jeudi 16 avril 2026
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    Cap sur Ida

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    URBANISME/Le projet Ida prend de la corpulence. Mais l’ampleur de la restructuration du quartier doit être encore tranchée.

     

    Petit, moyen, grand voire très grand. Depuis des mois, vous aurez tout entendu sur Ida ! Depuis 2009 et l’achat de la Villa Ida, dans le quartier Plati, l’opération immobilière de 32 logements, initialement réservés aux enfants du pays, a littéralement changé de gueule, avec des scénarii allant jusqu’à 640 appartements (dans le projet du promoteur Patrice Pastor Grand Ida +). Aujourd’hui, la fiction devient réalité. En juillet, le gouvernement, très frileux dans un premier temps, a opéré un revirement à 180° et a validé le fait que la physionomie du projet allait réellement prendre de la corpulence. Grappillant les m2 de deux villas du périmètre : celle où loge le FAR (l’association catholique Foi action renaissance déménageant au boulevard exotique, à la villa Thérèse) et sauf surprise de dernière minute, la villa Les Platanes, en cours d’acquisition par l’Etat.

     

    Hypothèse minimaliste

    Ce scénario de “moyen Ida” de 108 appartements semble en effet désormais être l’hypothèse basse sur laquelle on ne reviendra pas. Avec la possibilité de démarrer l’opération dans deux ans et demi, dès que le FAR aura élu domicile à la villa Thérèse. Plus question d’y intégrer une école, comme cela avait été envisagé un temps. L’Etat domiciliera la nouvelle maternelle dans les surfaces disponibles de l’opération Stella. Après 36 mois de travaux un investissement de 100 millions d’euros TTC.

    Désormais, la grande question est de savoir si l’on restructure complètement le quartier en intégrant les immeubles Cèdres et Mélèzes dans l’opération ainsi que les immeubles appartenant à des propriétaires privés. « Le projet peut être lancé avec ou sans intégration de ces immeubles domaniaux. La question qui se pose est celle de l’ampleur que l’on veut donner au projet. Est-ce que l’on s’engage dans une restructuration en profondeur du quartier ou bien vers une opération plus limitée et moins ambitieuse, sachant qu’à terme il conviendra d’envisager la rénovation ou la démolition de ces immeubles et leur reconstruction et que dans l’hypothèse où ils ne seraient pas intégrés les locataires auraient à subir pendant de nombreuses années d’importants désagréments liés aux travaux ? » interroge le ministre d’Etat.

     

    6 à 10 mois de réflexion

    Dans la même logique de réaménager le quartier, le gouvernement se dit désormais prêt à engager des discussions avec les propriétaires des deux bâtiments situés 4 et 6, rue Plati « sous réserve que leurs prétentions soient raisonnables ». Ce qui permettrait de gonfler l’un des bâtiments du « moyen Ida ». En tout, on pourrait alors bâtir plus de 450 logements avec le Grand Ida. Reste à savoir pour qui ? Une partie serait en effet logiquement allouée aux privés et aux locataires des Mélèzes et des Cèdres (dont beaucoup sont d’ailleurs si ce n’est propriétaires, titulaires d’un contrat habitation-capitalisation).

    Désormais, tout est question de choix politique. « Nous prendrons la décision avec le conseil national sur les différentes variantes étudiées. Nous avons entre 6 et 10 mois pour parler avec les élus », annonce le ministre, conscient que ces derniers « sont très partagés ». Lors de la commission plénière d’études, certains conseillers nationaux ont même carrément exprimé leur opposition à un très Grand Ida. Motif : les nuisances causées par ce chantier qui durera 12 ans dans le meilleur des cas ainsi que le déménagement forcé de locataires des immeubles domaniaux pourraient avoir un impact sur les prochaines élections. Pour une majorité au pouvoir, il est rare de ne pas céder aux considérations électoralistes… « Nous prendrons le temps nécessaire », a prévenu le président du conseil national Laurent Nouvion. Un temps de réflexion qui s’explique aussi par l’absence totale d’informations sur le montage juridico-financier de l’opération. « Le calcul du coût financier pour l’Etat n’a pas encore été fait », a indiqué Michel Roger.

