jeudi 16 avril 2026
plus
    AccueilInfosSociétéL’impact des écrans sur le développement du jeune enfant : les conseils...

    L’impact des écrans sur le développement du jeune enfant : les conseils d’Action innocence Monaco

    -

    Aurélie Landra Faivre, psychologue clinicienne pour Action Innocence Monaco, propose aux parents ses recommandations pour accompagner leurs enfants dans la découverte des outils numériques.

    Nos écrans font désormais partie intégrante de notre quotidien, dans la sphère familiale, le cadre scolaire (pré scolaire) ou l’espace public. D’un point de vue biopsychosocial, la littérature scientifique nous permet de distinguer plusieurs impacts sur le développement de l’enfant, comme une perturbation des interactions car ils interrompent la communication avec l’autre et ne supportent pas le développement du langage. Dans leur étude, Christakis et coll. observent une détérioration notable de l’attention chez l’enfant de moins de 3 ans. Lillard et Peterson décrivent une altération de la coordination motrice et les fonctions exécutives. Nous allons également retrouver une augmentation de la passivité, des mauvaises postures et des risques d’obésité, une diminution de la qualité du sommeil et des perturbations dans la gestion des émotions. Les périodes de confinement et de scolarisation suspendues ont avancé l’âge d’exposition et augmenté les temps d’écrans des enfants (+ 44%). Si certaines habitudes ont pu être reprises avec la stabilisation de la situation sanitaire, des réflexes ont néanmoins pu être conservés dans 70% des cas. Les écrans, banalisés au quotidien, deviennent un automatisme pour certains parents et tout petits. A noter que les effets néfastes ne sont pas souvent directs, mais, en cascade et subissent des délais dans l’apparition de certains effets.

    Nos conseils

    Suivre les recommandations du psychiatre et docteur en psychologie Serge Tisseron des temps d’écrans suivant l’âge de l’enfant : 3, 6, 9, 12 ans. Installer un contrôle parental qui évoluera selon les besoins et la maturité de l’enfant. Accompagner les enfants en covisionnage sur des programmes ou applications à visée éducative. Supprimer les écrans le matin au réveil, car ils canalisent l’énergie et font chuter l’attention. Supprimer les écrans le soir avant l’endormissement car la lumière bleue inhibe la production de mélatonine, retardant l’endormissement et altérant la qualité du sommeil. Supprimer les écrans durant les repas afin de conserver une qualité dans les échanges. Éviter d’associer l’écran à un système de récompense ou de punition. Intégrer des temps limités et choisis d’exposition aux écrans en parallèle d’autres loisirs. Instaurer un dialogue ouvert et basé sur la confiance, sans jugement, afin d’évoquer les risques liés au numérique

    Prévention et communication

    La prévention passe prioritairement par la communication et l’accompagnement dès les premières expositions. N’écartons pas les avantages inhérents aux écrans, comme l’exploration de nouveaux domaines, le développement d’habiletés ou simplement l’aisance dans l’utilisation des outils numériques qui vont inévitablement rythmer le quotidien social, et, plus tard professionnel, de nos enfants. Faisons un point concernant la psycho éducation autour des écrans chez les plus jeunes. Il est à relever que les écrans ne répondent à aucun besoin fondamental de l’enfant de moins de 3 ans. Nos touts petits se construisent via l’attachement, le besoin de sécurité affective, les interactions riches et qualitatives. Ils éprouvent également des besoins d’exploration, d’affirmation de soi, de structure. Concernant l’aspect neurologique, leur cerveau, encore en construction, va particulièrement apprécier la sensation de gratification immédiate procurée par l’exposition aux écrans. Cette satisfaction et la passivité induite par les écrans stimulent activement le système dopaminergique (circuit de la récompense) dans le cerveau. Ce qui implique que, même, à l’âge adulte, il nous est difficile de résister à la tentation des outils numériques.

    Appréhender les émotions

    Il arrive que l’on accorde à l’enfant un temps d’écran dans une situation de crise et afin de répondre à un besoin d’espace de calme (adulte et enfant). Le jeune enfant, encore immature dans ses capacités de gestion émotionnelle éprouve plus de difficultés à identifier et appréhender ses émotions assis derrière un écran. En effet, l’écran aurait tendance à inhiber et cultiver la passivité de l’enfant. D’ailleurs, les observations faites dans les écoles par l’association Action Innocence Monaco montrent une plus importante intolérance à la frustration, des difficultés dans la compréhension fine des émotions, notamment de l’empathie, ainsi qu’une augmentation de l’agitation psychomotrice, Ces observations sont potentiellement imputables à l’augmentation des temps d’utilisation des outils numériques. Nos enfants sont des observateurs et fins imitateurs. Ce sont leurs neurones dits « miroirs » qui vont leur permettre d’observer, puis de reproduire les comportements parentaux (ou d’autres adultes de référence) afin de progresser dans leurs apprentissages et stades de développement. Les transmissions peuvent être implicites ou explicites, mais restent une référence pour nos enfants.

    Co visionnage parents/ enfants

    Notre rôle parental pourrait être d’accorder des moments partagés d’écrans avec nos enfants dans une dynamique de co-visionnage sur des programmes adaptés à visée éducative (E. Gentz, Université de Genève) et des moments sans écrans pour favoriser les interactions, le langage, les capacités d’attention, le partage, l’empathie, la reconnaissance émotionnelle. L’exposition des enfants aux écrans est un sujet massivement traité dans la littérature scientifique mais également vulgarisé sous de nombreux aspects. Il en reste un sentiment oscillant entre culpabilité et responsabilité qui pèse sur les épaules des parents. Or, la parentalité, c’est partir avec les meilleures intentions et avoir le sentiment d’échouer dans certaines situations. On apprend, on teste et on revient sur ses décisions, parfois on craque et on cède, ce qui reste parfaitement naturel et humain.

