Perte de certains donateurs et frais liés à l’application des nouvelles procédures… La Croix-Rouge monégasque (CRM) a profité de sa conférence annuelle pour alerter des difficultés que provoque la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. En somme Moneyval compliquerait le travail des associations, et si son envergure permet à la CRM de se conformer aux nouvelles règles, elle s’est fait le porte-voix des structures plus petites, d’autant plus impactées.
Alors que Moneyval est sur les côtes de la Principauté et que les ONG sont souvent considérées comme un point d’entrée pour le blanchiment de capitaux, il y a quelques mois, le gouvernement monégasque a informé les associations des nouvelles dispositions à prendre. D’abord, pour chaque don supérieur à 200 euros, elles doivent demander au donateur de fournir une copie de sa carte d’identité et d’indiquer son lieu de résidence. « On a des refus. Soit parce qu’ils se sentent “fliqués”, soit par peur d’être ensuite sollicités par d’autres associations, soit parce que leur carte n’est pas à jour alors ils laissent tomber… », a expliqué Frédéric Platini, secrétaire général de la Croix-Rouge monégasque.
« Il y a moins de résistance sur les grosses sommes, mais on perd les petits donateurs, en particulier sur la population des 70-90 ans qui avait l’habitude de faire son petit chèque à la Croix Rouge », a-t-il précisé. Autre nouvelle obligation : tenir un registre des bénévoles, un registre des bénéficiaires et un registre des donateurs, ce qui représente une charge administrative importante et coûteuse. « C’est un volume de travail monstrueux pour lequel on est équipé parce qu’on est une grosse structure avec du budget et des salariés, mais les petites associations en souffrent », déplore Frédéric Platini.
Se retirer c’est jouer le jeu des terroristes
Par ailleurs, la CRM a tenu à exprimer ses craintes concernant les pays blacklistés par Moneyval à savoir la Syrie, le Soudan, l’Afghanistan, Cuba ou encore la Bulgarie, vers lesquels les versements sont bloqués par peur qu’ils ne soient détournés. Or, « après un tremblement de terre en Syrie, il y a des populations qui ont besoin de soins, de repas et de vêtements… Un enfant qui a besoin de manger, où qu’il soit, on doit pouvoir lui apporter », affirme Frédéric Platini. Là encore, la dimension internationale de la Croix-Rouge permet à l’organisme, le plus souvent, de parvenir à faire transiter les fonds. Mais ce n’est pas le cas des petites structures : « J’ai discuté avec Mission Enfance dernièrement qui intervient en Irak et en Afghanistan… c’est compliqué », explique le secrétaire général de la CRM.

Pour Claude Fabbretti, directeur opérationnel du secourisme et des actions internationales à la CRM, « il ne faut pas baisser les bras. Parce que les associations qui doivent mettre 50 000 procédures en place pour convaincre un banquier d’envoyer de l’argent au Burkina Faso, elles vont finir par dire on arrête le Burkina. Et c’est jouer le rôle des terroristes, c’est ce qu’ils attendent. C’est ainsi que la France s’est retirée du Mali, du Niger, du Burkina Faso, où les gens ont pourtant toujours voire d’autant plus besoin. C’est très préoccupant ». « Oui pour la transparence, non au financement du terrorisme, c’est très clair. Non au blanchiment d’argent, c’est très clair aussi, mais il faut laisser aux ONG la capacité de fonctionner dans leurs pays d’intervention pour venir en aide aux populations », a résumé Frédéric Platini, assurant que le problème ne se posait pas qu’en Principauté.
Le saviez-vous ? Environ 200 défibrillateurs dans les rues de la Principauté
Monaco a fait partie des premiers États au monde à avoir installé des défibrillateurs dans ses rues, en 2005, à l’initiative de l’Association de lutte contre la mort subite, du Centre hospitalier Princesse Grace et de la Croix-Rouge monégasque (CRM). Vingt-huit défibrillateurs automatisés externes ont été répartis dans la ville, puis de nombreuses structures privées (administrations, entreprises, établissements recevant du public) ont acheté le leur, entre 1 500 et 2 000 euros. Si bien qu’aujourd’hui, Claude Fabbretti, directeur opérationnel du secourisme et des actions internationales de la CRM, estime qu’il y aurait environ 200 défibrillateurs à Monaco, ce qui en ferait l’Etat avec la plus forte densité de défibrillateurs au monde. Parmi eux, 70 sont localisés sur l’application AEDmap. En moyenne ils ne sont utilisés que deux fois par an, mais selon Claude Fabbretti, « la plus grosse contribution de ces défibrillateurs, c’est que ça a fait prendre conscience à la population de la nécessité de se former aux premiers secours. Ils ont vu un appareil et se sont dits qu’ils devaient apprendre à l’utiliser. Une fois à la Croix rouge pour ce faire, ils font la formation complète des premiers secours ». Notons au passage que la CRM recherche 60 000 euros pour renouveler les 28 appareils devenus obsolètes.