    Les élus auront un autre choix stratégique délicat à faire. Le gouvernement, s’étant montré défavorable à une opération mixte (intégrant les enfants du pays dans du domanial), il faudra trouver une solution pour tenir les promesses faites d’une opération dédiée. « Le paradoxe, c’est que le projet Ida a été lancé pour loger des enfants du pays. Or, on pourrait se retrouver in fine sans solution pour eux… » s’est désolé Michel Roger, avant de proposer une alternative : « En fonction de l’évolution des négociations avec les propriétaires, il est envisagé de dégager une possibilité (au niveau du bâtiment B) ou leur destiner l’une des opérations domaniales intermédiaires (la Villa del Sol) sur lesquelles le gouvernement travaille. » Bref, le très grand Ida est loin d’être sur pied. Tout dépendra du délai de la prise de décision gouvernementale, de la durée des discussions avec les propriétaires privés et surtout avec le conseil national. De quoi plomber la réalisation du projet tout comme des opérations intermédiaires…

    _Milena Radoman

     

    « Je suis contre les ghettos »

    REACTION/C’est lors des débats budgétaires de décembre qu’est née l’idée d’un très grand Ida.Rencontre avec son promoteur, l’élu Jean-Michel Cucchi.

     

    Le gouvernement envisage aujourd’hui un très grand Ida. Est-ce une victoire pour vous ?

    Oui, c’est une victoire. Nous avons longtemps subi si ce n’est les sarcasmes, l’incrédulité du gouvernement et de certains élus qui, je vous le rappelle, se seraient bornés à réaliser l’opération minimaliste Villa Ida si on les avait laissés faire. Aujourd’hui, l’option basse prévoit dans le pire des cas un moyen Ida. Je suis satisfait que le gouvernement reconnaisse que mon idée de faire un très grand Ida n’est pas si stupide que ça !

     

    Tous les élus de la majorité sont-ils sur la même ligne ?

    La majorité a été élue sur un programme. La ligne de la majorité, et c’est l’un des piliers pour lesquels l’UP l’a intégrée, est fondée sur la restructuration des quartiers. Je ne comprendrai pas que la majorité ne puisse défendre cette restructuration de très grand Ida.

     

    Ce serait un casus belli ?

    Ceux qui sont contre le principe d’une restructuration la plus large possible devront s’expliquer.

     

    Les enfants du pays sont néanmoins sacrifiés dans l’actuel projet de grand Ida ?

    Peut-être si l’on considère que c’est sacrifier les enfants du pays que de faire une « villa Ida » de même taille ailleurs… Personnellement, je n’ai pas bougé d’un iota : je trouve toujours aussi stupide de faire une petite opération immobilière pour les enfants du pays, en one shot. Mais au moins, ça n’empêche pas de restructurer le quartier Plati !

     

    Que pensez-vous de l’excuse du gouvernement d’une gestion impossible pour faire un immeuble mixte ?

    Cela n’a pas gêné l’Etat de faire un immeuble mixte pour Monégasques et milliardaires avec la Tour Odéon ! Pourquoi cela serait-il impossible d’imaginer des blocs gérés différemment pour les Monégasques et les enfants du pays ? Je suis pour la mixité sociale, contre les réserves et les ghettos. Puisqu’on restructure un quartier, il faut réfléchir à comment intégrer la population stable que forment les enfants du pays dans chaque quartier de Monaco. Dans chaque quartier restructuré, il doit y avoir des logements domaniaux mais aussi pour les enfants du pays, des commerces et des bureaux. C’est ça de faire de l’urbanisme et gérer un pays.

    _Propos recueillis par Milena Radoman.

     

    CRI D’ALARME/

    « Ces familles se sentent avant tout monégasques »

