Demi-tour toute… Au début de la crise sanitaire , les autorités sanitaires monégasques et françaises affirmaient que le port généralisé de masques n’était pas utile voire contre-productif (en cas de mauvaise utilisation).
Désormais, à Monaco comme en France, on encourage le port de masques alternatifs pour limiter la propagation du Covid-19. Le président du Conseil national, Stéphane Valeri a récemment proposé que toute la production monégasque de masques en tissus soit préemptée par l’Etat monégasque.
C’est un sujet qui fait l’objet d’âpres débats et de polémiques ces dernières semaines… A Monaco comme en France, le discours sur l’utilité ou non de porter des masques pour la population a radicalement changé. Au début de l’épidémie, les autorités sanitaires monégasques se référaient aux préconisations émises par l’OMS et Santé publique France. On pouvait alors entendre ce type de discours : « Si vous êtes en bonne santé, vous ne devez pas utiliser un masque, assurait le conseiller-ministre aux Affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger. Et si vous vous occupez d’une personne présumée fragile, portez un masque uniquement si vous toussez ou si vous éternuez. » A cette époque, le fait de porter un masque alors que l’on n’est pas malade, ou que l’on ne s’occupe pas de quelqu’un de malade, était « considéré comme une utilisation non rationnelle. » Même observation pour Benoîte de Sevelinges, directrice du CHPG qui affirmait ceci : « Si l’on est malade et que l’on présente des symptômes, il faut porter un masque pour protéger sa famille et les autres personnes que l’on serait susceptible de croiser. Sinon, cela n’a aucun intérêt ! » Dans le débat public, on a alors entendu dire que ce discours était avant tout destiné à éviter que le grand public se rue sur les masques chirurgicaux et FFP2 , plus protecteurs. Un discours pour réserver donc ces masques aux soignants et ne pas aggraver une pénurie déjà existante.
Changement de discours
Sauf que début avril, tout est chamboulé…. Dans un communiqué officiel, la très sérieuse Académie nationale de médecine, recommande que le port d’un masque « grand public », aussi dit « alternatif », soit rendu « obligatoire » pour les sorties nécessaires en période de confinement. Le port généralisé pour la population « constituerait une addition logique aux mesures barrières » actuellement en vigueur. « En Extrême-Orient, depuis de nombreuses années, le port d’un masque anti-projection par la population est à la fois une mesure de prévention et un acte de civisme en situation d’épidémie de virus à tropisme respiratoire,indique ce même communiqué. Face à l’épidémie de Covid-19, cette mesure a contribué à une réduction du taux de reproduction à Taïwan, Singapour et en Corée du Sud. Il est établi que des personnes en période d’incubation ou en état de portage asymptomatique excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection. »
« Il faut largement diffuser des masques »
Dans la foulée, les autorités sanitaires françaises et monégasques ont changé , à leur tour, de discours. « Ma vision est qu’il faut, effectivement, largement diffuser l’utilisation appropriée des masques. Mais c’est un objectif qui ne peut être atteint que si nous en avons en quantité suffisante », estimait le 2 avril dernier, Didier Gamerdinger. Le 7 avril, le ministre d’Etat, Serge Telle, a également reconnu que la doctrine d’utilisation de ces masques a changé par rapport au début de la crise sanitaire : «Il faut avoir un discours de vérité. Je pense que différents facteurs ont joué. En France notamment, nécessité faisait loi… Il n’y avait pas suffisamment de masques pour avoir une autre politique publique que celle qui était annoncée. En même temps, les médecins et la science ont aussi avancé par rapport à l’utilisation de ces masques. On s’est aperçus que, notamment contre les postillons ,c’était très utile. D’où la labellisation d’un certain nombre d’autres masques alternatifs, en tissu. On doit pouvoir porter des masques plus largement »,a-t-il affirmé à son tour.
Préempter les masques en tissu
Désormais, la question n’est donc plus de savoir si l’on doit ou non porter un masque, mais savoir quand est-ce qu’ils seront disponibles massivement à Monaco ? Lors d’une réunion avec le gouvernement le jeudi 9 avril, les conseillers nationaux ont demandé à leur tour à ce que la population puisse bénéficier de masques de protection « dans les meilleurs délais », en plus de ceux qui sont en cours d’acheminement pour les personnels soignants et pour tous les professionnels exposés. Le président du conseil national, Stéphane Valeri a également proposé que toute la production monégasque de masques en tissus soit intégralement préemptée par l’Etat monégasque. Il a donné comme exemple la société Bettina qui dispose de capacités croissantes de production de masques en tissu, agréés par la direction générale de l’armement en France. « La possibilité de distribuer à court terme ces masques lavables et réutilisables, permettra de rassurer les Monégasques et les résidents qui n’en possèdent pas tous, à chaque fois qu’ils doivent quitter leur domicile pour une sortie autorisée », indique un communiqué officiel du conseil national .
« Le port des gants n’est pas recommandé »
Si se laver les mains régulièrement reste à ce jour le meilleur moyen de se protéger du virus, qu’en est-il alors des gants ? Sur ce point, le discours officiel n’a pas changé. Les autorités estiment qu’en porter peut donner un faux sentiment de sécurité… « Le fait de se laver les mains protège assurément. En revanche , le port des gants ne remplit pas ce même objectif . Il conduit indirectement à une absence d’hygiène des mains, assure Didier Gamerdinger. Lorsque l’on porte des gants, on ne se lave plus les mains. Le risque est que le virus se trouve sur les gants et qu’après, par mégarde, on se touche la bouche, les yeux, le nez . Par conséquent, on prend le risque de se contaminer et de contaminer les autres. Le port des gants n’est donc pas recommandé. »
Prix : des sanctions s’il y a des abus
Dans sa résolution adoptée à l’unanimité le 19 mars dernier, le conseil national a demandé que les prix des gants, des masques et des gels hydroalcooliques, soient réglementésavec des contrôles et des sanctions s’il y a des abus. « Personne ne doit pouvoir profiter de cette crise à des fins spéculatives », ont alerté les élus.