    Parentalité bienveillante

    Au regard des apports de la psychologie contemporaine, nous observons de nombreuses révolutions dans les styles parentaux. Notamment concernant la parentalité bienveillante, ce concept d’éducation qui repose sur l’écoute et le respect de son enfant. L’objectif étant de considérer l’enfant comme un être à part entière, en construction psychique, ayant besoin de repères et de bienveillance. Le parent bienveillant accompagne ses enfants avec empathie et fermeté. Seulement, entre théorie et réalité, les polémiques sont nombreuses, jugeant les méthodes parfois non adaptées au rythme du quotidien. Cet article propose d’introduire des notions pratiques et applicables de la psychologie positive dans la relation parent/enfant, pouvant englober une partie de la philosophie de l’éducation bienveillante. La psychologie positive est une discipline scientifique portée depuis plus de 20 ans par le docteur Martin Seligman de l’université de Pennsylvanie. Cette branche singulière se distingue de la psychologie traditionnelle en mettant l’accent sur l’identification des forces et des valeurs de la personne. La psychologie positive reconnaît que l’expérience humaine nous amène à traverser des obstacles et des difficultés. Partant de ce constat, cette discipline cherche à renforcer les personnes en augmentant la fréquence et la durabilité des bonnes expériences, tout en cultivant les réflexes indispensables pour surmonter les obstacles. Dans la sphère du numérique, cela suppose que le parent aussi impliqué qu’il soit dans le respect des règles d’utilisation des écrans puisse s’accorder des moments de lâcher prise, sans culpabiliser. Les instants de doute font partie de notre expérience et vont naturellement se compenser avec les moments où les règles sont suivies de manière plus stricte.

    Rester connecté à ses émotions, même derrière l’écran

    Également, les applications de la psychologie positive dans la parentalité supposent une connexion dans l’instant présent, notamment via ses émotions. Soutenir le développement émotionnel de son enfant et devenir un parent compatissant (envers soi- même et l’autre) passe par une compréhension fine des six émotions universelles (colère, tristesse, joie, peur, surprise et dégoût) et des sentiments (état affectif qui est le résultat d’une pensée abstraite issus de l’interprétation d’un événement et des sensations ressenties). Accompagner son enfant dans ces apprentissages sociaux et émotionnels va permettre de cultiver une liberté d’expression et de savoir-être, pouvant mener à vivre une vie plus ancrée dans l’ici et maintenant. Ainsi appliqué, l’enfant pourra plus aisément rester connecté à ses émotions, même derrière l’écran. En outre, l’accompagnement et le dialogue ouvert restent les seules règles indérogeables pour l’utilisation des écrans, car elles permettent aux parents de s’intégrer à l’utilisation faite par son enfant des écrans et d’être un référent dans ses expériences de toute nature qu’elles soient. 

    -

    Les dernières news

    L’Observateur de Monaco

    Créé en 2005, L’Observateur de Monaco s’est progressivement imposé comme un rendez-vous mensuel d’information et d’analyse consacré à la vie de...

    Plongée nostalgique dans le Monaco des années 50 à 70

    C’est une immersion dans le Monaco d’hier. À travers un document baptisé Florilège d’actualités monégasques filmées par TMC, la plateforme de l’Institut audiovisuel de Monaco a exhumé des mini-reportages tournés entre 1956 et 1974 par Télé Monte-Carlo.

    Sécurité, projets pour le Devens, salles de prières, relations avec Monaco… Les propositions des candidats aux municipales de Beausoleil

    De la sécurité au réaménagement du Devens, en passant par la question des lieux de prière, les candidats aux municipales de Beausoleil déclinent leurs priorités et leurs propositions.

    La Sélection

    Jeunes diplômés à Monaco : voici les secteurs qui recrutent

    Créée en 2010, la Commission d’insertion des diplômés (CID) aide la jeunesse de la Principauté — et désormais celle des communes limitrophes — à trouver un stage, une alternance, ou un premier emploi à Monaco. Comment ces jeunes lycéens et étudiants sont-ils accompagnés dans le grand bain de la vie active ? Quels sont les secteurs d’activité qui recrutent et ceux qui embauchent peu en Principauté ? Et quel est l’intérêt des entreprises monégasques à collaborer avec cette commission ? L’Obs’ vous dit tout.

    Activités immobilières à Monaco : le grand ménage législatif

    Avec plus de 160 agences immobilières, une surreprésentation de marchands de biens, et une multitude d’intermédiaires non autorisés, une concurrence féroce et parfois déloyale se joue. Pour professionnaliser et encadrer ce secteur central de l’économie monégasque, deux textes de loi ont récemment émergé avec des mesures clés : obligation d’une résidence effective à Monaco, fin des prête-noms, mandat écrit obligatoire, ou encore carte professionnelle et formation continue. Voici ce qu’il faut retenir.

    Monaco veut défendre son image à l’international face aux critiques

    Face à des articles de presse considérés comme « dévalorisants », le gouvernement monégasque et le Conseil national souhaitent mettre en place une communication plus proactive à l’international pour défendre l’image de la Principauté.