jeudi 16 avril 2026
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    Serge Telle le diplomate

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    POLITIQUE/Serge Telle est entré en fonction le 1er février. Focus sur le nouveau ministre d’Etat, passé de New York à Marseille, en passant par Sarajevo et Monaco.

     

    C’est un peu comme s’il n’avait jamais vraiment quitté Monaco. Son nom se murmurait avant même la nomination de Michel Roger au poste de ministre d’Etat en 2010. Six ans plus tard, et 8 ans après son pot d’adieu à la Principauté, l’ancien ambassadeur de France, qui y a conservé des amitiés, revient place de la Visitation.

    Ce sexagénaire élégant a le profil du parfait diplomate. Entré au Quai d’Orsay en 1982, il a enchaîné les missions de terrain. Que ce soit au sein de la délégation permanente française auprès de l’ONU à New York ou en tant que conseiller diplomatique de Bernard Kouchner alors ministre de la Santé et de l’Action humanitaire (1988-1992). Aux côtés du “french doctor”, il a promu le droit d’ingérence, avec le juriste international Mario Bettati. Chargé de la coordination des opérations humanitaires aux Nations-Unies à Genève, il revient en cabinet ministériel en pleine cohabitation. De 1997 à 2002, il est en effet conseiller technique de Lionel Jospin, alors chef de gouvernement socialiste sous l’ère chiraquienne. Chirac réélu pour un deuxième mandat, après un inoubliable 21 avril, Serge Telle réajuste sa casquette de diplomate. Direction Monaco. Le compagnon de la journaliste Guilaine Chenu, avec qui il a un fils, y débarque comme consul général de Monaco. C’est à cette fonction qu’il jouera un rôle dans la renégociation des accords franco-monégasques, qui aboutira à une émancipation de la Principauté vis-à-vis de la France. « Monaco était devenu depuis son adhésion à l’ONU en 1993 un acteur de la société internationale. A sa mesure, avec ses moyens, mais sa souveraineté était incontestable au regard du droit international. Il était nécessaire, et c’était une volonté commune de la France et de Monaco, de transcrire cette réalité dans de nouveaux traités bilatéraux », expliquait-il alors dans L’Obs’. De ces nouveaux accords signés en 2005, au-delà de la refonte de la convention d’entraide judiciaire et de dispositions économiques et financières, on retient surtout la possibilité pour le chef d’Etat monégasque de nommer le ministre d’Etat de son choix. Sans se cantonner à une liste envoyée par l’Elysée…

    Premier ambassadeur de France à Monaco, Serge Telle a également assumé une mission confiée par le Quai d’Orsay. A une époque où Paris, exsangue, vendait ses bijoux de famille, il s’agissait de vendre au plus offrant la résidence de France, la Villa Trotty, une des plus jolies villas de la Principauté. « Alors que beaucoup projetaient d’y construire une tour, il a fait ça proprement. Il a permis de sauver la villa Trotty en la vendant à un milliardaire italien, Stefano Pessina, à la condition de maintenir la façade et les jardins », assure un proche de l’ambassade. Le prince Albert avait en effet classé la villa et rendu le périmètre totalement inconstructible. « Je trouve que c’est une décision sage, raisonnable, qui tient compte du fait que Monaco doit préserver son histoire et son patrimoine », commentait alors Serge Telle, dans les colonnes de L’Obs’.

     

    Effet miroir

    Des impératifs que Serge Telle va regarder aujourd’hui sous le prisme monégasque. Après avoir défendu les intérêts de la France à Monaco, ce Breton se retrouve dans la situation où il doit préserver ceux de Monaco, y compris vis-à-vis de Paris. Surtout dans un contexte de négociations d’un accord d’association avec l’Union européenne. « C’est un bon diplomate dont la carrière a évolué quelque soit l’étiquette du gouvernement. Un homme malin, qui sait très bien manœuvrer et ne se laisse pas marcher sur les pieds », souligne un proche, confiant. Avant d’ajouter : « Il doit juste remettre à niveau ses connaissances sur Monaco. » Depuis son départ en 2008, la Principauté a en effet changé. Nouvelle donne au gouvernement, avec l’arrivée de profils différents comme Stéphane Valeri, issu du privé et ex-président du conseil national. Nouvelle donne politique, avec un changement de majorité, incarnée par Laurent Nouvion. « Mais ce ne sera pas bien compliqué », sourit cette même source. Il y a des dossiers que le nouveau ministre d’Etat domine déjà.

    Ancien ambassadeur à Bruxelles chargé de l’Union pour la Méditerranée (UPM) — un beau projet hélas vite enterré —, l’homme connaît bien les arcanes européennes. En plein printemps arabes, Serge Telle est devenu délégué interministériel pour la Méditerranée. Sa fonction ? « La Délégation interministérielle à la Méditerranée s’appuie sur la vitalité des sociétés civiles pour faire émerger de nouveaux projets d’intérêt commun. L’accent est mis sur la jeunesse, la formation et l’emploi, à travers des projets concrets comme l’Alliance franco-tunisienne pour le numérique », expliquait le diplomate en 2012. Bref, autant de problématiques qu’un ministre a la charge de traiter à l’échelle d’un Etat.

     

     

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