Ils sont jeunes, bouillonnants d’idées et pleins d’ambition… Stoppés dans leur élan, les entrepreneurs de MonacoTech vivent leur première crise majeure. Comment se sont-ils organisés pour la surmonter ? Quelles sont les difficultés qu’ils traversent ? Les explications du directeur de cet incubateur/accélérateur d’entreprises : Lionel Galfré.
Comment les jeunes entrepreneurs de MonacoTech vivent-ils cette crise sanitaire et économique ?
Les startups de MonacoTech vivent cette crise de façon différente selon leur étape de développement et le type d’activité. Certaines en profitent pour ré-évaluer leur stratégie globale, chose qu’elles ne pouvaient pas faire tant les créateurs étaient pris par le quotidien de leur développement. Il s’agit de ré-évaluer la proposition de valeur, de ré-examiner la stratégie produit et de développement. D’autres, sont bloquées car des prototypes de produits sont développés à l’étranger (Asie, Maghreb…) et les activités sont suspendues.
Il n’y a pas donc pas eu un vent de panique chez ces jeunes entrepreneurs qui démarrent ?
D’une manière générale, les entrepreneurs de startup, et on peut le constater très concrètement dans cette situation, sont très pragmatiques et font preuve d’un esprit positif assez étonnant. Ils vivent cette crise avec calme. Ce sont des gens habitués à conduire des projets nécessairement longs, jalonnés d’imprévus qu’il faut surmonter en s’adaptant de façon très pragmatique. C’est très instructif et assez bluffant je dois dire.
Quelles sont toutefois les inquiétudes les plus fortes exprimées par ces jeunes entrepreneurs ? Craignent-ils une faillite ?
Les inquiétudes les plus fortes concernent le fait que leur « envol » soit perturbé. Des investissements ont été faits pour la commercialisation notamment, et il va falloir recommencer. L’élan a été stoppé. Ceci engendre des coûts qu’il faudra de nouveau financer. Je pense notamment à des projets de formation entrepris auprès de relais dans des professions (santé par exemple) et des démarrages commerciaux. Le point positif, si l’on peut parler ainsi, c’est que les structures sont légères et donc flexibles pour se réadapter au contexte. Aucune ne parle de faillite.
Grâce au télétravail, ces start-up parviennent-elles à poursuivre tout de même leur activité ?
Plus que le télétravail, c’est l’utilisation des moyens numériques de communication notamment qui est très privilégiée. Les startups de Monacotech travaillent d’ordinaire déjà très largement de cette manière. Le frein n’est pas le télétravail, c’est plutôt le fait que beaucoup d’activités nécessitent une action rendue plus difficile en période de confinement. C’est le cas notamment des étapes de commercialisation qui nécessitent des actions de terrain. Surtout lorsque les projets d’innovation portent sur des produits ou des services qui nécessitent une intervention physique. C’est le ralentissement global de l’activité qui est un réel frein, pas le télétravail.
Parmi les startups de Monacotech, quels sont les secteurs d’activité les plus durement touchés par cette crise ?
Plus que les secteurs, il s’agit des projets autour d’un produit physique. Les services dématérialisés sont moins concernés par le ralentissement généralisé de l’activité, tout au moins dans un premier temps. Ils peuvent également être réduits très rapidement et s’adapter à la conjoncture. En revanche, les projets centrés autour d’un produit physique en cours de développement sont très impactés. En effet, le développement est souvent suspendu du fait de l’arrêt des activités physiques. Cependant selon que l’on en soit au stade de développement de l’offre ou au stade de la commercialisation, les conséquences ne sont pas les mêmes. Parmi les secteurs, celui des transports est très affecté, les déplacements ayant été très fortement réduits voire stoppés.

Quels sont au contraire, les secteurs d’activité qui parviennent à s’en sortir ?
Les activités les plus dématérialisées comme je le disais sont moins impactées, au moins dans un premier temps. Les activités liées à la recherche également.
Le gouvernement a annoncé un certain nombre de mesures économiques pour aider les entreprises monégasques (aide au loyer, chômage total temporaire etc). Est-ce que les start-up de MonacoTech considèrent que ce plan de sauvetage est suffisant et satisfaisant ?
Les startup de MonacoTech ont eu recours aux mesures de chômage total temporaire. Pour ces structures légères, c’est une mesure centrale. L’aide aux entreprises leur est également accessible et MonacoTech les oriente pour leur permettre d’en bénéficier quand cela est possible. Les charges fixes par ailleurs, sont relativement faibles, en comparaison d’autres sociétés plus importantes disposant de plus de locaux par exemple et ayant des structures plus grosses. MonacoTech a suspendu la facturation de ses bureaux afin d’alléger les charges fixes des startups hébergées. Pour des structures qui seraient installées dans des locaux en dehors de MonacoTech, l’appel du gouvernement aux propriétaires privés pour tenir compte du contexte a été apprécié et nous espérons qu’il sera entendu.
Que proposez-vous pour les aider à faire face à cette crise d’envergure ? Y-a-t-il un accompagnement personnalisé ?
Les startups peuvent bénéficier des mesures mises en place par le gouvernement et en premier lieu le recours au chômage total temporaire. Par ailleurs, les partenaires de MonacoTech ,comme des cabinets d’expertise comptable, peuvent renseigner les startups sur les mesures à prendre afin de faire face à cette situation. Les collaborateurs de MonacoTech sont disponibles et mobilisés pour renseigner au mieux les startups et préparent également la reprise avec un programme d’accompagnement renforcé et une communication active. Un accompagnement sur mesure va être mis en place dans les prochains jours. Pas tant pour la crise que pour les missions fondamentales de MonacoTech d’aide au projet entrepreneurial.
Aviez-vous prévu de sélectionner d’autres startups prochainement ? Cette sélection a-t-elle été remise à plus tard en raison de cette crise sanitaire ?
Oui, nous avons lancé début mars un appel à candidatures pour accueillir de nouvelles startups. Compte-tenu du contexte, le délai pour candidater a été prolongé de fin mars à fin avril.Nous espérons sélectionner les projets à partir de juin et en tout cas, dès que les conditions le permettrons, accueillir ces nouveaux entrepreneurs. A ce jour, plusieurs projets intéressants ont déjà été soumis. Les porteurs de projets innovants sont nombreux et issus de tous horizons. A l’occasion de cette crise et du fait des contacts que l’on peut avoir à travers MonacoTech ou par d’autres canaux, on s’aperçoit que l’envie d’innover au service du bien commun est grande. On peut le constater dans cette période.
