il aimait être proche de son peuple. En grandissant, j’ai toujours ressenti que les Monégasques étaient les enfants de mon papa. Il n’a d’ailleurs jamais manqué un pique-nique avec eux… Le 31 mai est  donc une fête simple et populaire, comme il les aimait tant. 

    Est-ce important pour vous que les jeunes générations qui vivent aujourd’hui en Principauté connaissent  l’œuvre de votre père ? 

    C’est à mon sens très important. Je ne voudrais pas que les jeunes de la Principauté pensent que tout était acquis…Tout ce que l’on a aujourd’hui à Monaco, on le doit au prince Rainier III, et, à présent, au prince Albert II.  Ce fut un long combat pour mon papa… Il est essentiel qu’ils en aient conscience. Ce centenaire est aussi une occasion de lui dire merci. Nous sommes gâtés, nous avons de la chance de vivre dans ce pays. Tout ce que nous avons, c’est lui qui l’a imaginé pour nous.

    En parlant de jeune génération, le lycée hôtelier sera d’ailleurs rebaptisé “Lycée Rainier III“…

    Oui, c’est un symbole important. La création de ce lycée hôtelier était un souhait de mon père. Il voulait développer cette filière à Monaco. Il y a donc le collège Charles III, le lycée Albert Ier et, prochainement, le lycée Rainier III. 

    Princesse Stéphanie Centenaire Rainier III
    « LUI DIRE MERCI » — « Je ne voudrais pas que les jeunes de la Principauté pensent que tout était acquis… Tout ce que l’on a aujourd’hui à Monaco, on le doit au prince Rainier III, et, à présent, au prince Albert II. Ce fut un long combat pour mon papa… Ce centenaire est aussi une occasion de lui dire merci ». © Photo Eric Mathon / Palais Princier.

    56 ANS DE RÈGNE

    Votre père a pris les rênes de la Principauté en 1949, à l’âge de 26 ans seulement. Il était le plus jeune souverain d’Europe… A-t-il été préparé à cette haute fonction ? 

    Je ne pense pas.… Et puis, peut-on vraiment se préparer à ce type de fonction ? Surtout aussi jeune ? Il faut se souvenir que mon père a hérité de Monaco durant une période très difficile, après la guerre. Il y avait beaucoup à construire et à reconstruire. Le prince Albert I er a réalisé de très nombreuses expéditions ayant énormément contribué au rayonnement de Monaco, le prince Louis II était un grand militaire, mais tous deux, n’étaient pas souvent présents en Principauté. Or mon père, dès le jour de son avènement a eu une vision pour Monaco. Il était très attaché à son territoire. Il aimait y rester, et a tout fait pour le faire prospérer.  On s’en souvient d’ailleurs assez peu mais le prince Rainier III est le premier prince né à Monaco, au palais princier, depuis Honoré IV en 1758.

    Vous le disiez, votre père, en 1949, a hérité d’une Principauté pauvre et peu animée. Lorsque vous observez tout ce qu’il a accompli en 56 ans de règne, et la manière dont il a métamorphosé Monaco, avec notamment 31 hectares supplémentaires de territoire, qu’est-ce que cela vous inspire ?

    Qu’il a été un homme incroyable. L’image du prince bâtisseur revient beaucoup, mais son œuvre va bien au-delà des chantiers. Il a été le bâtisseur de tout Monaco. Les avancées sociales, les espaces verts, tout la partie industrielle avec de grandes entreprises encore présentes aujourd’hui. Sans oublier l’apport culturel. Il a fait venir les plus grands chanteurs et musiciens. Et surtout la reconnaissance internationale. En 2023, nous célébrons les 30 années d’adhésion de la Principauté à l’ONU.  Mon père a toujours été animé par cette volonté de casser cette image “ d’une Principauté d’opérette “. Il détestait cela.

    Voyez-vous des similitudes dans la personnalité ou la manière de gouverner entre le prince Rainier III et votre frère, le prince Albert II ? Ou sont-ils des hommes assez différents ? 

    Ils ont nécessairement des similitudes de par l’éducation que notre père nous a donnée. Mais les époques sont très différentes… Il est d’ailleurs important qu’ils soient différents dans leur manière de gouverner. Le prince Albert II a sa personnalité et sa manière d’aborder les choses, dans une époque qui n’est plus la même. Il mène son chemin et fait évoluer la Principauté avec les bases laissées par mon père. Il évolue avec son temps, et avec le monde qui évolue lui aussi. 

    Votre mère, la princesse Grace, a-t-elle beaucoup soutenu votre père dans son rôle de chef d’État, comme pourrait le faire par exemple une première dame avec un président de la République française ? Était-elle une conseillère dans ses choix politiques, sociaux, économiques ou culturels ?

    Le terme conseillère n’est sans doute pas approprié. Ma mère n’a jamais voulu se mêler de politique. Ce n’était pas son rôle. Je dirais qu’elle a toujours été d’un grand soutien. Elle menait ses actions caritatives avec un immense plaisir, et elle a aidé au rayonnement de Monaco en étant toujours aux côtés de mon père. C’est la raison pour laquelle ils ont formé un couple aussi mythique. Ils avaient une vraie complémentarité. Je suis certaine que mon père n’aurait pas pris certaines décisions, ou mené certains combats, sans le soutien de son épouse.

    Rainier III Princesse Stéphanie
    EMOTION — « C’est l’une des plus belles photos de mon papa. On voit qu’il ressent une émotion très intense. Il savait sans doute que c’était son dernier festival (…) A chaque début de festival, je rentre dans ce chapiteau et je sens sa présence. Je sens qu’il veille sur moi. » © Miti Info Image / Institut audiovisuel de Monaco

    ENFANCE

    Que savez-vous de l’enfance et de l’adolescence de votre père ? Vous en parlait-il souvent ?

