mardi 21 avril 2026
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    Monégasques travaillant dans le privé : combien sont-ils et que font-ils ?

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    Si une majorité de Monégasques travaille dans le secteur public, un peu moins de 1 000 nationaux occupent actuellement un poste dans le secteur privé. Dans quels domaines d’activité évoluent-ils ? Et pourquoi leur nombre, année après année, évolue si peu ? Les réponses d’Emmanuelle Cellario, cheffe du service de l’emploi et de Pascalle Pallanca, directrice du travail.

    Travailler dans la fonction publique à Monaco, est-ce une voie royale pour les Monégasques ? Incontestablement, la machine administrative de la Principauté affiche bien des avantages… Des avantages d’autant plus confortables depuis la réforme du statut des fonctionnaires votée en juin dernier au Conseil national. Au total, 1 321 nationaux (au 31 décembre 2021) ont choisi de mener une carrière dans ce secteur (1). Pour autant, des Monégasques ont préféré embrasser une carrière dans le privé (2). Leur nombre évolue assez peu au fil des années. Il avoisine toujours peu ou prou le millier. Au 31 décembre 2021, ils étaient très exactement 977.

    5 000 Monégasques en âge de travailler (sur un total de 9 600 nationaux)

    Un nombre qui a souvent été qualifié de « faible » par différents observateurs politiques. Ce n’est pourtant pas l’avis du binôme féminin qui chapeaute la direction du travail et le service de l’emploi. « Le nombre de Monégasques qui travaille dans le secteur privé paraît faible dès lors qu’on le compare aux 53 000 salariés qui y travaillent, notent en préambule les deux femmes. Mais il faut mettre ce chiffre en perspective avec le taux d’activité des Monégasques qui s’élève à environ 61 %. » Explications : s’il y a bel et bien au total 9 611 Monégasques à Monaco, uniquement 5 107 d’entre eux sont considérés comme étant en âge de travailler. Dans cette “catégorie” — qui englobe les nationaux âgés entre 15 et 64 ans — il faut notamment comptabiliser les 1 321 nationaux travaillant dans le public, les 977 exerçant dans le privé, sans oublier dans l’équation, 754 travailleurs indépendants (catégories où sont comptabilisées les professions libérales) et 91 demandeurs d’emplois. Soit un total de 3 143 actifs et Monégasques en recherche active d’emplois. Que font alors les quelque 2 000 Monégasques en âge de travailler qu’il reste ? « Il y a d’abord tous les jeunes âgés entre 15 et 25 ans qui, souvent, ne travaillent pas encore car ils font des études. Ensuite, il y a les Monégasques qui à 60 ans prennent leur retraite. Et enfin, ceux qui, tout simplement, ont fait le choix de ne pas travailler », rajoutent Pascalle Pallanca et Emmanuelle Cellario.

    Les Monégasques sont quasiment totalement absents dans plusieurs secteurs du privé. C’est le cas en comptabilité, mais aussi dans les métiers du bâtiment et du soin

    Une relative stagnation qui se constate aussi dans d’autres secteurs

    En résumé, si le nombre de salariés de nationalité monégasque travaillant dans le privé, évolue certes peu, année après année, « cela ne semble pas anormal compte tenu des volumes concernés, estiment Pascalle Pallanca et Emmanuelle Cellario. Cette stagnation se constate aussi dans le privé, la fonction publique et les activités indépendantes. Les volumes évoluent assez peu également dans ces secteurs. » Le binôme constate en outre que si l’on compare le nombre de Monégasques exerçant dans le public et ceux travaillant dans le privé « la différence n’est pas notable » (1 321 contre 977 N.D.L.R) . « De plus, les deux secteurs ne sont pas imperméables. On voit des nationaux qui, au cours de leur carrière, occupent des postes tantôt dans le public, tantôt dans le privé. »

    Trois secteurs prioritaires

    Reste à voir dans quels domaines d’activité les Monégasques évoluant dans le privé travaillent-ils ? Tout d’abord, très largement en tête, figure le secteur de l’hôtellerie/hébergement/restauration avec 415 Monégasques (sur un total, rappelons-le de 977 nationaux travaillant dans le privé, soit 42,5 %). Précision importante : la Société des Bains de Mer et toutes ses activités qui la compose notamment les casinos, sont intégrées dans ce secteur. Deuxième catégorie où les Monégasques sont prioritairement présents : les “autres activités de services” qui comptent au total 130 nationaux. Dans ce groupe un peu fourre-tout, on y trouve notamment les activités de club de sport, les activités de soutien au spectacle vivant, (comme le Grimaldi forum), mais aussi les fédérations sportives, les organisations politiques, professionnelles ou encore religieuses. Troisième groupe dans lequel les Monégasques sont présents : “les activités techniques services administratifs et de soutien”. Cela regroupe par exemple les activités de comptable, notaire, architecture, publicité, activités juridiques, ou encore design. Des activités qui nécessitent un niveau de formation élevé, et des compétences spécialisées. 100 Monégasques au total (10, 25 %) travaillent dans ces domaines.

    « Les deux secteurs — public et privé — ne sont pas imperméables. On voit des Monégasques qui, au cours de leur carrière, occupent des postes tantôt dans le public, tantôt dans le privé »

    Les métiers en pénurie

    Les Monégasques sont toutefois quasiment totalement absents dans plusieurs secteurs du privé. C’est le cas en comptabilité, mais aussi dans les métiers du bâtiment et du soin. « Beaucoup de jeunes monégasques se tournent plutôt vers les métiers du marketing numérique et de la communication numérique, constate Emmanuelle Cellario. Aujourd’hui, une personne qui ne s’oriente que sur du marketing, du commercial ou de l’événementiel ne trouvera pas forcément d’emploi. Dès lors que la formation est raccrochée au numérique, cela ouvre incontestablement des portes. » Toutefois, la cheffe du service de l’emploi constate qu’y compris dans le secteur du numérique, les employeurs s’orientent davantage vers des profils senior ou de manager. Les jeunes monégasques ne sont donc pas forcément suffisamment expérimentés.

