Démantelée en novembre 2017, une cellule terroriste composée notamment de Mentonnais vient d’être condamnée par la cour d’assises spéciale de Paris.
Plusieurs projets d’attentat avaient été imaginés par sept hommes de 20 à 65 ans. Parmi eux, 5 Mentonnais dont certains sont nés au centre hospitalier Princesse Grace de Monaco (CHPG). Des personnalités politiques ou judiciaires, des voyageurs en gare de Monaco, des juifs, des policiers, des militaires, la Fête du citron à Menton… Les cibles étaient diverses mais suffisamment précises pour obliger les services antiterroristes français à intervenir.
C’est par un coup de filet que les obsessions morbides de ceux qui se considérés comme des soldats de l’État islamique ont pris fin. Minutieusement, les forces de l’ordre avaient accumulé aussi bien les traces écrites d’échanges menés sur la plateforme de messagerie cryptée Telegram que des conversations enregistrées grâce à des micros placés dans la voiture de l’administrateur des comptes, Yannis Ziari. Un dossier épais qui a permis à la cour d’assises spéciale de Paris de juger tous ces individus pour association de malfaiteur terroriste ces 15 derniers jours. Autant d’audiences qui ont mieux éclairci les aspirations de ces apprentis djihadistes.
La gare de Monaco en ligne de mire
En début de semaine, le témoignage de Benjamin Lanvin, Mentonnais converti à l’islam, aujourd’hui âgé de 31 ans, a révélé l’intention macabre qu’il destinait plus particulièrement à Monaco. Le 15 octobre 2017, la conversation qu’il tient sur Telegram avec son meilleur ami Yannis Ziari alerte les services antiterroristes. Il y est question de l’achat d’un couteau de chasse avec une idée de tuerie de masse sous-jacente. « Comme je disais, le quai de la gare de Monaco, tu y vas vers 17h30/18h. Le quai direction Nice, il est noir de monde. Tu rentres là-dedans putain, en plus c’est étroit, les gens ils peuvent pas s’enfuir ! (sic) Tu mets un frère de chaque côté, tu fonces dans la foule comme ça et tu te dis vas-y je m’arrête pas… ». Le contenu des propos relayés dans le dossier d’instruction fait froid dans le dos. Interrogé par le juge, Benjamin Lanvin se dit aujourd’hui « horrifié » par ses propres idées. Il ajoute : « Quand tu es dans la djihadosphère, on vit dans cet univers où la violence est totalement banalisée. Mais je n’ai jamais réellement imaginé passer à l’acte. Je n’ai pas assez de haine en moi pour ça. »

Convertir de force le village de Castellar
La Principauté n’était pas la seule cible envisagée. C’est un ancien légionnaire aujourd’hui âgé de 67 ans, membre lui aussi de la cellule, qui l’a évoqué lors de son audition. Yannis Ziari lui avait parlé d’un projet qui, à l’entendre aujourd’hui, paraît autant loufoque qu’effrayant. « Il m’a parlé de son intention de faire une opération de conversion par la force sur le village de Castellar », détaille Frédéric Renet. Devant la stupéfaction du président qui s’étonne d’une conversion forcée dans un village provençal, Renet précise qu’il envisageait carrément une opération armée mais sans attentat. Au tribunal, il cherche à amoindrir la portée des intentions funestes de cette cellule mentonnaise. « J’ai compris que c’étaient des groupes qui envisageaient des attentats. Mais pour moi, leurs projets étaient irréalisables. »
« Quand on demandait si quelqu’un voulait passer à l’action, personne ne le faisait »
L’audition de Yannis Ziari, qui avait cherché à rejoindre sans succès la Syrie avec son frère Sofiane en 2015, a montré une détermination à toutes épreuves. Alors qu’ils circulent en voiture, il déploie son plan d’attaque, cette fois à Nice. A peine 13 mois après l’attentat de la Promenade des Anglais, Yannis Ziani explique : « Je connais un endroit pour écraser les kouffars qui est pas protégé (sic) Tu vas à midi quand c’est plein, soit tu prends un gros camion de la mairie, soit tu prends une voiture et tu fonces sur tout le monde ». Face à la cour d’assises, le Mentonnais de 26 ans, cheveux courts et barbe fournie, rétropédale. « A l’époque, j’étais dans cette idéologie, dans ce délire. Aujourd’hui, je réalise que c’était grave. On s’est montés la tête mais on est restés dans l’abstrait. C’était pas des discussions sérieuses. D’ailleurs quand on demandait si quelqu’un voulait passer à l’action, personne ne le faisait. »
De 3 à 15 ans de prison
Reconnu coupable, il a été condamné à 12 années de prison, dont une peine de sûreté des deux tiers. Benjamin Lanvin a écopé de 8 ans, dont une peine de sûreté de 4 ans. Son frère Jordan est condamné à 5 ans de prison avec sursis, et ne sera donc pas incarcéré. Enfin, l’ex-légionnaire Frédéric Renet, désigné par les enquêteurs comme coach sportif et instructeur de tir des apprentis terroristes, purgera une peine de 7 ans. Pour le reste de la cellule, le Suisse Milutin Jakovljevic, « émir » supposé de ce groupe, récolte la peine la plus lourde : 15 années de réclusion, dont une peine de sûreté des deux tiers, et une interdiction définitive du territoire français. Enfin, Mohamed Mejri et Hazem Dridi sont respectivement condamnés à trois ans et demi et six ans d’emprisonnement.