    Est-ce que le gouvernement souhaite conserver « une population affectivement et historiquement attachée » à la principauté ? Pour Jean-Christophe Romanet, le président de l’Union des Français de Monaco (UFE), c’est la question cruciale que l’Exécutif doit trancher. Cet enfant du pays propose d’ailleurs une piste précise : « L’acquisition de la nationalité monégasque — et non pas la naturalisation qui est à la discrétion exclusive du prince souverain — selon des critères stricts pour les enfants du pays est la solution philosophique qui règlerait la problématique des enfants du pays, suggère-t-il. Cela aurait forcément un coût pour Monaco. Un coût financier, en termes d’avantages et d’espaces. Et si c’est cela qui pose souci, alors je crains qu’aucune réelle solution n’existe. » Pour Jean-Christophe Romanet, la disparition de cette catégorie de population est pourtant un risque pour « le devenir » de Monaco : « Les personnes présentes ici pour des raisons bien souvent « volatiles » resteraient-elles en principauté dès lors qu’elles n’y trouveraient plus les avantages qui les intéressent ? Il suffit d’ailleurs de voir déjà la baisse importante de la communauté française depuis 25 ans pour tirer la sonnette d’alarme. C’est pourquoi il me semble essentiel d’assurer la présence de ces familles installées de longue date, qui soutiendront la principauté et ses institutions quoi qu’il arrive. Ces familles qui se sentent avant tout monégasques… » _S.B.

    « Nous n’avons pas la moindre visibilité »

     

    IDA/Géraldine Motillon, présidente de l’association des enfants du pays, déplore l’absence de volonté du gouvernement de créer un secteur mixte/intermédiaire.

     

    Etes-vous déçue par le projet retenu par le gouvernement ?

    Etonnée surtout. Ida est initialement prévu pour les enfants du pays pour oxygéner et désengorger le secteur protégé. Or, ils semblent exclus du projet Très grand Ida. Une possibilité existe pourtant dans le projet moyen Ida avec des appartements dans le bâtiment B. Je ne m’explique pas cette différence… Comment le fait d’agrandir la taille du projet équivaut-il à nous en écarter ? Selon l’Etat, la solution serait de nous destiner une des opérations domaniales intermédiaires sur lesquelles le gouvernement travaille, puisqu’il va récupérer à Ida de nouveaux logements domaniaux sur le bâtiment C. Dans cette optique, le gouvernement a évoqué la Villa del Sole. Mais comment être sûr qu’il n’y aura pas une autre volte-face du gouvernement ?

     

    Vous le craigniez ?

    Nous ne sommes pas attachés au lieu Ida lui-même, mais au symbole qu’il représente. Le projet pilote peut avoir lieu ailleurs, mais à condition qu’il existe vraiment. L’important c’est la concrétisation d’un engagement. Les enfants du pays sont-ils importants aux yeux de l’Etat monégasque ? L’engagement vis-à-vis d’eux sera-t-il tenu ? Et quand ? L’Etat est-il vraiment disposé à nous attribuer une opération domaniale intermédiaire alors que de façon incompréhensible il ne semble plus être prêt à nous donner des appartements dans le projet initialement acheté pour nous ?

     

    Le ministre d’Etat s’est dit défavorable à la création d’une opération mixte. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

    Michel Roger a dit qu’il ne souhaitait pas que l’on mélange les appartements domaniaux et les logements pour les enfants du pays pour des raisons de « gestion » C’est la partie qui me gêne. Je ne vois pas où est la difficulté comptable ou de gestion. Quel est le problème à nous mélanger aux nationaux ? Est-ce un problème humain ? Il n’a pas de souci à mélanger nationaux et riches résidents dans l’immeuble Odéon mais il y a un problème de mixité nationaux-enfants du pays ? Nous avons écrit au ministre d’Etat le 23 juillet. Parmi les différentes questions, nous avons demandé si cette position s’appliquait uniquement à ce projet ou bien s’il s’agissait d’une décision définitive quant à l’idée même d’un secteur mixte/intermédiaire…

     

    Il était question à l’origine d’une trentaine de logements pour les enfants du pays. Le gouvernement vous a-t-il précisé combien il envisage d’en créer au final ?

    Nous n’avons aucune information quant au nombre d’appartements qui seront attribués aux enfants du pays. Et n’avons aucun planning. Ces appartements viendront-ils simplement remplacer les logements des enfants du pays qui habitaient les immeubles démolis dans le cadre du projet Ida ? Ou bien y aura t-il création véritable d’appartements supplémentaires ? Nous n’avons pas la moindre visibilité du projet à Ida ou ailleurs. Nous espérons que le gouvernement et le conseil national vont tenir leurs engagements lorsqu’ils discuteront du devenir des enfants du pays. Le projet Ida a suscité beaucoup d’espoir. Nous nous refusons à penser que les promesses ne seront pas tenues ou que nous serons sacrifiés à des fins politiciennes.

    _Propos recueillis par Sabrina Bonarrigo.

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