    Non, il l’évoquait très peu. Je pense que cela n’a pas été une période facile pour lui. Notamment par rapport au divorce de ses parents, ce qui, à l’époque, était peu fréquent. Il a également été envoyé en pension. Il m’a davantage parlé de son engagement dans l’armée et de ses années d’étudiant. La pièce de théâtre dans laquelle il avait joué en 1942 quand il étudiait à Montpellier, Les jours heureux, sera d’ailleurs reprise pour ce centenaire par le Studio de Monaco. C’est un joli clin d’œil…

    Quels étaient ses rapports avec sa sœur, la princesse Antoinette ? On dit qu’ils étaient très liés dès l’enfance…

    Ils ont effectivement été très proches dès leur enfance et tout au long de leur vie, avec des moments aussi où ils ne se parlaient plus, comme dans toutes les fratries. Il faut dire que les deux avaient de forts caractères (rires).

    Vous avez eu un père chef d’État, avec d’innombrables obligations. Il était aussi le père, “de tous les Monégasques“… Durant votre enfance en particulier et votre adolescence, vous a-t-il beaucoup manqué ?

    Oui bien sûr. Il passait des heures et des heures à travailler dans son bureau. Lorsque nous étions enfants, nous le voyions donc assez peu. Mais s’il passait tant de temps dans son bureau, c’était pour faire de la Principauté ce qu’elle est aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle lorsque j’entendais certaines personnes critiquer Monaco de son vivant, j’avais du ressentiment. Car je savais à quel point il avait sacrifié des moments avec ses enfants pour que la population vive bien.

    Vous aviez une relation fusionnelle ?

    Oui… J’ai 7 et 8 ans de différence avec mon frère et ma sœur. Je vivais donc un peu comme une enfant unique, car ils étaient déjà grands. Ils avaient leur vie. J’étais donc très souvent avec mon père. Nous avions nos petits rituels, nos moments à nous, nos blagues. Lorsque l’on partait en vacances, où lorsque l’on était au Rocagel, j’étais la plus heureuse du monde.

    Dans une interview, vous indiquiez que vous pensiez tous les jours à votre père. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ? Est-il encore votre boussole ?

    Oui. Il me manque tous les jours. Je sais qu’il est là, et qu’il me conseille de là-haut. A chaque début de festival, je rentre dans ce chapiteau et je sens sa présence. Je sens qu’il veille sur moi. 

    LE CIRQUE ET LES ANIMAUX 

    Le Jardin animalier que votre père a créé en 1954 (1) a été rebaptisé Jardin Rainier III. A-t-il toujours vécu entouré d’animaux ? Dès l’enfance ?

    Oui toujours. Il disait souvent qu’il faisait plus confiance aux animaux qu’aux hommes, et je pense la même chose… (rires). Concernant le jardin animalier, j’aime à préciser que mon père n’a jamais acheté un seul animal. Il s’agissait uniquement d’animaux abandonnés par des zoos, des cirques ou des particuliers. Ils ont trouvé refuge dans cet espace. En ce sens, il était précurseur. 

    La passion du cirque qu’avait votre père, savez-vous quand et comment est-elle née ?

    Difficile à dire. Je l’ai toujours connu ainsi passionné. Étant moi-même animée par la même passion, je pense que ce qui l’enthousiasmait avant tout ce sont les gens du cirque. Leurs valeurs. Ils se sentaient très proches d’eux. A cette époque, les grandes familles du cirque faisaient tout en famille… Il admirait cette unité. Avec eux, il pouvait également être lui-même. J’ai toujours considéré que le cirque est un don de soi pour donner du rêve et du bonheur aux autres. Quelque part, c’est un bon résumé de la vie de mon papa… C’est ce qu’il a toujours fait. Beaucoup de sacrifices par rapport à sa vie de famille, pour son pays et pour le bien des Monégasques et des résidents. 

    Prendre la relève du Festival international du cirque de Monte-Carlo après sa disparition en 2005 était une évidence pour vous ?

    Oui absolument. J’ai passé une quinzaine d’années à ses côtés pour l’épauler. J’étais son bras-droit. Quand il ne pouvait pas venir aux répétitions ou aux réunions, je le représentais. Et quand il partait voir des cirques, il me prenait sous son aile car il savait que j’aimais profondément cet univers. 

    Une image a beaucoup marqué la population. Il s’agit d’une photo sous le chapiteau de Fontvieille où l’on voit votre père, acclamé par le public, et très ému. C’était en janvier 2005, quelques mois avant sa disparition…  

    C’est l’une des plus belles photos de mon papa. On voit qu’il ressent une émotion très intense. Il savait sans doute que c’était son dernier festival…

    En 2024, le Festival international du cirque va fêter son jubilé. 50 ans d’existence. Avez-vous des souvenirs de la toute première édition en 1974 ? Vous étiez encore une petite fille…

    Ce ne sont que de merveilleux souvenirs. Il y avait la famille Bouglione et la famille Tony.  J’étais membre du jury junior (rires). Ces 50 ans seront l’occasion de rappeler que le prince Rainier a redonné ses lettres de noblesse au cirque. Cet art ne serait sans doute pas ce qu’il est aujourd’hui si mon père n’avait pas créé ce festival. 

    (1) Jardin animalier baptisé à l’époque Centre d’acclimatation zoologique de Monaco.

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