    « Ce qui peut freiner l’embauche des Monégasques, c’est davantage l’absence d’expérience et non pas la nationalité en elle-même. » Les entreprises de la Principauté seraient au contraire en demande de salariés “du cru” qui connaissent bien le terrain. « Les Monégasques sont de surcroît des salariés qui ne rencontrent pas de problèmes de train et donc de retard… »

    « Impossible de licencier un Monégasque » réalité ou idée reçue ?

    C’est une autre petite musique que l’on entend souvent… Les employeurs privés de la Principauté seraient réticents à l’idée d’embaucher des Monégasques dans leurs entreprises car en cas de problème, il serait plus délicat de les licencier. Un constat que balaie la direction de l’emploi et le service de l’emploi. « Nous sommes sur le terrain au contact des entreprises. Contrairement aux idées reçues, je n’ai jamais constaté de frein à l’embauche des Monégasques pour cette raison, affirment Emmanuelle Cellario et Pascalle Pallanca. Ce qui peut freiner, c’est davantage l’absence d’expérience et non pas la nationalité en elle-même. » Selon ces deux femmes, les entreprises seraient au contraire en demande de salariés “du cru” qui connaissent bien le terrain. « Les Monégasques sont de surcroît des salariés qui ne rencontrent pas de problèmes de train et donc de retard… »

    Priorité nationale — « On ne présente pas des candidats de nationalité monégasque juste parce qu’ils sont Monégasques »

    C’est l’article 25 de la Constitution qui le mentionne : en matière de travail, la priorité est assurée aux Monégasques, aussi bien pour les emplois publics que privés. Le service de l’emploi rappelle toutefois que les nationaux sont priorisés mais « à compétences égales. » En d’autres termes, à profil équivalent, les Monégasques doivent être embauchés de préférence à un étranger. L’objectif étant que les nationaux puissent travailler dans leur propre pays. Comment les entreprises monégasques accueillent-elles cette priorité nationale dans le monde du travail ? Le service de l’emploi a toujours indiqué « que hormis quelques exceptions » cette réglementation est tout à fait intégrée et comprise par les employeurs.  « Les entreprises qui s’installent ne sont pas du tout choquées par les conditions d’accès à l’emploi à Monaco. On ne leur présente pas des candidats monégasques juste parce qu’ils sont Monégasques. On les présente parce qu’ils ont un profil qui correspond à leurs besoins », assure Emmanuelle Cellario qui dirige ce service. L’autre réalité connue de tous est que les employeurs en Principauté sont parfois amenés à déployer divers astuces pour contourner cette règle de priorité nationale de manière à pouvoir embaucher le candidat non-prioritaire qu’ils souhaitent. Un aspect sur lequel veille le service de l’emploi.  « Tous les jours, nous sommes amenés à demander des informations complémentaires sur les compétences des candidats non-prioritaires, que nous mettons en parallèle avec celles des candidats gérés par mon service. Et tous les jours nous refusons des candidatures non-prioritaires si elles ne sont pas justifiées », avait précisé il y a quelques années ce service. Selon cet organisme d’État, les employeurs apprécieraient également de plus en plus le fait d’embaucher un candidat local. Les causes ? Cela évite un certain nombre de problème de déménagement, de logement dans la région, ou encore de transports. Les aides financières proposées aux entreprises (voir article par ailleurs) sont aussi un élément supplémentaire qui motive un recrutement.  « Il faut être honnête, les aides financières intéressent clairement les entreprises. Bénéficier d’un remboursement des charges patronales pendant un ou deux ans, est un argument qui pèse. Surtout que c’est une offre que l’on propose nous-mêmes, y compris lorsque l’entreprise n’en fait pas la demande », conclut Emmanuelle Cellario.

    Monégasques à l’étranger : de plus en plus de jeunes de retour à Monaco

    Le service de l’emploi a constaté un phénomène qui s’est manifestement accentué avec la crise sanitaire.  « De plus en plus de jeunes Monégasques âgés d’une trentaine d’années ayant effectué une partie de leur carrière à l’étranger souhaitent revenir au pays. Ils ont ce désir de revenir s’installer et travailler à nouveau en Principauté. Avec le Covid, nous avons observé une augmentation de ces cas », note Emmanuelle Cellario.

    Combien de Monégasques sont demandeurs d’emplois ?

    Au 31 décembre 2021, 91 Monégasques au total étaient demandeurs d’emplois en Principauté. Il peut s’agir de saisonniers (par conséquent, le nombre de demandeurs d’emplois diminue en haute saison) , mais aussi de jeunes Monégasques fraîchement diplômés à la recherche d’un premier emploi. Figurent aussi parmi ces demandeurs ceux qui ont tout simplement terminé leur contrat à durée déterminée ou bien ceux qui ont été licenciés.

    (1) L’effectif de la Fonction publique de Monaco dépasse pour la première fois les 5 000 personnes au 31 décembre 2021 (soit +2 % par rapport à 2020).

    (2) La Société des Bains de Mer, Monaco Telecom tout comme les sociétés concessionnaires de type SMEG et SMA sont classées dans le secteur privé.

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